| Poésie... |
|

Armand
Robin
|
Donnons tort à Armand
Robin !
Donnons tort à Armand Robin
lorsqu'il dit dans Ma vie sans moi :
" Très seul, loin du poème, en un bois déserté,
je m'assaille à la hache, muet, déserté,
et les poèmes qui parfois tombent de moi
sont à peine le bruit d'une feuille morte dans les sous-bois."
Sortons avec lui dans la sente, promenons-nous entre les arbres dont les
branches se frottent en riant au printemps.
Remplissons sa sienne casquette de mendiant dont il dit que " nul
son n'y tinte" de saluts, chapeau bas.
Cueillons de très douce main ce "trèfle béant"
qui croit-il "n'a pas dit ce qu'il voulait dire".
Non, il n'est pas "né vainement", on entend de près
ses mots et de solitude et d'émerveillement.
Oui, à lire ce forçat on écoute malgré tout
la vie balbutiée, on entend son cur se refaire qui vainc
la mort.
Paroles de Villon, paroles de Robin, on vous entend encore, oh combien
! Vous n'êtes pas nés, les vers ne vous ont pas mangés,
on vous couvre d'un chaud manteau.
Marie-Laure Jeanne
Herlédan
|
Gilles Baudry

|
IL VIENT AVEC LA MER
à Hélène Cadou.
Ce matin
les oiseaux sont en fleurs.
Au silence d'un arbre
au tintement
des cimes
l'âme nous monte
aux lèvres.
Les vagues
par versets
incantent la promesse.
S'il revenait
l'Absent
On le reconnaîtrait
aux traces de ses pas
sur la mer
à sa voix
de lumière blessée
aux allées et venues
de ses pensées :
abeilles transparentes
au voisinage des vitres embuées
de son haleine bleue.
|
Philippe Forcioli

|
il ne restera de nous
qu'une poignée de sable
le souvenir très doux
des heures passées à table
à partager le pain d'amour
et des paroles comme cascades
|
| Rainer Maria Rilke |
Lettres à un jeune poète
Élégies de Duino
|
|
Qu'il vive !
Ce pays n'est qu'un voeu de l'esprit, un contre-sépulcre
Dans mon pays, les tendres preuves du printemps et les oiseaux mal habillés
sont préférés aux buts lointains.
La vérité attend l'aurore à coté d'une bougie.
Le verre de fenêtre est négligé. Qu'importe à
l'attentif.
Dans mon pays, on ne questionne pas un homme ému.
Il n'y a pas d'ombre maligne sur la barque chavirée.
Bonjour à peine, est inconnu dans mon pays.
On emprunte que ce qui peut se rendre augmenté.
Il ya des feuilles, beaucoup de feuilles sur les arbres de mon pays. Les
branches sont libres de n'avoir pas de fruits.
On ne croit pas à la bonne foi du vainqueur.
Dans mon pays on remercie.
Les Matinaux. René
Char
|
 |
René Guy Cadou
|
 |

Voici un éditeur qui a choisi un format original
: 24 pages qui peuvent se glisser dans une enveloppe pour faire cadeau.
Ce que qu'a fait Gabrielle Le Berre pour des Sources et des Livres :
" Approche toi/au plus près/de la parole qui se tait... "
|
 |
Emily Dickinson l'incandescente
"Vous êtes un grand poète et c'est dommage que vous
ne veuillez pas chanter tout haut" dit un jour Emily
Dickson à Helen Hunt Jackson.
Vouloir chanter tout haut, voilà qui arrête.
D'abord, vouloir, qui est un autre nom du désir : "pourriez-vous
me dire si mes poèmes sont vivants " écrivait-elle
à un critique. Emily Dickinson ne cesse de traverser ces creux
que l'on appelle dépression et regarde la nuit comme un adieu.
Les longs bras de la mort semblent la bercer tandis qu'elle cherche pourtant
à s'en extraire.
"Glorifie-le c'est mort
Ça ne peut luire."
"Les braises d'un Million d'années
Remuées par la Main
Qui les caressait lorsqu'elles étaient feu
Luiront et comprendront."
" Combien solide doit sembler l'éternité
à ceux qui comme
Moi se délitent."
" J'aime mieux me souvenir d'un Couchant
Que jouir d'une Aurore
Bien que l'un soit superbe oubli
Et l'autre réel."
Chanter tout haut.
Quand elle préfère l'été plutôt que
l'automne " de crainte de détourner le Soleil ", c'est
le zénith qui est chanté : le cri d'Emily Dickinson se transforme
en chant mais toujours chant funèbre
" Plus bas que la Lumière, plus bas,
Plus bas que l'herbe et la Boue "
et chant de joie entremêlés,
"Plus haut que la Lumière, plus haut,
Plus haut que l'Arc de l'oiseau"
" J'ai pu moi-même survivre à la Nuit
Et rallier le Jour
Au Sauvé le Salut suffit
Sans la Formule
Désormais je prends mon rang de vivante
Comme une graciée
Candidate à la Chance du Matin
Mais parmi les Morts marquée."
Le vouloir chanter tout haut d'Emily Dickinson est un combat en écriture
poétique, ses armes sont les mots dont elle fait un long cortège.
Son " panier ne contient que des firmaments cela à
son bras seulement se balance
Quand de moindres ballots sont accablants", et le feu brûle
en elle constamment.
Le très beau travail de traduction de Claire Malroux dans l'édition
bilingue de Poésie Gallimard est un grand uvre à
saluer.
Marie-Laure Jeanne Herlédan
|
|
|
Harpèges et ParabolesBrume
La brume est accoudée
à des tilleuls,
Un merle chante, une feuille s'égoutte.
Le chemin ne sait pas où il s'en va,
Le temps non plus. Dieu se cache et se tait.
Arpèges
et paraboles
Jean Grosjean
|
|

Eugène
Guillevic
|
...
Ce n'est pas que j'aie
Quelque chose à dire
De précis, de particulier
Est-ce d'ailleurs
Qu'il s'agit de dire ?
Dire n'est ici qu'un moyen
Pour arriver à quelque chose
...
Égrainant un credo sans croix, Guillevic s'avance et se retire
dans l'"Étier" découvrant : " un territoire
où tout se tisse ".
Cet homme-là posait son regard et plus que cela, très intensément,
sur ce dont il allait parler, après, plus tard.
Comme des distiques de Silésius si j'ose le dire parfois
trois lignes, quatre il nous révèle secret sur le
rocher, fait ode au lichen, consacre la bruyère.
" Flagrante et quotidienne
Est la révélation
Par la feuille et la fleur ".
Au ras de la terre où l'homme absent est pourtant tutoyé
en constance, le poète est granit et sur cette pierre grise on
se pose, invité à être présent, à "
exister, à servir le lieu" pour regarder avec toi ami, ami
Guillevic " la lumière toujours en train de naître".
Et aussi Art poétique précédé de Paroi et
suivi de Le chant, Sphère, Possibles futurs, sans compter : L'univers
imaginaire de Guillevic par Brigitte Le Treut chez La Part commune
Marie-Laure Jeanne Herlédan
|
|

Gilles
Baudry
|
Gilles Baudry partage avec nous
le pain de ses mots où il a mis du levain qui soulève les
pieds lourds et les poitrines qui cachent le cur, du sel pour donner
goût et laisser l'appétence, de l'eau qui étanchera
la soif au jour de sécheresse, le blé était déjà
là.
Au Matin, il le prépare car le soir il est rompu mais ne "logera
pas la fatigue" comme nous souffle Armand Robin doucement à
l'oreille
Marie-Laure Jeanne Herlédan
|
|

Christine
Guénanten
|
Le cri de Christine est cristal fin, pur
et fort. La poète le lance sur " un chemin bordé de
fleurs avec de la rosée en étoile sur les roses et les épines
et des abeilles d'or dans les ramures profondes. " a écrit
d'elle Charles Le Quintrec en 1991 dans sa préface à Au
clair obscur de l'aube.
Tout au long de ses ouvrages elle sertit les pauvres mots pour les faire
briller de tous leurs feux. C'est qu'elle prend ce feu aux dieux et le
garde en son autel, on se chauffe à la flamme qui n'embrase pas
mais illumine le recoin sombre. Un clair-obscur est ainsi créé,
elle fait uvre d'art de la quotidienneté.
"... quand le petit jour grandit
le jardin des nénuphars
embarque pour l'infini "
Marie-Laure Jeanne Herlédan
Le 5 décembre 2009 Christine Guénanten a présenté
son nouvel ouvrage édité par Des Sources et des Livres :
Sel et ciel des mots
aux marais-salants
|
|
|
Poèmes bleus, Papiers collés...
et aussi le : Perros, Bretagne fraternelle de
Jean Lavoué aux éditions de L'ancolie
Pour aller y voir dans l'écriture
de l'homme Perros qui a "envie d'être heureux un peu comme
on dit bêtement que les clochards le sont", le livre de Jean
Lavoué est une porte grande ouverte qui pousse à entrer
: il se fait l'ami avec qui les "cavernes du cur" ont
entr'aperçu une lumière. Et fidèle, il entremêle
ses mots à ceux de Georges comme des fagots pour entretenir patiemment
un rougeoiement.
S'il
tombe entre tes mains, ami lecteur, laisse-le s'y déposer c'est
le livre d'un passeur de mémoire qui célèbre une
gloire.
Marie-Laure
Jeanne Herlédan
|
|
|
Loïc Collet, comment dire,
est de ces hommes qui inspirent le respect. Qui inspirent tout court.
Il y a de la congruence, de la force et de la fragilité, de la
fierté et de l'humilité dans le creuset et le pilon triture
qui fait sortir le suc.
Après De boue et de feu, qui est un récit fort, après
le très vrai Parole en genèse en concorde avec Yvonne
Leray dont nous reparlerons l'an prochain aux "Sources et aux Livres",
ce prêtre, maçon, poète (dans quel ordre, on ne sait)
nous livre La pierre et la chair au titre éponyme.
"Dans le corps à corps des choses et de l'esprit
Naissent les mots.
....
Tu peux les saisir par la peau du cou,
Les épeler, les éplucher, les écorcer,
Les effilocher, les dépiauter...
...
Les conteurs en ont plein leur besace
Et les poètes leur coffre de voyage
Avec eux nous embarquons..."
Voilà ce qui est dit dans la préface !
Marie-Laure Jeanne
Herlédan
|