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Le Dieu manchot
José Saramago (1922 - 2010. Prix Nobel de littérature
en 1988)
Sans doute est-ce comme cela qu'est
née l'Odyssée. Un homme, plus qu'il n'écrit, parle
avec générosité et un monde existe.
Chaque fois qu'un homme parle avec générosité, il
crée un monde et tout est possible. Dieu est manchot et c'est heureux,
il laisse la place
" laissons à Dieu le champ qui
appartient à Dieu
et constituons notre propre champ, le champ
des hommes, une fois celui-ci constitué, Dieu daignera nous visiter
et alors sans doute le monde sera créé ".
Mais que ce soit machine volante merveilleuse ou palais monacal écrasant,
là n'est pas le monde. Il est, par exemple, dans l'odeur de clair
de lune et de paille remuée ou Blimunda Sept-Lunes la voyante et
Balthazar Sept-Soleils le manchot se sont aimés " car
entre l'amour de ceux qui ont passé la nuit ici et la sainte messe
il n'y a pas de différence et si différence il y avait la
messe serait perdante. "
On a parlé de blasphème
et même chassé
Saramago de son pays pour cela. Petites âmes noires qui ne peuvent
accueillir aucun chant d'amour. Ni le souffle déployé d'une
langue épique et pourtant si tendre, si aimante, sans doute même
pour qui ne la mérite pas.
Gilles Herlédan
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Le bonheur-du-jour
Jacques Brosse
Il était l'ami de Marcel Camus et de Claude Lévi-Strauss.
C'était un naturaliste reconnu. Les oiseaux étaient ses
amis, on le sent à lire Le-Bonheur-du-jour.
Les oiseaux, car déjà il avait écrit Le chant du
Loriot ou l'éternel instant, mais aussi les arbres : on lui connaît
une Mythologie des arbres et un Larousse des arbres et des arbustes.
Après son Pourquoi naissons-nous ? et autres questions impertinentes,
il a " narcissé " le papier une dernière fois
pour son Bonheur-du-jour et le notre aussi, avec la pudeur et " La
peur constante dans tout ce que j'écris d'en avoir trop dit, ou
pas assez, pour me faire comprendre. "
Comme des pensées pour une philosophie du tous les jours, ces fragments
lumineux forment des petites aubes pour notre éveil au simple et
au-delà :
" De dix heures du matin à dix heures du soir, j'ai fait apparemment
beaucoup de choses. Une fois couché, une seule me semble utile
: en vue des labours, j'ai dépiqué et mis en nourrice les
six poireaux survivants du potager. "
" Sur le seuil je les appelle : " Mésanges, mésanges
! " elles accourent en foule, à tire-d'aile, de tous les points
du ciel, jusqu'à mes pieds. Je les nourris et elles m'angent. "
Jacques Brosse a lâché sa plume peu après, il avait
86 ans.
On peut garder son livre sur la table de nuit, dans la cuisine ou autre
endroit.
Marie-Laure Jeanne Herlédan
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Petit Almanach des plantes improbables et merveilleuses
de Michel Guérard et Jean-paul Plantive
Chez Ginkgo Éditeur on pourrait
utiliser l'exergue de François Rabelais dans le prologue de Gargantua*.
Car on s'amuse sérieusement à écrire, on écrit
vraiment pour de rire, on jubile, on se gondole, on se désopile,
on s'esclaffe, on glousse, on riote, on se poile, on s'égaye itou
le lecteur.
Mais attention les auteurs sont gens recommandables : ils ont déjà
produit deux autres almanachs, l'un, des mestiers improbables et disparus,
l'autre, des grands inventeurs improbables et méconnus. Michel
illustre tandis que Jean-Paul rédige, et l'on sait tout sur le
liseron des poteaux, le pteris venerabilis, la moulve dentelée,
le semperrigidum vermiculus et la pariétaire ombrageuse. L'imaginaire
de ces deux-là n'est pas sans rappeler l'encyclopédie de
Luigi Sérafini qui, sur le modèle des sommes scientifiques
médiévales, avait composé un ouvrage totalement fantaisiste
dont l'alphabet lui-même était inventé.
Curieux spécimens que ceux
de cette collection Biloba, qui entraîne audacieusement le lecteur.
* Mieux est de ris que de larme écrire
Pour ce que rire est le propre de l'homme
Marie-Laure Jeanne Herlédan
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Une histoire de la lecture
de Alberto Manguel
C'est un livre savant au goût
savoureux d'aventure. Alberto Manguel est passeur de sa passion : les
livres. Chaque étape de son errance dans l'écriture des
hommes est pour le lecteur une oasis où il peut étancher
sa soif. En ouvrant son ouvrage, on entre dans les bibliothèques
du monde, on est ami du plus lointain scribe et de la plus méconnue
romancière. Il nous fait croiser la route de Charles d'Orléans,
Ménandre, Virginia Woolf, Richard de Bury, Dante, Avicenne, Saint-Augustin,
Jane Austen, Rudyard Kipling, Charles Dickens, Dame Murasaki, Mélanie
la jeune et quantité d'autres, tant Alberto Manguel est un érudit.
Et l'on retiendra que :
" Dans toute société alphabétisée, l'apprentissage
de la lecture représente en quelque sorte une initiation, la sortie
ritualisée d'un état de dépendance et de communication
rudimentaire. L'enfant qui apprend à lire est admis dans la mémoire
commune par la voie des livres, et découvre ainsi un passé
partagé qu'il ou qu'elle renouvelle, à un degré plus
ou moins grand, à chaque lecture. C'est ainsi que dans la société
juive médiévale, le rituel de l'apprentissage de la lecture
était célébré de façon explicite. "
Alberto Manguel.
Que l'on enduisait de miel une ardoise sur laquelle était gravé
l'alphabet hébreu puis on la faisait lécher à l'enfant
en âge d'apprendre et on écrivait des versets bibliques sur
des ufs durs épluchés que l'enfant mangeait après
les avoir lus.
Qu'au XIVème siècle à Dringenberg, bien que la calligraphie,
l'art du bel écrire, ne fût jamais négligée,
la capacité de lire couramment, sans faute, avec intelligence et
habileté à extraire du texte la moindre goutte de sens représentait
pour Crato Hofman diplômé de Heidelberg, la priorité
absolue. Il était perçu par ses élèves comme
joyeusement sévère et sévèrement joyeux.
Que Kafka écrivait en 1904 à son ami Oskar Pollak : "
Il me semble d'ailleurs qu'on ne devrait lire que les livres qui vous
mordent et vous piquent
un livre doit être la hache qui brise
la mer gelée en nous. Voilà ce que je crois. "
Qu'au Xème siècle, lorsqu'il partait en voyage, à
dos de chameaux, le grand vizir de Perse Abdul Kassem Isma'il faisait
transporter avec lui ses dix-sept mille volumes. Les quatre cent bêtes
étaient entraînées à marcher en ordre alphabétique.
Que l'on peut considérer comme étant le premier roman le
dit du Genji de dame Murasaki. Il fut écrit au tout début
de l'an 1000.
Que : " Lu à haute voix devant un auditoire, un texte n'est
plus exclusivement déterminé par la relation entre ses caractéristiques
intrinsèques et celles de son public arbitraire et toujours différent,
puisque les auditeurs n'ont plus la liberté (qu'auraient les lecteurs
ordinaires) de revenir en arrière, de relire, d'attendre, et de
connoter le texte par leur interprétation personnelle
Les
lectures d'auteurs peuvent devenir tout à fait dogmatiques. "
Alberto Manguel
Que c'est pendant ses très nombreuses années de captivité
que le prince et poète Charles d'Orléans écrivit
nombres de ses poèmes.
Que Dante faisait l'apologie de la langue vernaculaire
en latin
Que Dickens organisait des tournées de lectures. L'une d'entre
elle comporta quatre-vingt lectures dans plus de quarante villes. Il lisait
dans des entrepôts, des librairies, des bureaux, des halles et des
hôtels. Dans les marges de ses livres il annotait des consignes
: joyeux, sévère, montrer du doigt, tendre le bras vers
le sol, frémir
Puis il saluait et quittait la salle en sueur.
Que : " Les propriétaires d'esclaves (de même que les
tyrans, dictateurs, monarques et autres détenteurs illicites de
pouvoir) étaient bien convaincus de la puissance de l'écrit.
Ils savaient, beaucoup mieux que certains lecteurs, que la lecture est
une force qui n'a besoin que de quelques premiers mots pour devenir irrésistible.
Quiconque peut lire une phrase peut tout lire ; plus important, ce lecteur
a désormais la possibilité de réfléchir à
la phrase, d'agir sur elle, de lui donner un sens. " Alberto Manguel
Qu'à Francfort, le jeune Goethe fut témoin de la destruction
d'un livre par le feu, il eut l'impression d'assister à une exécution
"Voir punir un objet inanimé, écrivit-il, est une chose
vraiment terrible."
Qu'à Berlin, quelques décennies plus tard Joseph Goebbels
faisait brûler plus de vingt mille livres devant un public enthousiaste
en disant "
c'est une action forte et symbolique ". Il
s'agissait des uvres de Sigmund Freud, John Steinbeck, Marx, Ernest
Hemingway, Jack London, Berthold Brecht, Thomas Mann, Marcel Proust.
Que PHILOBIBLON est le nom que donna Richard de Bury, né en 1287,
à un de ses ouvrages. " Dans les livres, écrivait-il,
je trouve les morts comme s'ils étaient vivants
Des livres
viennent les lois de la paix
Toute la gloire du monde serait enfouie
dans l'oubli, si Dieu n'avait donné aux mortels ce remède
que sont les livres."
Que Saint-Augustin fait la louange de Mélanie la jeune dans une
de ses lettres. Née vers 385 elle a vécu à Rome,
en Égypte et en Afrique du nord. Elle aimait passionnément
les livres et les recopiait.
La ferveur de Alberto Manguel et sept années de patient travail
ont abouti à ce présent ouvrage : qu'il en soit loué.
Marie-Laure Jeanne Herlédan
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Cris
par Laurent Gaudé
Babel éditeur
" Et mes frères de tranchées savent
qu'il est ici des statues qui fixent le monde de toute leur douleur. Bouche
bée. "
Marius, Ripoll, Jules, Rénier, Barboni
ou M'Bossolo, frères de souffrance dans l'inhumanité de
la guerre qui broie chair et cervelle, disent leur bout de vie massacrée.
Déjà dans Le Grand Troupeau
de Giono, Jules agonisait dans les bras de Joseph : " Tu entends,
je vais chercher de l'eau. Reste tranquille, vieux, le temps de rien et
je suis là. Ne gueule pas. " Toute l'horreur avait-elle été
dite ? Cela ne se peut. Alors Laurent Gaudé prend son tour dans
la procession de ceux qui veulent retrancher de la boue des boyaux ces
jeunes hommes dont on organisait dans des cabinets lointains le pauvre
avenir. Il nous fait, aujourd'hui encore, parvenir les râles du
gazé, les cris du soldat fou dépossédé par
la guerre de sa parole d'homme, les mots de fraternité au milieu
de l'enfer.
Et l'on voudrait à leurs cris ajouter le nôtre de révolte
et d'insoumission.
Marie-Laure Jeanne
Herlédan
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Quatre saisons, quatre lettres...,
des instants, toute une vie... un battement d'ailes, un parfum. Rien d'important
et l'essentiel. Essentiel... Quinte-essence que cette alchimie discrète
du jardinier amoureux.
On n'est pas, ou plus, très habitué : pas de grands mots,
pas de démonstration, pas d'exhibition sentimentale, aucun souci
de convaincre, de se faire porte parole. Au vrai, Émile Morin évite
tous ces périls. Cette élégance d'écriture
pourrait si on était pressé ou étourdi
ne pas dévoiler sa richesse.
Mais enfin, cela la Création, la vie, la mort...
n'aurait pas de sens sans amour. Pas un amour si général
qu'il ne concerne plus personne, non un amour d'un à une, d'une
à un qui enchante le monde...
Au lecteur la responsabilité de cueillir dans ce jardin ce qui
est offert.
Gilles Herlédan
Merci à Yvonne Leray
de nous avoir signalé ce beau texte et saluons l'éditeur
!
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Ah ! Monsieur Capek, dommage que
vous soyez mort en 1938 : on serait allé voir votre jardin... Heureusement
que vous avez semé entre les pages de votre livre des graines volubiles
jusqu'à nous.
Après vous avoir lu, on se prend à regarder au creux de
l'hiver les mottes les plus nues comme des promesses chaleureuses de couleurs,
de parfums et de goûts. On rit aussi de bonne grâce à
vos descriptions "vraies de vraies" du jardinier éternel.
On est touché enfin par la candeur de votre regard sur les fleurs,
bulbes et autres semences.
Philosophe de l'herbe et des abeilles, vous savez trouver dans un carré
de jardin, un monde que bien des rayons de bibliothèque ne sauraient
contenir.
Vous dites avec une belle légèreté des choses graves.
Marie-Laure Jeanne Herlédan
Gilles Herlédan
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| Karl Kraus |
Les derniers jours de l'humanité, Agone |
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11 petites pages..., pas plus
"Sait-on assez où risquent
de nous mener collectivement les petites lâchetés de chacun
d'entre nous ? "
demande en 4e de couverture l'éditeur.
Peur-être que savoir que Cheyne Éditeur est installé
au Chambon-sur-Lignon appelle avec plus de force poignante encore à
ne pas dédaigner cette question.
(Durant la guerre le Chambon-sur-Lignon
a ainsi accueilli de nombreuses personnes comme Albert Camus qui a et
ce n'est surement pas un hasard commencé là la rédaction
de la Peste En 1976, le Mémorial de Yad Vashem décida de
remettre à Daniel Trocmé le titre de « Juste parmi
les nations » ainsi qu'au village du Chambon-sur-Lignon à
titre collectif. Le Chambon-sur-Lignon a été un des rares
cas de sauvetage collectif de juifs pendant la guerre.)
Gilles Herlédan
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| Edgar Morin |
Vidal et les siens
On connaît le sociologue,
engagé tout jeune homme, dans la Résistance puis naturellement
dans le combat "progressiste". Il prend rapidement, et bien
avant d'autres esprits illustres, ses distances avec le stalinisme tout
en restant de gauche. Très vite, il va s'intéresser aux
pratiques culturelles populaires encore dédaignées par les
intellectuels. On connaît aussi sa participation à l'enquête
"totale" menée par le CNRS à Plozévet.
E. Morin va se consacrer de plus en plus précisément à
une réflexion sur la complexité qu'il développera
dans son uvre La méthode (6 tomes de 1977 à 2004).
Complexité qui va de la nature à l'éthique. De quoi
mettre en question tous les systèmes clos, totalitaires.
Cette ouverture intellectuelle et de cur, sans doute la doit-il
à son histoire personnelle et à ses racines culturelles.
Avec Vidal et les siens, nous
pouvons le découvrir dans un récit chaleureux, picaresque
parfois, profondément sensible et au fond toujours émouvant.
Une sorte d'hommage à des hommes et des femmes, bien modestes,
que pendant des siècles l'Histoire a pétris ou plutôt
broyés et qui n'ont pourtant jamais renoncé à croire
au moins dans la vie à aimer, à travailler
et même rire !
Vidal est son père (Morin est le nom qu'Edgar a pris pendant la
Résistance) né à Salonique dans la communauté
Séfarade, héritière des Marranes réfugiés
en Grèce aux confins de l'Asie. Dans ce creuset on fond les langues,
les cultures. On est toujours soi-même parce que toujours un peu
(un) autre. En effet, rien de binaire, rien d'exclusif ne permettrait,
là, de vivre.
Après une belle perspective historique jusqu'à l'aube de
la Renaissance, c'est le 20e siècle qui se développe devant
nous, tel que presque jamais aucun auteur n'avait pris la peine de la
considérer du point de vue de ces "étranges étrangers".
Pourtant la vie de Vidal, de ses parents, de sa famille et de ses familiers
est pour reprendre un titre de Morin en quelque sorte comme
un Paradigme perdu.
Peut-être est-elle aussi, au moins autant qu'une évocation
du passé, une salutaire invitation à prendre garde pour
des temps futurs qui... auraient déjà commencé !
Gilles Herlédan
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| Mario Rigoni Stern |
Pour Primo Levi, éd La fosse aux
ours |
| Stig Dagerman |
Tuer un enfant et autres nouvelles |
| Per-Jakez Hélias |
Les autres et les miens
L'auteur du célèbre
Cheval d'orgueil nous livre ici une présentation du pays
Bigouden et de ses us et coutumes, ainsi qu'une série de contes
dont on sait qu'ils ont bercé son enfance. Enfin, il évoque
son travail de "collecteur" magnétophone en main pour
la radio.
La présentation de la Bigoudénie mérite
à elle seule la lecture de l'ouvrage. Le ton est d'une rare vivacité
et chaque portrait est dessiné avec une acuité étonnante.
On croit entendre l'accent, on "voit" les attitudes
surtout si le souvenir de quelques séjours dans cette partie
de baie d'Audierne est présent à l'esprit.
P.-J. Hélias est un conteur et ceux qui l'ont entendu en témoignent
sans restriction. Alors, il a voulu nous faire don de ses trésors.
Il faut dire que parfois le passage de la parole à la plume asséche
le propos. Ce qui est fait pour être dit et entendu "maigrit"
sur la papier. Mais aussi, comment transmettre quand la source
les locuteurs en situation effective de contage devient
si ténue ?
Gilles Herlédan
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| Jean Giono |
Que ma joie demeure, Le chant du monde, Jean
le Bleu |
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Pourquoi j'ai mangé mon père
Si vous connaissez un créationniste
: offrez lui cet ouvrage. Il devrait mal le digérer ! Voilà
un livre assez ancien traduit en français par Vercors* et son
épouse Rita Barisse. The Evolution
Man, publié pour la première
fois en 1960 sous le titre What We Did to
Father peut être encore lu.
En l'espace d'une génération, par la
voix d'Ernest, nous est montrée l'évolution technique
de quelques millénaires le feu, naturel puis "fabriqué"
et ses usages de défense et de cuisine et l'évolution
culturelle du clan à la tribu, du rêve personnel à
la croyance en un "Autre monde". Le dessin, la domestication
des animaux se profilent aussi. Avec un bel humour anglais, nos frères
au tournant du néolithique, parlent avec nos mots et sont confrontés
à toutes les conséquences de leurs progrès. Lesquels
ne soulèvent pas toujours l'enthousiasme : le vieil oncle Vania
a pour slogan "back to the trees", tandis que le père
pense que toute découverte a une foule de potentialités.
Certains se sont plus à voir dans ce livre une sorte de plaidoyer
en faveur de la restriction de nos ambitions scientifiques (Hiroshima
n'est pas si loin en pleine période de guerre froide). Ce n'est
pas à exclure. Là-dessus peut-on jamais être assuré
d'être assez vigilant ?
Ce qui apparaît plus explicitement,
en référence à Freud dans Totem
et tabou. c'est l'invention du complexe paternel grâce à
la frustration provoquée par l'exogamie.
On touche alors du doigt la rupture instituée entre l'animal
et l'homme, le seul être naturellement devenu apte à la
culture. Animal voué à la responsabilité dès
lors que cesse "l'automaton" si harmonieux de la Nature...
et que les pères meurent nécessairement.
Gilles Herlédan
* On se souvient que Vercors a publié en 1952 Les
animaux dénaturés
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| André Lafon |
L'élève Gilles, Ausone |
| Romain Gary |
La promesse de l'aube |
Jean Giono
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Les uvres romanesques et
particulièrement Naissance de l'Odyssée,
Solitude de la pitié et Le grand troupeau |
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Yanvalou pour Charlie
Actes-Sud 2009
(en créole le yanvalou est le " salut à la terre ")
Lyonel Trouillot est un auteur qui
compte, c'est un écrivain haïtien, né en 1956 qui vit
depuis toujours à Port-au-Prince, Haïti. Il est demeuré
fidèle à sa terre de douleur. L'écriture en est "
hachée menue " comme pour mieux dire les vies hachées
d'un monde perdu, si loin des modèles imaginés. Rien pour
autant des mines apitoyées. Le texte du livre est nerveux, alerte,
vigoureux, presque léger.
C'est le récit d'un jeune provincial devenu avocat dans la grande
ville, bon connaisseur désormais des rouages d'une société
parfois cynique (lui travaille dans le cabinet " Bayard "),
souvent tourmentée, parfaitement structurée et catégorisée.
Nous vivons d'emblée avec les yeux et le cur de Mathurin
D. Saint-Fort, jeune avocat brillant qui en aurait oublié ses lointaines
origines paysannes ; le voilà adossé à ses collègues,
Elizabeth, la future commerciale, aux dents longues, et Francine qui lorgne
du côté de l'humanitaire. " C'est aussi un bon filon
pour la politique ".
Portrait sans nuance d'un monde sans foi ni loi si ce n'est celle de l'argent-roi.
Plus pourri que moi, tu meurs. C'est dans cette vie, rangée tout
de même, que survient sans crier gare en la figure de Charlie, l'enfant
des rues, un autre nom de Mathurin D. Saint Fort ; le voilà en
" Dieutort " ce qui le ramène à cette terre des
mornes ou plutôt des bidonvilles de son enfance. Charlie a été
recueilli par le Père Edmond à qui sa mère l'a déposé
autrefois. Mais parce que avec de amis de l'orphelinat qui comme lui rêve
aux étoiles, ils se sont fait la belle et ont donné des
coups - le Père Edmond, les vire de son orphelinat en lui laissant
à lui, la seule adresse de Dieutort. Charlie débarque chez
Dieutort, alias Mathurin D. Saint-Fort, avec sa gouaille des rues et son
sens de la vérité des êtres. Et voilà notre
homme obligé à accompagner Charlie sur la route de l'errance.
Nous rentrons dans le gang, les amitiés : belles ou louches, les
relations, les coups, le misère ordinaire. Il y aura mort d'homme.
Des amis inséparables qui s'entretuent. Charlie en fait les frais,
tué par Nathanaël parce que lui rêve trop, se laisse
embarquer par les yeux d'un rêve trop grand qui se joue de vous.
Misère ordinaire, parcours sordide et humanité si touchante.
C'est un texte sur la fraternité des pauvres. Un texte comme un
chant de souffrance et d'amour pour une terre des possibles, sa terre
de souffrance et sa terre à bonheur.
C'est à lire la rage au cur comme un appel à vous
lever ou à entendre au-dedans de soi les cris des Charlie de la
souffrance ordinaire. Beau texte d'humanité.
J.T.
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| Louis Guilloux |
Le sang noir |
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Le livre autobiographique de Hervé
Hamon, le dernier livre d'un briochin de race, un vrai fils de Louis Guilloux,
de Georges Palente et d'Armand Robin. Il raconte dans Toute la ville va
vers la mer - mot du poète belge Verhaeren - son parcours de gosse
de ville, d'un Saint Brieuc d'hier, voire d'avant-hier à l'arrivée
de la guerre ; Hervé est un fils prolétaire d'une ville
facilement ouvrière et socialiste, il rencontre d'ailleurs Louis
Guilloux en largement aîné. Où l'on entend le jeune
Hervé se faufiler dans l'ascenseur social, pour, de lycée
en prépa, rejoindre la Sorbonne et bientôt le monde de l'édition
et de l'écriture, après un détour par l'enseignement.
Besoin de ne pas s'installer trop longtemps. Du sel et de la mer dans
les veines, Hervé Hamon est l'écrivain prolixe d'une uvre
de sociologie sur la gauche parisienne, l'Algérie, les profs..;
Belle plume nerveuse et attachement sensible aux causes souvent difficiles.
Mais on l'entend aussi réagir en provincial au parisianisme et
à l'élitisme bourgeois. Lui, demeure ce breton déraciné
qui a besoin de retrouver le sol. Hervé Hamon n'a rien d'un gavroche
mais il est rare je crois de trouver sous une plume célèbre
désormais un hymne à cette Bretagne qui loin de s'enclore
dans le passé ne cesse de s'ouvrir au plus universel. Hervé
Hamon est un vrai fils de Saint Brieuc, la ville toujours ouvrière
et prête à se lever pour la justice.
J.T.
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" Le monde nous gratifie de
peu de chose à présent, il semble n'être que vacarme
et angoisse; cependant l'herbe et les arbres continuent de pousser. Et
même si un jour la terre entière est recouverte de blocs
de béton, le grand ballet des nuages se poursuivra dans le ciel;
ici et là des hommes continueront d'ouvrir grâce à
leur art la porte d'accès au divin. "
Entre autres textes regroupés par l'éditeur pour constituer
un éloge de la vieillesse, ce bref extrait du sage Hermann Hesse
à l'âme d'enfant.
Et aussi : relire " Lachapelle rose avec son petit auvent "
dans Description d'un Paysage* où l'auteur lors de ses promenades
quotidiennes en montagne prétexte le lieu pour une déambulation
intérieure, " une géographie existentielle ".
J. Corti, coll. Les massicotés
Marie-Laure Jeanne
Herlédan
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Voilà un livre qui tient ses
promesses : il nous conduit à la découverte de l'univers
de Guillevic. Avec discrétion, Brigitte Le Treut, nous invite à
une longue promenade dans les terres et les espaces guilleviciens. On
oublierait presque sa présence à nos côtés
tandis que nous faisons nos découvertes et pourtant... elle nous
offre son considérable travail avec générosité.
Il lui aurait sans doute été bien plus facile de nous "expliquer"
Guillevic et, par le fait assez banal de la critique de
plus parler d'elle que du poète !
Par son retrait volontaire qui est une sorte d'éthique de l'écriture,
elle nous laisse entrer en tête-à-tête avec Guillevic,
en "coeur à choeur" avec son chant.
Certainement B. Le Treut sait-elle conduire son lecteur au point crucial
de l'uvre où il pourrait se montrer rétif, inquiet,
là où se révèle (p. 249) l'importance du vide
qui n'est "Pas seulement / le contraire de qui est. // Mais ce qui
donne / L'aspect, la façon d'être / À ce qui est."
selon les mots même du poète.(*)
En somme, c'est en parfaite congruence avec l'objet de son travail que
l'auteure a su "Adopter / Le rien qui loge / Dans ce qu'on aime"
(**).
On lui sait donc gré d'avoir
tenu, tout au long de son ouvrage, le parti pris d'une écriture
ouverte et respectueuse.
Gilles Herlédan
(*)
Motifs, p. 48
(**) Motifs, p.
51
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Des " Vies minuscules ",
une seule eût suffi, Pierre, le reste est par trop exposé,
mais l'abbé, oui, qui caresse les petits uraeus pour toucher du
bout du doigt l'éternité.
"I've immortal longings in me " dit Shakespeare entre les lèvres
de Cléopâtre.
Le Louis-René des Forêts a, là, présent de
roi et nous partageons à la table.
Saint-Pol-Roux convoqué pour les oiseaux que ses arbres s'échangent
aura croisé l'Armand Robin, des bois lui aussi, qui lui entend
même frotter leurs branches de joie. Bienheureux les simples dont
Thomas est le Prince.
Ce Bandy là est sûrement un troisième larron qui nous
fait lever les yeux.
C'est de corps et de sang, une écriture majuscule.
Marie-Laure Jeanne Herlédan
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Albert Cohen
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Oh ! vous frères humains,
Folio |
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"... qui oserait scier la
branche qui le porte ?..."
" c'est alors, fût-ce qu'une seconde, une minute au plus, Dorme
ne le saura jamais, qu'un grand vent fit trembler la forêt de ses
nerfs, ..."
" Désirez-vous l'éternité ?
- Quelqu'un la désire au fond de moi"
Le feu brûle déjà en dedans. Dans Les mots à
la gorge un seul suffit, crié du fond de l'âme, un non à
la Bonhoeffer. Le mot qui délivre dit Aragon ou celui qui enchaîne.
L'enchaîné va au supplice car la voix s'est frayé
un chemin, cela qui en lui fait vérité. Chemin de croix
qui mène dans l'espace infini, " à l'extrémité
de l'allée verte " vers le flamboiement, le feu sacré.
Ce livre a été l'objet d'une rencontre du 6 au 12 juillet
2009 à Mirmande, organisée par l'Association
des amis de Jean Sulivan
et aussi L'Exode, Le Plus petit
abîme... et tant d'autres titres de l'uvre de Jean Sulivan
Marie-Laure Jeanne
Herlédan
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Albert Camus
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récits, nouvelles et essais |
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Margerite
Yourcenar : L'uvre
au noir |
| Primo Levi |
Si c'est un homme, La trêve,
Le système périodique,La clef à molette, Maintenant
ou jamais, Conversations et entretiens, Robert Laffon, coll. Bouquins
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