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proposées par Marie-Laure Jeanne Herlédan
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C'est quand, jaillissant de nous
elle déborde,
que la pensée est véridique,
ce n'est plus la nôtre.
Pierre Brosse, Le bonheur-du-jour
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À
propos de...
SEL
ET CIEL DES MOTS
AUX MARAIS SALANTS
de
Christine
GUENANTEN
Ciel,
mer ; sel, mots : clés, s'il en fallait, de ces poèmes que
Christine Guenanten, à son habitude, nous offre pour le plus grand
plaisir de lecteurs avides de simplicité dans l'expression, dans
la révélation de la beauté.
Un plaisir qui tient d'abord à l'absence d'artifice à prétention
intellectuelle. Loin de prétendre enseigner (en ce temps où
tout est prétexte à transmission de messages), l'auteur(e)
nous donne à voir, à sentir, à goûter ce que
les marais salants offrent à qui sait regarder. Tel est son poème
: un regard transposé dans des mots remplis d'un sel d'une pureté
harmonieusement alliée à la finesse du vers.
À l'image de cette marine très originale, s'ajoute, discrètement,
le souvenir de l'expérience personnelle, ponctuée par le
temps de l'école, de l'enfance à Louisfert, ce temps de
" l'école de l'hirondelle ", au long duquel il arrive
à l'élève éprise de rêve de pouvoir
dire " Enfin, enfant j'avance "
Suivra, plus tard, - nouvel
envol de l'hirondelle -, celui des rencontres. Peu à peu se construit
un autre tas de sel. Celui de cette longue suite de noms qui tous honorent
la poésie vouée à divers marais : sources vives,
chacune véritable bénédiction. Elles ont nom Hélène,
René, celui qui mérite le beau titre de " mon père
en poésie ", Charles, Michel, et tant d'autres.
Évocations discrètes, émouvantes pourtant, osant
dire une admiration et une reconnaissance. Nul n'est seul en poésie.
Mais qui le clame aujourd'hui ?
Christine Guenanten n'a pas besoin de théorie ; elle parle sans
faire de discours ; elle écrit sans avoir besoin d'expliquer par
quels méandres ses vers ont peut-être été obligés
de passer avant d'éclater au grand jour. Son poème est spontanément
cet éclat. Un chant où brillent de remarquables images (filées,
à l'occasion : sel/neige/cristal/éclat), d'étonnantes
allitérations ( En village éveillé/Aux chevaux et
aux prés/
/Gardait au fond des yeux/L'avenir d'un verger./
/Sur
le visage ouvert/Aux fenêtres des blés !), des vers habilement
mesurés, réguliers parfois, sans être esclaves de
la rime, non méprisée pourtant. Que de qualités dans
cette poésie lyrique qui atteint pareille simplicité avec
tant de sûre organisation.
Ce recueil prouve, une fois de plus, qu'au lieu de disserter sur l'acte
poétique, mieux vaut réaliser ce miracle des mots, le bien
nommé poème.
Bernard Hue
Professeur honoraire de l'université Rennes 2
14 août 2010
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Vers
de hautes portes
Seul est mien ce pays
Qui se trouve en mon âme ;
Comme un familier, sans papiers,
Je m'y rends.
Il voit ma tristesse et ma solitude,
Il me couche pour m'endormir,
Me couvrant d'une pierre d'odeurs ;
Un
vert jardin fleurit en moi, des fleurs imaginées,
En moi mes propres rues s'étendent.
Les maisons manquent
Depuis le temps de mon enfance elles sont en ruines,
Leurs habitants s'égarent dans les airs,
Ils cherchent un logis, ils vivent dans mon âme.
Voici
pourquoi je souris
Quand le soleil scintille à peine,
Ou bien je pleure
Comme une pluie légère dans la nuit.
Je
me souviens d'un temps
Où je portais deux têtes
C'était un temps
Où les deux têtes
Se couvraient d'un voile d'amour,
Se dissipaient comme le parfum d'une rose.
Il
me semble à présent
Que même en revenant sur mes pas
J'avance
En direction de hautes portes qui cachent un chaos de murs
Où les tonnerres abattus passent leurs nuits
Et les éclairs brisés.
Marc Chagall, peintre, graveur et aussi poète.
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Ne crois
pas le monde une auberge - créée
Pour se frayer chemin par la griffe et le poing
Vers la table où l'on boit et l'on bâfre, tandis
Que regardent de loin les autres, les yeux glauques,
Défaillant, ravalant leur salive, serrant
Leur estomac que les crampes secouent,
Ô ne crois pas le monde une auberge !
Ne crois
pas le monde une Bourse - créée
Afin que le puissant marchande avec le faible
Pour acheter leur déshonneur aux filles pauvres
Et aux femmes leur lait nourricier, aux hommes
La moelle de leurs os, leur sourire aux enfants,
Rare apparition des visages de cire,
Ô ne crois pas le monde de la Bourse !
Ne crois
pas le monde une jungle - créée
Pour les loups, les renards, rapine et duperie,
Le ciel - rideau tiré pour que Dieu ne voit rien,
La brume - afin qu'au mur nul regard ne te fixe,
Le vent - pour étouffer les plus farouches cris,
La terre pour lécher le sang des innocents,
Ô ne crois pas le monde une jungle !
Non,
le monde n'est point auberge, Bourse ou jungle
Car tout y est pesé, tout y est mesuré,
Nulle goutte de sang et nul pleur ne s'effacent
Nulle étincelle en aucun il ne meurt en vain,
Les pleurs deviennent fleuve et le fleuve une mer
Et déluge la mer, l'étincelle tonnerre,
Ô ne crois pas qu'il n'est Juge ni Jugement !
Itzhak-Leibush
Peretz
1852- 1915
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Contre vents et marées
Pouvoir se maintenir
Goethe
Vers écrits sur le mur de
sa prison avant de mourir par Hans Scholl
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La poésie est la seule fortune et parfois
l'ultime recours de tout peuple dépossédé.
Anthologie de la poésie yiddish
Charles Dobzynsky
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Kafka écrivait en 1904 à son ami Oskar
Pollak :
" Il me semble d'ailleurs
qu'on ne devrait lire que les livres qui vous mordent et vous piquent
un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous.
Voilà ce que je crois. "
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" Ceux qui savent lire voient deux
fois mieux "
Ménandre, poète attique du
IVème siècle avant J.C
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Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite
ni égards ni patience...
Tu feras de l'âme qui n'existe pas un homme meilleur qu'elle...
Ne te courbe que pour aimer...
Si tu meurs, tu aimes encore...
Si nous habitons un éclair, il est le cur
de l'éternel...
René Char, Fureur
et mystère
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La
libellule a quatre L. Cest normal, cest un insecte.
Un insecte possède trois paires de pattes, un corps en trois parties
: la tête, le
thorax et labdomen, et est pourvu de deux paires dailes. Ce
nest un secret pour
personne. Tous les enfants lapprennent à lécole.
La coccinelle na que deux L. Cest pourtant un insecte. Malgré
ce léger
handicap, par miracle, son vol la conduit parfois très haut dans
les cieux. Cest
pour cela quon lappelle « Bête à bon Dieu
».
Lhirondelle, elle aussi, na que deux L. Cest normal,
puisque cest un oiseau et
deux ailes suffisent pour voler de lEurope vers lAfrique et
vice versa selon les
saisons. Deux L et une H, fort utile si lon veut couper à
travers monts, mers et
rivières.
La pie na pas dL. La tradition rapporte pourtant quelle
vole la coquine ! Par
chance, la Providence a fait le nécessaire pour limiter la rapine.
Elle vole, soit,
mais ne pille pas.
Lautruche, lémeu, le kiwi et le manchot ont une vision
très terre à terre de notre
Terre. Cest clair. Bien quils soient eux aussi des oiseaux,
ils ne volent pas. Ni
dans un sens, ni dans lautre. Vous comprenez maintenant pourquoi
? Ce nest
pas une question de surpoids ou de génome. Celui qui a écrit
leur nom dans le
dictionnaire a tout bonnement oublié de leur mettre des L.
Et moi, volerai-je un jour ?
Non, assurément, car ni mon nom, ni mon prénom ne portent
dL, et, jusquà
preuve du contraire, je ne suis ni un oiseau, ni un insecte, ni même
un
pickpocket et encore moins un ange.
Alors, comme Aragon, je me pose la question : « Que ferais-je sans
Elle ? »
Yves
Maurice
à
suivre...
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Lien
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Joseph Rouzel, psychanalyste, poète,
outre une quinzaine d'ouvrages sur le travail social et la psychanalyse
a publié en 2007 À bâtons rompus, 40 ans de poésie
(Ed. du Champ social).
Môrice Bénin chante depuis bientôt trente ans. Au fil
de ses concerts et de ses disques, il s'est taillé une belle réputation
de résistant de la chanson française.
Détour à faire
Marie-Laure Jeanne Herlédan
Gilles Herlédan
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Il n'en parle pas comme tout le monde
!
Il, c'est Patrick Chereul...
Par ces temps d'hommages obligés, il se moque "des petits
marquis du formalisme scolastique malhabiles dans un exercice inédit
pour eux où ils sont contraints d'abandonner le vent qu'ils brassent
quotidiennement et d'associer Camus tantôt à la misère
de Kabilie, tantôt à la résistance au nazisme ou encore
à une autre Résistance au communisme triomphant..."
pour présenter un Albert Camus libre et engagé.
voir le numéro 115 de la très piquante
revue Golias à la vivante devise
: Le présent n'est pas le lendemain d'hier, mais la vigile de
demain.
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" Ne fouillent pas le même
humus
nos racines,
ni ne s'abreuvent
à la même lumière nos feuilles,
mais nos branches
peuvent
s'entremêler, nos oiseaux s'échanger. "
Gilles Baudry
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La pointe de lhiver ne
décourage pas... La corolle téméraire encore émue
de buée
ouvre lunivers au bourgeon audacieux
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Frère, ô doux mendiant
qui chantes en plein vent,
Aime-toi, comme l'air du ciel aime le vent.
Germain Nouveau Frère, poussant
les bufs dans les mottes de terre,
Aime-toi, comme aux champs la glèbe aime la terre.
Frère, qui fais le vin du sang
des raisins d'or,
Aime-toi, comme un cep aime ses grappes d'or.
Frère, qui fais le pain, croûte
dorée et mie,
Aime-toi, comme au four la croûte aime la mie.
Frère, qui fais l'habit, joyeux
tisseur de drap,
Aime-toi, comme en lui la laine aime le drap.
Frère, dont le bateau fend l'azur
vert des vagues,
Aime-toi, comme en mer les flots aiment les vagues.
Frère, joueur de luth, gai marieur
de sons,
Aime-toi, comme on sent la corde aimer les sons.
Mais en Dieu, Frère, sache aimer
comme toi-même
Ton frère, et, quel qu'il soit, qu'il soit comme toi-même.
Germain Nouveau
31 juillet 1851 - 7 avril 1920
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"
Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait
"
Mark Twain
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Jeunesse, voilà quelques
pages pour vous. La Boétie a 16 ou 17 ans lorsqu'il écrit
Le discours de la servitude volontaire. C'est par la force de ce
texte qu'un certain Montaigne veut en connaître son auteur.
Il était à la moitié de sa courte vie.
Plus tard il inspirera la pensée de nombreux auteurs dont Simone
Weil pour sa méditation sur l'obéissance et la liberté
dans Oppression et liberté (1934). " La soumission
du plus grand nombre au plus petit, ce fait fondamental de presque toute
organisation sociale, n'a pas finit d'étonner tous ceux qui réfléchissent
un peu... que beaucoup d'hommes se soumettent à un seul est assez
étonnant, mais qu'ils restent soumis au point de mourir sur son
ordre comment le comprendre ?
Lorsque l'obéissance comporte au moins autant de risques que la
rébellion, comment se maintient-elle ?..."
Éternité d'un dire contre tout pouvoir, une pensée
déposée aux pieds de notre temps aussi, puissiez-vous la
ramasser en chemin : c'est une leçon d'éthique et de morale
pour tous.
A noter que le titre entier est De la servitude volontaire ou Contr'un
et que c'est ce dernier terme que reprend S. Weil
Marie-Laure Jeanne Herlédan
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La Boétie, Discours de la servitude
volontaire.
Donc, puisque cette
bonne mère [La Nature] nous a donné à tous toute
la terre pour demeure, puisquelle nous a tous logés dans
la même maison, nous a tous formés sur le même modèle
afin que chacun pût se regarder et quasiment se reconnaître
dans lautre comme dans un miroir, puisquelle nous a fait à
tous ce beau présent de la voix et de la parole pour mieux nous
rencontrer et fraterniser et pour produire, par la communication et léchange
de nos pensées, la communion de nos volontés ; puisquelle
a cherché par tous les moyens à faire et à resserrer
le nud de notre alliance, de notre société, puisquelle
a montré en toutes choses quelle ne nous voulait pas seulement
unis, mais tel un seul être, comment douter alors que nous ne soyons
tous naturellement libres, puisque nous sommes tous égaux ? Il
ne peut entrer dans lesprit de personne que la nature ait mis quiconque
en servitude, puisquelle nous a tous mis en compagnie.
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Le Contexte historique :
Président de la Société
des gens de lettres de 1891 à 1896, Zola reçoit Bernard
Lazare le 6 novembre 1897 et déjeune avec le sénateur Scheurer-Kestner
le 13. Il écrit ensuite, dans Le Figaro, trois articles avant de
publier deux brochures, La Lettre à la jeunesse (14 décembre
1897) et La lettre à la France (7 janvier 1898). Le 13 janvier
1898, au surlendemain de l'acquittement d'Esterhazy, sa lettre au président
de la République paraît dans L'Aurore, sur toute la une du
quotidien et sur une large partie de sa page 2, à la veille de
la publication de la première liste des intellectuels demandant
la révision du procès Dreyfus.
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Lettre à
la jeunesse, 14 décembre 1897
« Où allez-vous, jeunes gens. Où allez-vous étudiants,
qui courez en bandes par les rues, manifestant au nom de vos colères
et de vos enthousiasmes, éprouvant l'impérieux besoin de
jeter publiquement le cri de vos consciences indignées ?
Allez-vous protester contre quelque abus du pouvoir. A-t-on offensé
le besoin de vérité et d'équité, brûlant
encore dans vos âmes neuves, ignorantes des accommodements politiques
et des lâchetés quotidiennes de la vie ?
Allez-vous redresser un tort social, mettre la protestation de votre vibrante
jeunesse dans la balance inégale, où sont si faussement
pesés le sort des heureux et celui des déshérités
de ce monde ?
Allez-vous pour affirmer la tolérance, l'indépendance de
la race humaine, siffler quelque sectaire de l'intelligence, à
la cervelle étroite, qui aura voulu ramener vos esprits libérés
à l'erreur ancienne, en proclamant la banqueroute de la science
?
Allez-vous crier, sous la fenêtre de quelque personnage fuyant et
hypocrite, votre foi invincible en l'avenir, en ce siècle prochain
que vous apportez et qui doit réaliser la paix du monde, au nom
de la justice et de l'amour ? [
]
O jeunesse, jeunesse ! je t'en supplie, songe à la grande besogne
qui tattend. Tu es louvrière future, tu vas jeter les
assises de ce siècle prochain, qui, nous en avons la foi profonde,
résoudra les problèmes de vérité et d'équité,
posés par le siècle finissant. Nous, les vieux, les aînés,
nous te laissons le formidable amas de notre enquête, beaucoup de
contradictions et d'obscurités peut-être, mais à coup
sûr de l'effort le plus passionné que jamais siècle
ait fait vers la lumière, les documents les plus honnêtes
et les plus solides, les fondements mêmes de ce vaste édifice
de la science que tu dois continuer à bâtir pour ton honneur
et pour ton bonheur. Et nous ne te demandons que d'être encore plus
généreuse, plus libre d'esprit, de nous dépasser
par ton amour de la vie normalement vécue, par ton effort mis entier
dans le travail, cette fécondité des hommes et de la terre
qui saura bien faire enfin pousser la débordante moisson de joie,
sous l'éclatant soleil. Et nous te céderons fraternellement
la place, heureux de disparaître et de nous reposer de notre part
de tâche accomplie, dans le bon sommeil de la mort, si nous savons
que tu nous continues et que tu réalises nos rêves.
Jeunesse, jeunesse ! Souviens-toi des souffrances que tes pères
ont endurées, des terribles batailles où ils ont dû
vaincre, pour conquérir la liberté dont tu jouis à
cette heure. Si tu te sens indépendante, si tu peux aller et venir
à ton gré, dire dans la presse ce que tu penses, avoir une
opinion et l'exprimer publiquement, c'est que tes pères ont donné
de leur intelligence et de leur sang. Tu n'es pas née sous la tyrannie,
tu ignores ce que c'est que de se réveiller chaque matin avec la
botte d'un maître sur la poitrine, tu ne t'es pas battue pour échapper
au sabre du dictateur, aux poids faux du mauvais juge. Remercie tes pères,
et ne commets pas le crime d'acclamer le mensonge, de faire campagne avec
la force brutale, l'intolérance des fanatiques et la voracité
des ambitieux. La dictature est au bout.
Jeunesse, jeunesse ! sois toujours avec la justice. Si l'idée de
justice s'obscurcissait en toi, tu irais à tous les périls.
Et je ne te parle pas de la justice de nos Codes, qui n'est que la garantie
des liens sociaux. Certes, il faut la respecter, mais il est une notion
plus haute, la justice, celle qui pose en principe que tout jugement des
hommes est faillible; et qui admet l'innocence possible d'un condamné,
sans croire insulter les juges. N'est-ce donc pas là une aventure
qui doive soulever ton enflammée passion du droit ? Qui se
lèvera pour exiger que justice soit faite, si ce n'est toi qui
n'es pas dans nos luttes d'intérêts et de personnes, qui
nes encore engagée ni compromise dans aucune affaire louche,
qui peux parler haut en toute pureté et en toute bonne foi ?
Jeunesse, jeunesse ! sois humaine, sois généreuse.
Si même nous nous trompons, sois avec nous, lorsquon nous
dit qu'un innocent subit une peine effroyable, et que notre cur
révolté s'en brise d'angoisse. Que l'on admette un seul
instant l'erreur possible, en face d'un châtiment à ce point
démesuré, et la poitrine se serre, les larmes coulent des
yeux. Certes, les gardes-chiourme restent insensibles, mais toi, toi,
qui pleures encore, qui dois être acquise à toutes les misères,
à toutes les pitiés ! Comment ne fais-tu pas ce rêve
chevaleresque, s'il est quelque part un martyr succombant sous la haine,
de défendre sa cause et de le délivrer ? Qui donc, si ce
n'est toi, tentera la sublime aventure, se lancera dans une cause dangereuse
et superbe, tiendra tête à un peuple, au nom de l'idée
justice ? Et n'es-tu pas honteuse, enfin, que ce soient des aînés,
des vieux, qui se passionnent, qui fassent aujourd'hui ta besogne de généreuse
folie ?
Où allez-vous. Jeunes gens, où allez-vous, étudiants,
qui battez les rues, manifestant, jetant au milieu de nos discordes la
bravoure et l'espoir de vos vingt ans ?
Nous allons à l'humanité, à la vérité,
à la justice ! »
Émile Zola (1840-1902),
Lettre à la jeunesse, 14 décembre 1897,
uvres complètes, volume 14,
Cercle du livre précieux, 1970, p. 908-909
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La rose est sans pourquoi; elle fleurit
parce qu'elle fleurit,
N'a garde à sa beauté, ne cherche pas si on la voit.
Angelus Silesius
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Armand
Robin
Lettre
adressée à la Gestapo le 5 octobre 1943 :
Preuves un
peu trop lourdes de la dégénérescence humaine, il
mest parvenu que de singuliers citoyens français mont
dénoncé à vous comme nétant pas du tout
au nombre de vos approbateurs. Je ne puis, messieurs, que confirmer ces
propos et ces tristes écrits. Il est très exact que je vous
désapprouve dune désapprobation pour laquelle il nest
point de nom dans aucune des langues que je connaisse (ni même sans
doute dans la langue hébraïque que vous me donnez envie détudier).
Vous êtes des tueurs, messieurs ; et jajouterai même
(cest un point de vue auquel je tiens beaucoup) que vous êtes
des tueurs ridicules. (...) Vous avez assassiné, messieurs, mon
frère, le travailleur allemand; je ne refuse pas, ainsi que vous
le voyez, dêtre assassiné à côté
de lui.
Lettre indésirable n°1
Nous devons la découverte de ce texte au site de
l'association Esprits Nomades voir
ici qui renvoie à ses sources : le site consacré à
Armand Robin par Jean Bescond : voir
ici
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En voilà deux qui, sans doute,
étaient destinés à demeurer enfermés, pour
l'un dans son insatiable obsession alimentaire et sexuelle, pour l'autre
dans le placard de sa dévotion à sa mère défunte.
Vraiment bien "frappés", ces deux là. Ils vont
se rencontrer au détour du "bien" que leur veut l'Etat-providence
de leur froid pays et "malgré-grâce" à la
technique socio-éducative tellement lourdaude ils
vont progressivement s'épauler, non sans toute la palette des sentiments
les plus contrastés, pour vaincre chez l'un le vertige et l'angoisse,
donner à l'obsession de l'autre un visage finalement transfiguré.
Tous deux, selon leur voie, deviendront créateurs...
A quoi cela tient-il ? Des rencontres de hasard et décalées.
Rien de programmé, rien qui pourrait être reconnu comme éducatif
ou thérapeutique.
Il ne faut pas oublier de dire que l'on rit dans ce film aux annonciations
inespérées. C'est ainsi, par ce rire, une sorte d'hommage
à ce que "chaque un" peut accueillir de grâce inouïe.
Elling - Film norvégien de Petter Naess avec Per Christian
Ellefsen et Sven Nordin... (2002)
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les
oiseaux nichent... et l'association aussi...
On lit le poème d'Armand Robin
c'est la naissance et le baptême Des Sources et des Livres
Et aussi de Jean Sulivan ces quelques mots pour inviter
au partage :
Je vous invite donc à chercher
des livres vrais, issus d'une expérience authentique, écrits
avec du sang, de la joie et de la douleur. En tout homme, il y a des forces
insoupçonnées de réveil et d'allégresse. Si
pour vous, tel ou tel livre a été une illumination et a
changé votre vie, dites-le moi, je m'en ferai l'écho. N'est-ce
pas là aussi uvre de charité ?
Bloc-notes, p.46
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