la plumée...

" Plumée d'encre, ce qu'on peut prendre d'encre avec une plume pour écrire "

Nouveau dictionnaire encyclopédique universel illustré, Jules Trousset (dir.), tome 4, La librairie illustrée, 7, rue du Croissant, Paris, 1875

13 janvier 2012

Transformer une pensée en personnage

Il est des âmes qui ne manquent pas de corps mais simplement de clairvoyance. C'était un ogre véritable, monstrueux dans ses dimensions, obèse à n'en plus finir.
Son passe-temps favori se réduisait à un interminable défilé d'aliments que ses deux mains amenaient goulûment à son énorme bouche. Il se nourrissait de tout ce qui se trouvait à sa portée et même au-delà, jusqu'aux limites de ce que son imagination pouvait lui offrir, le rendant encore plus boulimique de ces choses succulentes qui n'en finissaient pas d'exister.
Une seule nourriture lui était inaccessible et la seule qui pût réellement combler son appétit démesuré.
Un tout petit bout d'amour absolu lui échappait continuellement, trop pressé qu'il était de se remplir, croyant que cela était la seule façon d'exister.
CH

Il est des âmes qui ne manquent pas de perspicacité : la perspicacité demande surtout de la réflexion et un travail intellectuel, tout ce qu'on met en œuvre pour arriver à démontrer...
Dans le cas d'Alice c'est bien plus que cela dont il s'agit : c'est comme une évidence. Tous ces livres ou objets dont elle me fait cadeau, me " vont " si bien ...
Tous pourtant si différents me touchent, ils me parlent d'elle, de moi, ils poursuivent le partage entamé depuis si longtemps chez elle ou chez moi de vive voix ou au téléphone...
Oui, Alice ces " Chaussures italiennes " d'Henning Mankell me vont à merveille, me parlent de moi, de toi.
C'est un cadeau qui me permet de dialoguer en silence avec toi, avec moi...
Quel talent est le tien, quelle attention est la tienne pour dénicher à chaque fois le livre, l'objet qui me feront me découvrir un peu plus et qui me donnent en même temps des clés sur le questionnement qui est le tien en cette fin d'année 2011...
Ils maintiennent un lien invisible et puissant fait de respect mutuel et d'affection profonde.
Ils me parlent de là où tu es, de tes interrogations : ils renforcent surtout cette communion de questionnement qui est la nôtre, par rapport au temps qui passe, à ce qui est important et ce qui ne l'est pas et bien d'autres choses encore...
JLB

Il est des âmes qui ne manquent pas de panache, mais simplement de vérité…
Il était grand, mince, en noir, bel homme, sûr de lui, présentant les arguments comme des vérités, un orateur hors pair, difficile à contrer tellement son débit était facile, simple, compréhensible, semblant incontestable si on ne réfléchissait pas, parlant de portes ouvertes, sa voix berçait l'assemblée, son assurance, sa prestance, donnaient confiance, si bien que le contenu du discours n'était pas important.
Un sourire par ci, une poignée de main par là…Une fois arrivé dans sa voiture, le spectacle terminé, il n'avait aucun souci des uns et des autres et ne pensait qu'à son élection.
Que disent les sondages aujourd'hui ?
– Si je puis me permettre, Monsieur, les chiffres que vous avez avancés ne sont pas exacts…
– Qu'importe, René, ce qui compte, ce n'est pas ce que je dis, mais l'aura qui plane autour de moi. Plaire, voilà la clé!

Rencontré en journée de travail et de réflexion sur l'avenir, je m'approche de lui :
Monsieur, serait-il possible que vous partagiez la vie - pendant une journée - avec les enfants, les adultes, sans parler, en vous dévêtant de votre auréole, pour écouter, voir, sentir… ce qui se passe ?
MML

Il est des âmes qui ne manquent pas de droits, mais simplement de devoirs. En effet, disait le " Sage " : " Il ne peut pas y avoir de droits sans devoirs " et, même, les devoirs naissent avant les droits, ils précèdent les droits.
Nous avons l'impérieuse obligation de conserver le châtaignier, espèce noble, par son bois recherché en menuiserie, charpente, piquets de clôtures…
Et depuis plusieurs décennies, le constat est là : les sujets de cette espèce crèvent et même les jeunes arbustes. Les générations futures auront-elles, disposeront-elles, encore, de ce bois d'œuvre ?
Nous devons, donc, semer, planter…
La recherche ne devrait-elle pas, comme pour l'orme, trouver des variétés plus résistantes avec les mêmes qualités de bois ?

Mais en regardant au-delà du châtaignier, notre époque n'a-t-elle pas mis à mal nos ressources fossiles non renouvelables ? n'a-t-elle pas dégradé notre environnement ? Il y a quelques années, des résineux ne dépérissaient-ils pas par des pluies acides ?
Le " Sage " dit aux 7 milliards d'êtres humains que notre planète est unique et est notre seul vaisseau dans l'univers sans chaloupe de secours.

" Je " voudrais intervenir auprès du " Sage " : ne pensez-vous pas que nous avons changé de civilisation durant ce 20e siècle ? Ne pensez-vous pas que la civilisation paysanne avec son énergie métabolique (avec les animaux de traits, les outils, le travail des paysans…) respectait mieux l'environnement que la mécanisation, la chimie, les pesticides largement utilisés aujourd'hui ?
Le " Sage " fait le constat que nous ne pouvons pas dépenser plus que ce que nous produisons. L'eau fossile des puits artésiens, l'énergie fossile : gaz, pétrole, ne se renouvelle pas à l'échelle humaine. De plus, dit-il : "Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme ". Il ajoute que les humains ont joué aux apprentis sorciers en inventant, en mettant sur le marché des molécules de synthèse.
" Je " voudrais implorer le " Sage " en lui disant que j'ai cultivé des légumineuses : luzerne, trèfles violet et blanc… qui sont, à mon avis, les plantes les plus élaborées de la création. En effet, en plus des hydrates de carbone produits par la photosynthèse, les protéines sont élaborées en symbiose avec les micro-organismes se trouvant dans les nodosités des racines.
Aussi, " je " supplie le " Sage " d'être indulgent avec moi car j'estime avoir pratiqué :
– une agriculture économe en énergie fossile : tout herbe et pâturage
– une agriculture propre sans pesticides
– une agriculture durable en permettant aux générations futures d'y vivre.
JC

Il est des âmes qui ne manquent pas d'idées, d'énergie, de vie mais simplement d'envie de vivre. Zoé était de celles-là. Petite, elle semblait souvent triste d'être là sur cette terre. Pourquoi fallait-il vivre ? Pourquoi fallait-il grandir ? Quel intérêt ? Malgré ces questions, elle se passionnait pour tout ce qu'on apprend à l'école, elle aimait les livres, toutes ces histoires inventées, ces vies racontées. Mais, parfois brusquement, elle voyait les choses de l'extérieur et tout lui semblait futile, inutile. Fallait-il vraiment poursuivre ? Comme Sisyphe roulant son rocher ou sa grand-mère enchaînant sans fin les rangs de pommes de terre, il était important de continuer, d'aller au bout. La rassurait, le fait qu'à ce bout, elle était sûre qu'il y avait la mort à laquelle il lui arrivait de rêver. Mais lui revenait le plaisir de se sentir vivante, de bouger, de boire, de manger, de toucher la terre, les arbres, d'être avec les autres, de les écouter, de partager.

Dialogue avec Zoé :
Tu sais bien qu'au fond de toi, il y a ce désir de mort, cette tristesse souterraine, ne fais pas comme si elle n'existait pas.
– Je le sais, mais je peux te dire que c'est plutôt rassurant de savoir que je vais mourir, comme les autres avant moi. Cela ne donne que plus de prix à ma vie, à celle des autres et à la VIE. J'en fais partie.

M.J.

Il est des âmes qui ne manquent pas de disponibilité mais sont codépendantes
Elle en avait fabriqué des jouets la machine pendant toutes ces années ! À chaque nouvelle fabrication, on prenait le temps de la nettoyer, de la huiler. Elle était contente de donner du plaisir à tous ces enfants même si une fois grands ils n'en auraient plus besoin.
Mais un jour l'usine a fermé, la machine, elle, est toujours là mais personne ne s'en sert. Elle aimerait bien qu'un jour quelqu'un la remette en route, même si ce n'est pas pour de la grosse fabrication, juste pour le plaisir.
Dialogue avec la machine
" Pourquoi te morfonds-tu. Tu devrais être contente, plus de poussière, plus de bruit. Tu peux rester à ne rien faire "
" Oui mais, justement, j'ai besoin d'être utile "
" Écoute, je te propose de te mettre dans le garage de mes enfants, peut-être seront-ils contents de t'avoir "
Quelques temps après
" Alors la machine, comment te sens-tu ? "
" Eh bien finalement, je préfère retourner dans mon atelier. Les enfants ne font pas attention à moi et quand ils m'utilisent ils oublient de me nettoyer. Je préfère mon local, au moins, j'y suis chez moi. Peut-être que de temps en temps quelqu'un viendra me remettre en route juste pour le plaisir
FB


4 novembre 2011

À tous ceux qui...
À ceux qui n'ont rien à dire, ni à écrire d'intéressant. La moindre idée qui vient est tout de suite rejetée : sans intérêt vous dis-je. Rien, néant, tiens ce sont des noms de ma généalogie. Noms parlants, pour une fois ! Gris, passe partout, insignifiant, vous connaissez la chanson. Peut-être, pourriez-vous passer entre le mur et l'affiche, disparaître à jamais. Surtout ne rien laisser de soi.
MJ

À tous les fatigués avant d'avoir commencé, vivez l'instant sans trop vous projeter
À tous les fatigués d'une trop longue journée, parsemez le jour de moments rêvés
À tous les fatigués d'une vie surmenée, apprenez à courir sans trop vous presser
CH

À tous les deux, les deux romains les deux latins,
Les dos, les two, les zwei,
Les deux pieds dans le même sabot, les de Lamartine, les jamais deux sans trois,
Les devinez qui vient dîner ce soir ?
Les deux tiers et les duos
Les demis de Picon bière
Les de de de deutéronome
Et ceux qu'on deux neurones
Les 2 sur 20 qui doublent leur note
Les deux, de les aime bien parce que quand y'a deux, y'a peut-être trois et quatre et cinq jusqu'à l'infini…
MLJH

À tous ceux qui s'imaginent ne pas savoir créer. Mais regardez-vous donc et enfin voyez tout ce que vous savez faire et que vous avez toujours cru obligé de taire.
Toi le timide qui sors de ta coquille pour partager aux autres les contes qui dormaient au fond de toi.
Et toi qui de tes mains sais prendre quelques fleurs et faire un beau bouquet pour réjouir un cœur.
Et toi qui à longueur de journées mélanges les mailles bleues et les mailles roses pour en faire quelque chose qui habille les petits.
Et toi qui avec un peu de farine mélangée à la poudre sucrée sais faire un bon flan qui réjouit tous les gourmands.
Mais regardez -vous donc ! Ne regardez pas ce qui est l'œuvre de l'autre et ne vous croyez pas obligés d'être son apôtre ! Regardez au fond de vous et sachez reconnaître cet artiste caché pour le laisser s'exprimer !
MTC

Aux Indécis anonymes
À ceux qui ont de la difficulté à prendre une décision …
À ceux qui préfèrent rester coincer, comme une voiture au garage avec le frein à main bloqué …
À ceux qui pèsent et soupèsent avant de prendre une décision …
À ceux qui n'osent pas, par peur d'être ridicule …
Alors, Indécis anonymes, rappelez-vous cette phrase de Khalil GIBRAN : " Tout ce qui est le plus faible et le plus égaré en vous est le plus fort et le plus déterminé ".
Alors …, alors …, après de mûres réflexions, il convient de passer à l'action, aux actes qui seuls sont déterminants …
Il n'y a que le premier pas qui coûte et qui compte et il suffit, ensuite, d'enregistrer les actes, travaux et actions comme le petit Poucet qui mettait des petits cailloux sur son chemin pour s'y retrouver …
JC

À tous les apeurés ;
Je vous reconnais dès que j'entre dans la pièce, vous regardez rapidement qui arrive pour aussi vite, dès que vous êtes rassurés, baisser les yeux sur lesquels on ne voit plus que les paupières.
Quand vous circulez dans un couloir de bâtiment vous prenez la voie la plus proche du mur, prenant ainsi le risque de vous y cogner si vous faites un faux pas ou si vous êtes un peu bousculés.
En réunion les autres ont déjà dépassé leur temps de parole, vous sentez que vous allez bientôt réussir à placer votre propre parole rapidement, oui juste après celui qui vient d'arrêter et qui en a dit beaucoup, alors vous espérez fortement qu'il a vraiment fini pour y aller à votre tour, mais non vous vous trompez, la voie qui semblait libre ne l'est pas finalement. Le cœur bat et s'accélère : j'y vais ? je n'y vais pas ? j'attends un peu ? Je connais.
Quand on va parler de vous on dira en plus qu'il n'a qu'à prendre sa place, et c'est bien connu : qui ne dit rien consent.Ce qui enfonce un peu plus le couteau dans la plaie.
Pourtant vous vouliez dire des choses intéressantes et peut-être différentes.
Et quand vous allez parler on va vous écouter et vous dire : oui, mais…..et vous sentirez que les plus forts ont toujours le dessus.

EB

À tous les porteurs d'idéaux trop grands pour la vraie vie :
Arrêtez de vous faire du mal tout seul
et enlevez les peaux de bananes qui vous bouchent la vue.
Faut pas péter plus haut qu'son cul me disait l'ami Paul qu'était un vrai bon homme.
L'idéal nous paralyse, nous empêtre en nous-mêmes
plaçant nos vies sous la bannière qui fait barrière
" Y ARRIVER COÛTE QUE COÛTE ".
Mais arriver où ? Arriver à quoi ? Pour qui ? Pour quoi ?
Porter l'idéal comme un flambeau pour qu'IL condescende à dire
" Oui c'est bien ", son regard enfin posé sur notre petit être.
Long chemin pour déposer le fardeau et faire face à la joyeuse vanité des choses et du monde.
L'idéal a, pour vous, remplacé la croix de vos aïeux !
Posez-là tout ce fatras et voyez comme la vie est douce à vos pieds nus
dans l'herbe fraîche des matins d'automne.
MDB

On vous réveille par des coups de pied alors que vous veniez de vous endormir !
On vous met dans la chambre d'à côté alors que vous aimeriez tant un lit douillet avec quelqu'un à vos côtés.
On vous conseille de vous tourner ou de mettre un pince-nez.
Mais d'abord, qui a dit que vous ronfliez ?
FB

À tous les grands de la terre
Vous qui souffrez de dépasser tout le monde d'une tête dans un groupe – on ne voit que vous – cherchez un plus grand que vous et restez derrière.
Tous les grands ne sont pas remarqués, certains par leurs paroles, croient emmener les autres sur leur chemin, quelle désillusion s'ils savaient !
La condescendance est une de nos qualités, " tu es plus petit, passe donc devant…" "tu es le plus grand, prend bien soin de…"
Nous les grands, nous avons une mission sur cette terre, c'est d'essayer de se faire oublier, comment ?
Groupons-nous et prenons un bureau d'étude qui nous permettra de trouver LA solution.
MML

À tous ceux qui pressent le pas Avez-vous peur de ne pas avoir assez de temps pour tout faire ?
Est-ce la peur de s'arrêter car très vite rattrapés par des pensées emmêlées, emberlificotées
Trop de choses à faire ?
Alors pourquoi vite les finir ? pour sauver un peu de temps pour soi : pour soi seulement Y a t'on le droit ? Le vole t'on à ceux qu'on aime ?
DC

Je n'ai pas l'âme... je suis...
Je n'ai pas l'âme du rêveur, parti dans ses songes, la tête dans les nuages, et espérant on ne sait quoi.
Je n'ai pas l'âme de l'enthousiaste, tout feu tout flamme, prêt à s'envoler au premier vent qui passe.
Je n'ai pas l'âme de l'espiègle, se jouant des uns, des autres, s'amusant pour un rien, baluchon sur l'épaule.
Je suis du clan des réalistes, de ceux qui ont les pieds su terre.
Je suis de ceux qui comptent et ne s'en laissent pas conter.
J'ai l'âme paysanne, la terre est ma patrie et mon refuge.
Mais peut-être suis-je aussi du clan des marins, attirée par la mer et l'aventure ?
MJ

Je n'ai pas l'âme d'une solitaire qui se replie dans sa tanière
Je n'ai pas l'âme d'une comédienne qui s'enfonce dans ses mensonges
Je n'ai pas l'âme d'une danseuse qui en oublie la réalité du monde
Je suis du clan des bienveillantes de celles pour qui comptent les autres
Je suis du clan des curieuses pour qui rencontre est voyage
Je suis du clan des amoureuses, de celles pour qui la vie est tendre
CH

Je n'ai pas l'âme du poète romantique qui la traîne derrière lui, errant au bord du lac, qui pleure, qui geint, qui tristesse en grand soupir, qui, son regard las allant vers le très lointain, désespère, désespère et mère et tous les gens et le monde, qui marine dans les vagues de son âme et dans ses larmes.
J'ai l'âme canaillouse dès qu'il s'agit de tripoter les mots, de les caresser, de les enlacer et les entrelacer pour parler de la pluie et du beau temps, de la pâquerette et du chiendent.
MLJ

Je n'ai pas l'âme d'un marin qui passe ses journées sur les flots bleus. Celui qui, pour seule compagnie, n'a à longueur de journées que les dauphins et n'a pour seules montagnes les vagues pendant la tempête.
Je suis de ceux qui ont besoin de marcher sur la terre ferme et gravir les sommets pour voir loin, curieux de découvrir l'autre versant des collines.
Je n'ai pas l'âme d'un surveillant de baignade à rester sur place pour observer avec des yeux de lynx et compter à chaque instant si remontent de la piscine autant de têtes blondes que j'en ai vu disparaître…Je n'aime pas ce " sur place " à longueur d'heures et de jours…
J'ai besoin d'aller voir ce qui se passe dehors dans la rue d'à côté !
MTC

Je n'ai pas l'âme de l'aventurier qui avance tête baissée …
Je n'ai pas l'âme des grands soirs et des lendemains radieux …
Je n'ai pas l'âme du décideur qui agit sans peser le pour et le contre …
Je suis du clan des observateurs qui constatent la complexité de toutes choses.
Je n'ai pas l'âme du casseur qui veut tout remettre à plat …
Je n'ai pas l'âme de l'intellectuel qui théorise facilement …
Je n'ai pas l'âme du polémiste qui bloque les situations …
Je suis du clan de ceux qui posent de tout petits actes.
Je n'ai pas l'âme de l'énervé qui veut tout immédiatement …
Je n'ai pas l'âme du farfelu qui fait n'importe quoi …
Je n'ai pas l'âme du forcené qui fait violence …
Je suis du clan de la tortue qui avance tranquillement, sereinement.
JC

Je n'ai pas l'âme de quelqu'un d'assuré qui en impose par sa démarche et son élan.
Je n'ai pas l'âme de ceux qui parlent avec assurance.
Je n'ai pas l'âme de ces militants convaincus.
Je n'ai pas l'âme de ces penseurs qui débattent de leurs idées.
Je suis du clan des discrets qui pensent et réfléchissent beaucoup et qui se battent intérieurement contre l'extérieur et contre les démons intérieurs.
Je suis du clan de ceux qui reprennent mille fois leur ouvrage pour avancer.
EB

Je n'ai pas l'âme de l'embaleineur de parapluie
qui, à longueur de jour, rigidifie les dentelles
pour se protéger de l'ondée
Je n'ai pas l'âme des charentaises
A quitter les sabots pour mettre ses pieds
Dans la douceur anesthésiante de la maison douillette
Je n'ai pas l'âme du chauffeur en livrée
qui transporte en silence les nantis capitalisant boursicotant
ruinant tout trace de l'Humain en H majuscule
Je suis du clan des accordeurs de piano et autres soprano
Ecoutant comment sonnent, bourdonnent, tintinabullent
Les cordes de nos vies chantant leur musique singulière.
Je suis du clan des sans famille
Qui vagabondent d'âme en âme cherchant la sœur promise
Et accostant inopinément, apeurée émerveillée
Au milieu de tant de diversité d'êtres
Pour repartir toujours très vite.
Je suis du clan des gourmandises
Qui se révèlent dans la patience consentie d'un temps offert
A qui veut s'en donner la joie
En quelques précieuses minutes partagées.
MDB

Je n'ai pas l'âme d'une ménagère
Je n'ai pas l'âme d'un ermite
Je n'ai pas l'âme d'un j'm'en foutiste
Je suis du clan des bricoleurs
Je suis du clan des fignoleurs
Je suis du clan des bons joueurs
Je suis du clan des viveurs au grand air
FB

Je n'ai pas l'âme du caneur qui reconstruit sans cesse les fonds…
Je n'ai pas l'âme de la rapetasseuse qui ravaude à longueur de temps jusqu'à épuisement…
Je n'ai pas l'âme du gonfleur de pneus qui prie pour que sa pompe redonne forme au caoutchouc affaissé…
Je n'ai pas non plus l'âme du médecin qui pense guérir et nous redonner la vie…
Je suis plutôt du clan de celles qui laissent venir le vent, la pluie, le soleil, qui prend ce qui passe à portée de main, " qui se promènent les mains dans ses poches trouées "…
MML

Je n'ai pas l'âme d'une danseuse mais apprécie le déséquilibre des moments de la vie, goûte le calme après le tumulte des émotions et descend du fil tendu à travers les années de la vie pour être une fourmi ouvrière, active dans cette grande famille besogneuse.
Je fais partie de ce clan des bâtisseurs de tant de chemins secrets construits sous les feuilles colorées de l'automne, à l'abri du bruit : au chaud.
DC

Je n'ai pas l'âme du meunier qui regarde sa roue tourner en écrasant les grains de blé.
Je n'ai pas l'âme du photographe qui cherche à faire un beau portrait.
J'ai l'âme préoccupée du paludier qui scrute le ciel pour savoir si demain sera meilleur qu'aujourd'hui et comme un serrurier, je cherche les clés pour ouvrir des portes cadenassées par trop de préjugés.
Plus que du bijoutier qui pare la misère, je suis du clan du cordonnier qui ressemelle les souliers usés par trop de pas et de démarches pour continuer à avancer...
JLB

 

23 septembre 2011

À la manière de Raymond Queneau
raconter un fait de quatre styles différents

Subjectif
J'arrive au lycée un peu stressée parce que c'est dans ma nature. Est-ce que ce que j'ai fait dans l'urgence est oublié sur mon bureau? ai-je assez dormi pour être en forme? Je les vois tous autour de la porte d'entrée, un petit " bonjour Madame " en passant, un petit sourire de certains, une tête baissée pour d'autres. Il fait froid et pourtant il faut qu'ils la fument cette dernière cigarette, ils pensent que cela va enlever leur stress.
Tout à l'heure je verrai certains d'eux devant moi en classe. Je serai un peu indulgente pour celui ou celle qui a oublié son cahier mais seulement pour ceux qui semblent avoir un peu mal au ventre car on se ressemble beaucoup finalement, mais je me garderai bien de le leur dire et ils verront quelqu'un qui a de l'assurance et qui sait les aider.

Détaillé
8h du matin, il fait 11° et encore jour. Dans 3 minutes, la sonnerie va retentir, ils sont combien sur le trottoir ?100 ? 200 ? 300 ? Je vois une foule vêtue surtout de noir. Ils regardent l'heure toutes les dix secondes sur leur portable, qu'elle se tortille sur un mètre de long et sur 20cm de large. Certains ont l'air de rien, mais ils sont stresssés : ils n'ont pas fini les questions 3) et 4) b) de l'exercice à faire, ils n'ont pas appris le paragraphe A)b)bis) en histoire. Ils parlent fort : 50 décibels ou 60 peut-être. Ils sautillent sur place à la vitesse de 5 rebonds sur le sol en 3 secondes.

En colère
Ulcérée, ulcérée je suis : à 8h du matin, ils commencent avec une clop !!! ça leur tourne la tête ! ils crachent leur mégot n'importe où, il faut faire attention quand on passe à côté sinon le blouson neuf : il aura une boutonnière de plus. Ils sont agglutinés comme des troupeaux d'animaux et bougent à peine pour laisser le passage, on dirait des piliers fixés au sol. Ils ont l'air de travailleurs mineurs dans une mine avec leur pantalon noir qui tombe et leur tête baissée. Vite sonnerie : je t'attends, tu vas faire l'effet d'une bombe qui va disperser tout ce monde.

Admiratif
8h du matin devant le lycée : vous vous rendez compte à quelle heure ils ont du se lever !
Certains que je ne connais même pas me disent bonjour, c'est drôlement sympa, c'est du jamais vu !
Avez-vous vu ? ils ne fument même pas la cigarette jusqu'au bout, ils jettent leur mégot ! quel gâchis !
Ils tremblent de froid alors qu'il fait si bon à l'intérieur.
Les pauvres ils sont vraiment courageux, moi je ne resterai pas ainsi dehors.
EB

Subjectif
Elle s’arrête au stop. Précautionneusement, elle regarde à droite puis à gauche peut-être encore à droite puis, avec appréhension, elle démarre pour traverser ce carrefour qu’elle déteste. Quand tout à coup elle aperçoit avec horreur, une voiture arriver ! Hésitation, affolement, l’issue est fatale, elle se retrouve au fossé couverte de verre brisé. Après avoir vu sa dernière heure arrivée, elle se demande ce qui a pu se passer.

Détaillé
C’était en janvier 2007, plus précisément le 17 janvier à 17 heures 23 minutes, je revenais d’une visite chez mes enfants. Au kilomètre 6 , entre le carrefour de Kergoulinet et celui de Kerlagadec, face à une maison aux volets bleus, j’aperçois une 205 blanche, conduite par une femme aux cheveux blancs frisés, portant des lunettes et vêtue d’un manteau noir qui démarre du stop. Je regarde mon compteur il indique 70 km /h. La distance qui me sépare de la voiture est de 50m. Quelle pression dois-je………..

En colère
Un dimanche pourri où tout va mal, je roulais sur la route pourrie entre St Molf et Piriac. Au carrefour pourri que la mairie n’a toujours pas sécurisé malgré les nombreux accidents, une espèce de vielle rombière, dans une voiture pourrie, déboule sans regarder. On devrait leur retirer leur permis à ces vieux qui disent bien conduire sous prétexte qu’ils n’ont jamais eu d’accident. Résultat, je l’envoie valser dans le fossé. Qui est-ce qui la remplacera ma voiture ? Hein !

Admiratif
Quoi ! Comment cela a-t-il pu arriver ? Je roulais à la vitesse règlementaire, ma voiture chaussée de pneus neufs et avec des freins neufs ! Au carrefour une arrêtée au stop redémarre avec toutes les mesures de sécurité. Malgré cela, la collision est inévitable. Étonnamment, les voitures n’ont presque rien et les conducteurs sont indemnes.
FB

Subjectif
Et j'ai encore craqué. Un pain aux raisins pour le goûter. Un bourrelet de plus, c'est sûr, à la fin du mois. Mon p'tit toubib m'a pourtant dit de faire du sport régulièrement. Il court, lui, trois fois par semaine, et il voudrait que j'en fasse autant. Avec les bonnes résolutions d'après les vacances, plutôt sportives ma foi je me suis acheté une paire de chaussures de sport spéciales course. Ça aide paraît-il d'avoir du bon matériel. Je ne les use pas souvent. Toujours une bonne excuse…. Comme chaque jeudi en fin de journée, au moment où je regagne ma voiture sur le parking autour des remparts, je la croise. Elle court et je contemple : une foulée régulière, légère, un short blanc, pas un gramme de graisse sur ses cuisses bronzées. Non, je ne m'y vois pas comme ça ! Ah ! Le casque sur les oreilles ! C'est peut-être ce qui me manque pour ne pas être essoufflée au bout de cinquante mètres. C'est quoi la musique magique qui fait des cuisses de starlettes ?

Détaillé
Les cheveux noirs coupés courts, très courts, même pas un millimètre sur la nuque. Elle porte un short blanc, immaculé qui lui couvre à peine les fesses qu'elle a bien rondes. Un T-shirt noir complète l'ensemble. Chaussures pointure 38, noires et blanches. Ses foulées font environ 1,50 mètre et comme le tour des remparts est de 3, 780 km elle le parcourt en 5 minutes 28 secondes les soirs de grande forme, quand elle est bien entraînée, et 5 minutes 37 secondes les mauvais jours. Elle fait donc environ 12 tours chaque soir. J'oubliais les décibels, son Ipod collé à son bras par un brassard fermé d'un velcro noir, réglé sur 7, un casque rouge lui couvre les oreilles ce qui permet une écoute attentive. Non. Pas de musique. Elle m'a confié une oreillette lorsque j'arrivais essoufflée auprès d'elle. C'est un programme d'entraînement sportif individuel qu'elle règle au départ selon son heure de démarrage (ce soir 18 h 03), l'heure de fin prévue (19 h 03 donc), son poids, 58,753 kg, sa taille 1, 75 m et sa pointure je vous rappelle 38. Le reste des mensurations n'étant pas nécessaire je n'en sais rien. Il était 18 h 33. J'avais encore raté la météo. Il fera beau demain me dit-elle.

En colère
Non mais c'est pas possible ce monde de ouf. Y'en qui s'crèvent le cul à bosser tous les jours dans une chaleur torride et un bruit d'enfer pour fabriquer les joujoux technologiques de pointe que cette blondasse use pour garder la ligne. Non mais tu crois qu'au fond de leurs usines en Chine ils ont besoin de faire du jogging pour maigrir ? Elle doit rien foutre de la journée cette bourgeoise. Y'a qu'à voir le look, du fric qui déborde de ses Nike, elles aussi fabriquées à l'autre bout du monde par des petites mains qui pourront même pas se payer un demi lacet après trois années à bosser. J'te lui ferai faire un stage d'égalisation des conditions de vie que ça lui ferait pas de mal. Après quoi ils courent tous ces rougeaux autour des remparts, parce que y'a pas qu'elle. Le vendredi c'est dingue, une ribambelle. Et moi qui ai bossé toute la journée - bon pas l'usine ni la Chine mais du boulot qui fatigue quand même - je dois poireauter pour pouvoir enfin sortir ma voiture du parking et rentrer chez moi. Monde de dingues ! C'est quand que ça change ? C'est pas pour demain….

Admiratif
Je regagnais ma voiture garée le long des remparts et tu devinerais jamais ce que j'ai vu : une jeune femme bien faite qui courait en tenue légère. Pas une tenue légère comme tu imagines, une tenue légère et élégante de sportive. Une jeune femme sportive qui courait. - Après quoi elle courrait ? - Ben après rien figure toi. Il y avait bien un type avec son chien qui étaient passés devant moi un peu avant elle et qui courraient aussi, le type et le chien. Mais je ne crois pas qu'elle leur courrait après. Non, elle courrait comme ça, pour rien. Enfin pour quelque chose mais je ne sais pas quoi. Car je n'entendais pas. - Tu n'entendais pas ? - Ben non, la voix qui la faisait courir était dans le casque, rien que pour elle. Je ne sais pas ce qu'elle pouvait lui dire pour la faire courir comme ça, apparemment pour rien. Parce qu'il n'y avait personne derrière elle. J'ai rien compris, mais rien de rien.
MDB

Subjectif
" Aujourd'hui, j'arrive tard de l'entraide d'ensilage d'herbe. J'espère qu'en allant chercher les vaches, je n'aurai pas d'imprévus, surtout qu'il pleut des cordes. J'avance dans la parcelle, je me déplace. Je vois les vaches se lever une à une sauf marguerite qui reste couchée. Comme son terme est dépassé, je crains qu'elle soit en train de vêler. Je m'approche doucement. Je m'interroge : pourrai-je la ramener avec les autres ou devra-t-elle rester si les pattes du veau sont sorties ? Manque de chance, celles-ci sont sorties et j'aperçois le museau. Donc, le vêlage s'effectuera dans le pré. Je suis à quelques pas. Elle a besoin d'aide…

Détaillé
" Aujourd'hui 14 mai 1999, 18 heures 32 minutes et 40 secondes, l'éleveur, Marc - 1 mètre 82, 35 ans - mince et maigre se déplace dans la parcelle de ray-grass anglais/trèfle blanc . La variété de ray-grass anglais est " Vigor " et " Liho " pour le trèfle blanc. Ici ou là dans la parcelle cadastrée XY 105, dénommée " les combelles " (j'allais oublier de le préciser), poussent, en plus des 2 espèces précitées, quelques adventices comme les laiterons et pissenlits, quelques graminées comme les dactyles, pâturins et vulpins et quelques légumineuses éparses comme le lotier corniculé, le trèfle violet et la luzerne. Marc cherche ses vaches qu'il connaît une par une et qu'il nomme. Eh ! debout majolie, majéhannie, majorque, napolitaine… Eh oui, chaque année, on change la première lettre pour nommer les génisses élevées lorsqu'on les déclare à l'EDE (Établissement Départemental de l'Élevage), véritable état-civil pour les animaux ".

En colère
" Aujourd'hui, j'arrive très tard, fatigué et de très mauvaise humeur de l'entraide d'ensilage herbe. J'en ai marre. Ce n'est pas le moment de m'embêter, de me contrarier. Quelle journée, mon Dieu, quelle journée maudite… Eh oui, le chantier s'est très mal déroulé : 2 pannes de la machine et, en plus, 5 remorques se sont enlisées. Ce n'est pas possible : beaucoup de temps de perdu pour les réparations et pour sortir les tracteurs/remorques des enlisements ? J'espère, pour leur intégrité, que les vaches laitières vont être coopérantes et dociles car il me reste la traite à effectuer… ".

Admiratif
"Qu'est-ce qu'il a, Marc, a être dans sa parcelle avec ses vaches ? Je vous le donne en mille. Figurez-vous que les vaches se lèvent dès qu'il s'en approche. Eh mieux que ça, même, elles se mettent en marche vers la sortie de la parcelle. Ça alors ? Pourquoi sortent-elles du pré ? L'éleveur ne pouvait-il pas les laisser tranquille à ruminer ?, à se reposer ? Pourquoi les contrarier, ces braves vaches, elles ne réclamaient rien… En plus, elles étaient couchées pour la majorité… Quel importun ce Marc ! Je vais me renseigner à la Société Protectrice des Animaux.
JC

Subjectif
Le train est arrivé bien à l'heure. En traversant le brouhaha de la gare je me demandais comment j'allais pouvoir trouver la station de bus qui me mènera à la bonne destination car je n'avais jamais fait ce trajet. Enfin d'ailleurs je n'avais jamais pris un bus à Nantes ! Un SDF rencontré dès le passage de la porte vitrée m'adresse la parole en me regardant à travers le petit crachin qui tombe sur la ville " C'est moi qui renseigne tout le monde ici, il n'y a personne d'autre pour le faire ! " Le couple à qui il venait d'indiquer l'arrêt de bus n'a pas l'air de comprendre le français. Celui qui assurait le rôle d'agent de renseignement a donc mimé avec ses bras les ailes d'un avion pour se faire comprendre…

Détaillé
Les deux battants avaient bien chacun deux mètres de large et au moins autant de haut. Arrivée à 73 cm des vitres humidifiées par le crachin nantais une ouverture de 95 cm se crée pour me permettre de sortir juste derrière la jeune fille longue et aussi mince que si elle devait être rangée dans une boîte d'allumettes. Ses chaussures rouges étaient parfaitement assorties à la couleur de la mèche de cheveux qui lui couvrait l'œil droit. Son long pull noir un peu trop large pour la baguette qu'il enveloppait tranchait sur son bermuda encore plus rouge que les cheveux et les chaussures. Ses mains étaient libres elle n'avait pas de sac, ni lunettes, ni bijoux… rien ! Elle avançait lentement comme si elle devait réfléchir à chaque pas s'il est nécessaire d'avancer…

En colère
Les voyageurs marchaient dans tous les sens. Dès la descente du train il m'a fallut éviter ce mélange de valises rouges et de grands sacs verts, jalonner entre tous ces mal réveillés indécis dont je ne savais jamais si ils allaient enfin avancer ou faire du surplace… Les poubelles débordaient toutes et le hall de la gare ressemblait à une place de marché juste après le départ des derniers chalands. Arrivée enfin à la porte de sortie non seulement je m'aperçois qu'il ne pleut même pas une vraie pluie mais un petit crachin qui mine de rien arrive à rentrer partout et vous mouille sournoisement sans en avoir l'air. Et voilà ! Non seulement il ne fait pas beau mais je me fais accoster par un SDF qui traîne là… le seul qui n'a pas été éjecté !

Admiratif
Il me semblait étonnant de voir que chaque voyageur formant la nuée descendue du même train que moi savait parfaitement où aller. Sans hésiter les uns se dirigeaient vers le quai N° 18 et d'autres comme moi vers la sortie. Je n'en revenais pas de tous ces gens qui s'arrêtent à Nantes et ne vont pas plus loin. Tous, leurs bagages à la main s'avancent vers les portes qui s'écartent toutes seules pour les laisser passer. Personne ne s'en étonne… Des portes qui s'ouvrent à l'arrivée d'une personne cela semble normal pour tous. Un SDF que plus personne ne remarque … ça aussi ça ne dérange personne. Mais qu'à t'il dans ses mains ? Une pochette avec des cartes… il dessine… il a fait l'école des beaux-arts !
MTC

Subjectif
Lovée dans les bras réconfortants de mon père, je me mis à babiller avec gaieté. Son regard me renvoyait le plaisir partagé des sons qui sortaient de ma petite bouche jusqu'à nos oreilles. Oreilles étonnées pour moi d'une telle prouesse, oreilles émerveillées pour lui de ce premier gazouillis qui en promettait bien d'autres encore.

Détaillé
Le gros bébé de huit kilos deux cent cinquante, réveillé à neuf heures trente, se mit rapidement à égrainer cinq ou six mots avec une gaité sans retenue. La dizaine de personnes présente depuis huit heure dans cette maison de cent quarante mètres carrés et de huit pièces, écoutait avec stupeur cette profusion de gazouillis matinaux, qui si on y prêtait attention n' en étaient pas mais bien de véritables mots.

En colère
À peine allongée sur mon canapé défoncé par les enfants, les cris du bébé se firent de nouveau entendre. Des braillements insupportables qui allaient réveiller toute la maison. - Bon sang, mais c'n'est pas vrai ! m'écriais-je en me levant d'un bond. - Des vacances oui des jours et des jours de vacances, sans cris, sans pleurs, sans couches à changer, voilà ce qu'il me faudrait ! Plus d'enfants, plus de mari, la liberté !

Admiratif
Il a ouvert grand les yeux, comme cela d'un seul coup, sans hésitation aucune. Et tout de suite de petits mots colorés sont sortis de sa petite bouche qui jusqu'à cet instant était restée muette comme le sont les bouches à cet âge. On voyait à son regard tout l'émerveillement et le plaisir que cela lui procurait. C'était comme si une bonne fée lui avait donné la grâce du langage avant l'heure. Car petit, tout petit il était. À peine six mois.
CH

Subjectif
Nous les pâtes, on nous jette toujours à la baille. Dès que ça bout, allez hop ! Toutes ensembles ! toutes ensembles ! Ouais ! On y va… Puis la madame grande cuillère elle arrive et nous, on s'déplace pour la laisser passer, à droite, à gauche, en avant. " faut pas qu'on colle " qu'elle dit. Ben hier, elle avait oublié de remuer. Elle est restée au milieu à cause d'un coup de fil de sa patronne. Et ben on a toutes été collées : " 0/20 " il a dit le chef.

Détaillé
Les nouilles, achetées au Superflu la veille, c'est-à-dire le 3 janvier, jour de leur mariage - cela faisait en effet 36 ans maintenant - les nouilles, dis-je, avaient violemment été jetées dans une eau tièdasse, à peine chaude pour cause de bouteille de gaz en fin de course, pas salées puisque plus de sel(*), avaient, disais-je donc, lamentablement gonflées au point que c'en était de la poix. " Pouah ! " fit-il
(*) Sel de Guérande ramassé par son cousin paludier par alliance dans les marais du Mès près du viaduc qui venait enfin, après trois mois de travaux - il faut le dire interminables - , d'être terminé.

En colère
" Faire cuire un Saint-pierre accompagné d'une sauce ravigote, d'accord ! Préparer un goulasch parfumé au raifort, entendu ! Réchauffer les tripes de Madame Duboeuf à la mode de Caen, je comprends ! Rissoler les petites rates que nous donne Joseph, on peut trouver ça difficile ! Accommoder une tête de veau avec du fenouil dans les narines, je comprendrais ! Faire mijoter un ragoût comme le faisait ma mère, ça oui ! Mais des pâtes bon Dieu, au bout de 36 ans de mariage, t'y arrive toujours pas ??? "

Admiratif
- Des pâtes, tu t'rends compte ? Pas des spaghettis, non, pas des coquillettes, pas des…tu sais les petits nœuds papillon ?
- Non, j'vois pas.
- Enfin pas ça non plus, c'était des orichiette avec de l'ail et de l'huile d'olive.
- Et du basilic ?
- Oui, du basilic frais et de la ciboulette ciselée juste avant et un petit peu de parmesan… - Arrête, tu me fais envie !
- Oui, c'était super, j'en rêvais. Depuis le début de l'après-midi j'y pensais !
- Oh ben j'te comprends…
- Le problème, c'est qu'elle les a laissées coller, le fond de la casserole accrochait même, tu te rends compte, elle a même réussi à brûler le fond de la casserole ! C'est extraordinaire tout de même !.
MLJH

Subjectif
Ce que j'ai eu du mal à quitter la maison ce matin. Ma femme, mes enfants, c'était infernal… bruits, chamailleries, le petit déjeuner durait et cela m'était de plus en plus insupportable. Heureusement, c'est samedi et je peux prendre le prétexte des courses à faire et en plus avoir bonne conscience. Ouf ! enfin dehors. Plaisir de prendre la voiture, de rouler seul. Voilà le parking. Toujours aussi difficile de trouver une place. Ah ! une voiture qui s'en va, je me gare. Un chariot, un sac, et je rentre dans le magasin. Tranquille pour un moment.

Détaillé
Un homme âgé de 35 ans, brun, les yeux bleus, mesurant 1m92 est assis bien droit sur le siège de sa voiture. C'est une Xantia foncée, pratiquement noire, affichant ses 115231 kilomètres au compteur, sièges un peu usés, carrosserie rayée par endroits, climatisation pas très au point, radio crachotant un peu. IL est 9h12 du matin. Il arrive sur le parking de l'hypermarché ULUBERLU où sont déjà garés à cette heure précise 217 véhicules. Il fait une manœuvre, trouve une place, se gare, arrête le moteur. Il prend son jeton, le sac pour les courses, vérifie qu'il a bien sa carte bancaire et sort de sa voiture. Un clic pour fermer les portes, et il se dirige vers les trois files de chariot les plus proches. Il choisit la file la plus à droite, met son jeton, prend le chariot qui ne roule pas très bien et se dirige vers la porte d'entrée.

En colère
Quel abruti ! Il vient de se garer sur la place que je convoitais, mine de rien, comme s'il n'avait rien vu et que le monde alentour n'existait pas. Pourtant j'étais là, ce n'est pas possible qu'il ne m'ait pas vu. Et le voilà qui sort tranquillement de sa voiture minable. Non mais, regardez-le ! Si encore, il était beau ! Mais non, on ne fait pas plus moche et mal habillé avec ça !

Admiratif
Un samedi matin de rêve. Il fait beau comme jamais. Le moteur de ma voiture tourne sans bruit avec une régularité exemplaire. J'arrive sur le parking où comme dans un ballet bien réglé, chacun trouve une place qui lui convient. Extraordinaire ! Un chariot tout près, je n'y crois pas. Les miracles existent. Je n'ai plus qu'à me diriger vers les portes étincelantes du magasin. Un rêve, je vous dis ! Pourvu que le reste de la journée soit à la hauteur.
MJ

Subjectif
Je revenais juste du marché quand je l'ai aperçue. Elle semblait très inquiète cette petite jeune fille qui tournait en rond autour de la maison. Que cherchez-vous, dis-je doucement ? Je cherche ma petite chatte, elle a dû venir faire ses petits par-là, me répondit-elle en tendant la main vers le bûcher. Elle cherchait son chat et moi, je cherchais vainement qui elle était ! Lorsque je l'ai reconnue : c'était C., une petite voisine partie faire ses études à Nantes et que je n'avais pas revue depuis très longtemps... Nous nous sommes mises à chercher ensemble...

Détaillé
Il était 11 heures 48 quand je l'ai aperçue par le velux ouvert du premier étage : la petite chatte tigrée, aux yeux verts et au petit collier rouge et appartenant à mes voisins de gauche, les deuxièmes dans le petit chemin, se faufila silencieusement dans l'espace que je viens tout juste de finir de bricoler et où j'ai rangé hier après-midi, jusqu'à 18 H 30 plus d'une centaine de bûches ( de quoi tenir au moins un mois et 20 jours en faisant du feu dans la cheminée, mais seulement à partir de 18 h19 ou mieux de 19 h18 d'ailleurs...) Mais je m'égare...
La chatte : il faut que j'aille voir ce qu'elle cherche là-dedans. J'avais juste refermé la porte blanche à l'arrière de la maison quand je l'ai vue ressortir avec quelque chose de gris dans la bouche. J'ai sursauté sur mon paillasson vert qui se trouve juste devant la porte vitrée et blanche, car j'ai crû qu'il s'agissait d'un rat, mais non ce n'était qu'un petit chaton gris de 10-12 centimètres de long, écartant ses quatre petites pattes qui ne faisaient pas plus de 4,03 centimètres et que sa mère chatte rapportait délicatement entre ses deux mâchoires, jusqu'à la maison aux volets rouges qui appartient à mes voisins, oui ceux qui ont un Berlingot jaune qui fait du bruit, comme dit ma voisine d'en face...

En colère
Depuis deux jours que je la vois cette petite chatte tigrée qui fait ses crottes dans mes parterres... Elle vient encore une fois, de passer en me narguant juste au ras de la porte-fenêtre. Je cours pour voir où elle va. Elle se faufile dans le bûcher, non mais ! c'est pas possible, elle va l'empester ce petit bûcher que je viens juste d'installer... Non et non, sacré nom d'un chien ! Je me précipite en chaussettes pour l'en empêcher quand soudain, j'aperçois ces deux boules de poils gris sale installés dans un petit cageot, je crie alors va-t-en avec tes rejetons, sale chatte de malheur...

Admiratif
La chatte qui attendait ses petits, t'imagine cette chatte, elle a fait ses petits, cette nuit, chez moi, dans mon bûcher et moi qui n'ai rien vu rien entendu ! Sauf quand j'ai remarqué ses allées et venues entre la maison de ses maîtres et le petit bûcher derrière ma maison. Comme je ne comprenais pas pourquoi elle allait et venait ainsi, je suis sortie pour voir ce qu'elle cherchait. Et bien, tu me croiras si tu veux, elle avait fait ses petits sans bruit, à deux pas de la porte de ma maison, c'est incroyable quand même...
JL

Subjectif
Depuis quelque temps, papa me dit que je vais rester à la cantine car maman sera absente pendant quelques jours. Eh oui ! j’ai une petite sœur... elle est drôle, elle ne marche pas, elle est jolie, je crois que je lui plais bien… Mais voilà, il n’y a personne à la maison le midi et l’école est recommencée !!! Mes copains me disent qu’à la cantine on ne mange pas bien, qu’il faut tout goûter, qu’il faut desservir la table… et puis quoi encore… de toute façon, dès mon arrivée à table, je vais leur dire que ce n’est pas bon et que je ne veux pas manger.

Déaillé
À 12H06, nous arrivons, les 10 filles et les 15 garçons de la classe du C.P. à la cantine municipale, située à quelques 456 m de l’école J. Prévert, ou mes parents m’ont inscrit depuis l’âge de 3 ans et 365 jours. D’autres enfants étaient déjà là. Il y avait au moins trente tables de 6 couverts ( je les ai comptées en sortant) – là, les dames qui nous servaient m’ont demandé de me servir, j’ai mis une rondelle de tomate dans mon assiette – le rond mesurait bien 5 cm, maman m’a montré comment mesurer – j’ai décidé que je ne la mangerai pas, et pourtant j’aime bien les tomates… Même thème : colère, ulcéré

En colère
Mon père veut que je reste à la cantine Ce n’est pas juste… parce qu’une petite sœur arrive – moi, je n’ai rien demandé – je serai une journée entière à l’école sans pouvoir retrouver mes jeux et mon doudou dans ma chambre à midi, je ne vais pas me laisser faire et je ne mangerai pas, je serai malade et j’irai à l’hôpital avec ma maman…

Admiratif
Tu te rends compte, mon père veut que je mange à la cantine ! Il ne doute de rien, que mange-t-on dans une cantine ? En entrant, je vois les tomates dans un plat ,bien présentées ! Ils servent des tomates dans une cantine ? Elles sont jolies avec leurs brins de persil qui fait ressortir leur jolie chair rouge… C’est ahurissant ! ils servent des tomates à la cantine… comme à la maison !!!!!
MML

10 septembre 2011

La raison et la créativité

La raison et la créativité sont assises sur un banc de pierre dans le jardin. Elles ont décidé de faire le point sur leur cohabitation.
La raison est toute penaude, la créativité fulmine et murmure sa colère en gromelot.

La raison : Mais tu sais, moi je ne veux pas t'empêcher de vivre, je ne demande qu'à te faire de la place. Si je te perturbe ce n'est pas volontaire de ma part !

La créativité : non, mais je rêve ! C'est toi qui dit ça alors que tu envahis l'espace à longueur de temps : et que j'te prévois les heures et les jours à venir, et que je t'anticipe ce qui va se passer, et que j'te calcule et planifie les actions à mener, et que j'te maîtrise tout ça à la baguette !! et si jamais il y a un loupé on en rajoute pour revenir au prévisionnel initial !
C'est pas dans mon intention de te mettre sur le flanc mais je voudrais te faire comprendre que j'étouffe, je pue l'air vicié, je m'affadis jusqu'à ne plus pouvoir aligner un mot, un pas ! Je sens que je vais devenir grabataire ! Tu vois comme c'est grave !

La raison : Non, je n'avais pas réalisé que c'était si grave. J'avais bien vu ton silence mais je me disais que c'était passager et que tu ferais un retour d'autant plus fulgurant et nouveau.

La créativité : Je crois que tu n'y es pas. Ca fait longtemps que ça dure cette sensation de dessèchement comme si je n'avais plus la possibilité d'accéder à la bouteille d'eau tellement tu règnes en maître sur notre territoire.

La raison : Je suis sincèrement désolée et triste de cet état de fait… Mais le pire c'est que je ne vois pas ce qu'il faut faire.

La créativité : Je ne sais pas non plus… Mais c'est déjà bien qu'on en parle. On va pouvoir examiner de plus près ce qui se passe et se donner des exemples concrets.
Tiens un exemple concret : pourquoi est-ce que tu remplis ton agenda comme une folle jusqu'à ce qu'il n'y ait plus un seul interstice pour s'ennuyer un peu et me laisser prendre quelques initiatives ? Tu sais qu'il me faut du temps avant de surgir de ma léthargie et… c'est vrai… je suis peut-être un peu flegmatique parfois… Je ne sais pas…

La raison : Oui ! Mais m'ennuyer, moi, ça me fait peur. J'ai envie de voir des gens, d'agir, de faire des projets, de caler des rendez-vous, d'avoir une vie pleine quoi ! En plus j'ai toujours en ligne de mire le fait que ma vie a une finitude et que chaque minute qui passe m'en rapproche...
Est-ce que tu crois vraiment que c'est une fuite, une addiction !!

La créativité ; Oui en partie. Je dirais à vue de nez que tu pourrais réduire ton activisme d'un tiers, ça devrait me donner du souffle déjà !

La raison : Ca va être dur, mais je suis prête à essayer surtout si tu me fais participer à ce que tu entreprends toi.

La créativité : Ce n'est pas une question de participer ! Bien sûr que tu peux être là quand j'ai un petit espace pour vivre. Mais surtout ce que je te demande c'est d'avoir confiance en moi et en ma différence.
Un exemple pour te faire comprendre : Je ne suis pas productive comme toi, du moins en apparence, moi c'est plus du gratuit, ce sont des petits riens qui me font chanter, vibrer, être émue, aimer…

La raison : Oui je comprends et je crois même que je t'ai aperçu dans ce que tu décris, mais je ne pensais pas que je te gênais à ce point là.

La créativité : Alors maintenant… si je t'ai convoquée ce n'est pas seulement pour se rafraîchir les fesses sur un banc de pierre, c'est vraiment pour te demander de me laisser du temps pour essayer des trucs nouveaux parce que je tourne en rond comme un lion en cage.

La raison : Oui vas-y !! Dis-moi ! Tu veux essayer quoi ?

La créativité : Ah non ! ça c'est mon affaire. Je n'ai pas du tout envie que tu m'observes et que tu donnes ton avis pour un oui ou pour un non. Alors tu t'éloignes un bon moment et tu me lâches les baskets. Et quand on se croise, tu évites s'il te plaît d'émettre des jugements dubitatifs. Tu me laisses " perdre mon temps " comme tu dis. Je te signale que toi tu ne gagnes pas ton temps et que de toute façon tu le perdras un jour ton précieux temps.

La raison : Écoute !! Tu me déroutes mais je vais faire de mon mieux et on se redit des nouvelles dans deux semaines. OK ?

La créativité : D'accord et entre les deux, quitte à perdre quelque chose, tu peux perdre ton agenda !

MFO

 

 

13 mai 2011

Un objet dans le grenier

La boîte en carton avec les petites chaises ...
Les petites tables et les petites chaises, je les collectionnais, je ne sais plus dans quoi elles étaient offertes en cadeaux.
Je passais du temps à les monter sur pied puis à les placer sur le cosy installé le long de mon lit. Je les installais avec soin et précaution. Les tables étaient rondes et blanches et d'environ huit cm de diamètre, certaines avaient les pieds verts et d'autres rouges et il en était de même pour les chaises assorties.
Un jour, il y eut comme un grand coup de vent, non, en fait, il s'agissait d'un grand revers de main qui les a toutes couchées. Je ne sais plus ce qui s'était passé exactement juste avant, je pense que je lui avais dit quelque chose qui pour moi était vrai et qui ne lui a pas plu, cela l'avait peut-être mis en colère et il s'était vengé ainsi ou alors il avait fait par simple plaisir de le faire. Ce grand frère beaucoup plus âgé que moi était impressionnant.
Je pense qu'ensuite je les ai toutes remontées mais je ne suis pas certaine de leur avoir redonné à chacune exactement leur place initiale.

EV


La valise de couture...
Je revois ma mallette rouge avec aiguilles, fils, ciseaux et des bouts de tissus. Je l'avais eue à Noël, quelle joie j'avais éprouvée alors… Je l'emportais à l'école pour m'exercer à faire des ourlets, des coins : avec un coin, deux coins, quatre coins (sûrement pour nous embêter), des jours : jours Venise, jours de toutes sortes, des points de tige, des points de chaînette, des points lancés…
Il ne fallait pas l'oublier le samedi, car c'était, à l'école, le jour du travail manuel.
MML


La poupée Catherine ...
Je l'ai reçue à Noël lorsque j'avais six ans.
Ma mère avait dû acheter la poupée en petite culotte...
Elle lui avait confectionné une jupe plissée avec le reste du tissu dont elle avait recouvert les strapontins de la voiture.
Je regardais, sans rien dire, la poupée que je trouvais jolie avec ses deux nattes brunes et son pull et ses chaussettes en laine rouge tricotées par Grand-mère.
– " Alors, es-tu contente de ce que le père Noël t'a apporté? " me demanda Claudine, ma sœur aînée.
– " Oui, oui..."
– " Mais maintenant, je sais que ce sont les parents qui offrent les cadeaux et non le père Noël. J'ai reconnu le tissu ! C'est celui qui est dans la voiture sur les strapontins, lalalère..."
– " Ne dis rien à Mireille, elle n'a pas deviné ! "
– " D'accord ".

JLB

La carte de France...
J'en ai passé des heures et des heures à mettre en place chaque département. Leur emplacement commence à présent à me paraître plus incertain surtout pour ceux que je n'ai jamais visités. Mais je revois toujours dans ma mémoire cette forme d'oie avec sa queue… Est-ce bien la Meurthe-et-Moselle ? L'Ardèche et la Drôme se tournent le dos. Est-ce le Pas-de-Calais qui tourne sa patte autour du Nord ou le Nord la sienne autour du Pas-de-Calais ? Le Finistère avec ses trois bosses... lui au moins on ne se trompe pas. Le Bas-Rhin avec sa bosse qui rentre dans la Moselle est lui aussi facile à repérer. Les Basses Pyrénées c'est de là que venait mon beau-frère ! Oui mais maintenant ce sont les Pyrénées-Atlantiques. La Loire-Inférieure, ah oui ! avec l'estuaire de la Loire, tout à l'autre bout de la France. À l'autre bout ? Mais non maintenant c'est la Loire-Atlantique et ce n'est plus l'autre bout, c'est chez nous !
MTh

La photo...
Maintenant, que j'ai fait ma généalogie, je regrette de n'avoir pas soigneusement rangé et protégé la photo de ce couple qui pouvait être mes grands- parents maternels. Je n'ai pas de photo d'eux. D'ailleurs le plus ancien cliché en ma possession date du mariage de ma tante Marie le 26 septembre 1921. Cette année-là sévissait une grande sécheresse. Ce fut la plus grande du 20e siècle d'après mon père. Il y a 90 ans. Ce fut, aussi, l'année de naissance de la maman de Jocelyne.

JC

Le livre de médecine par les plantes...
... que de potions magiques on y trouvait notamment : pour soigner les rhumes, les plaies, les entorses, les tours d'ongles, le mal de reins, les coups de soleil.

Il n'y avait pas de docteur dans la commune seulement une religieuse pour les piqûres.
Alors maman la consultait souvent, il fallait aller chercher les plantes nécessaires : du plantain, de la camomille, des pissenlits, du laurier, du thym, de l'ail même sauvage, des fleurs d'aubépine et que sais-je encore. C'était pas souvent agréable à boire, mais avec du repos, du chaud et la tendresse de maman tout se guérissait.

Ce cahier tout jauni par les ans, écrit à l'encre violette, retrouvé dans un coin de la malle, avec une écriture d'enfant appliqué dont il ne reste quelques pages recouvertes de dictées, de problèmes, et à l'intérieur de la couverture il y a cette main d'enfant qui a écrit : " dans tout ce cahier je n'ai fait que 5 fautes d'orthographe " avec le prénom " Paul ".

Serait-ce mon oncle mort à la guerre en 1914 ! Mystère
MH


Le " Robinson suisse " c'était un livre de prix d'école de l'un de mes parents. Je me revois à l'âge de cinq ans le feuilleter alors que j'étais alitée avec une jaunisse dans la même chambre que maman qui l'avait aussi attrapée. Période heureuse d'intimité avec elle.
Dans ce livre, seules m'intéressaient les images, car je ne savais pas lire. Cette jaunisse avait reculé de trois mois mon entrée à l'école. Les images me faisaient rêver et je pense que c'est là que j'ai commencé à imaginer autre chose que ce que je voyais. Quand j'ai su lire, je l'ai lu et relu et ce livre tenait bien les promesses que j'avais entr'aperçues.

MJ

La robe de Princesse des déguisements de chez grand-mère, celle en satin très clair.
Est-ce parce que j'aime tant cette photo de moi dans cette robe ? Je me souviens de la douceur de ce tissu magique, si doux, à en frémir de cette caresse sur ma peau. C'est cela, la photo montre ce plaisir là, ce port de tête, ce sourire de bonheur sans question.
C'était une robe longue, qui traînait. Il fallait la tenir de chaque côté pour ne pas marcher dessus. Ça donnait tout de suite une allure de grande dame.
J'étais la plus brune de toutes les filles, sœurs et cousines, et nos mères toujours disaient que c'est sur moi qu'elle tombait le mieux cette robe que nous nous disputions toutes. Sortir du lot, me démarquer, ah l'orgueil déjà !
Qui en a hérité ? Je n'ai rien eu des jouets d'enfants, en nombre pourtant chez cette grand-mère là.

MDB

11 et 13 mai

atelier papier fait main

avec Martine Gautier-Carré

 

Petit miracle de l'eau, et de quelques autres secrets... Martine a mis "la main à la pâte" et chacun, chacune de créer selon son inspiration avec fils, fleurs, feuilles... le carnet pour recueillir un ou des textes écrits cette année à "La Plumée". Alchimie joyeuse !

 

" Plumée d'encre, ce qu'on peut prendre d'encre avec une plume pour écrire "

Nouveau dictionnaire encyclopédique universel illustré, Jules Trousset (dir.), tome 4, La librairie illustrée, 7, rue du Croissant, Paris, 1875

18 mars 2011

Un moment qui a compté

Il faisait beau, beaucoup trop beau, le ciel bleu, beaucoup trop bleu, sans aucun nuage. La route était large, trop large, j'aurais préféré un ciel bas et gris plus fermé, plus enveloppant. J'aurais préféré un petit sentier étroit bordé de haies. Cette immensité me paralysait, ce ciel bleu était froid, il y avait beaucoup trop de lumière, trop de luminosité. J'aurais voulu qu'il fasse plus sombre. J'étais pétrifiée, le cœur s'emballait et les picotements dans l'arrière du cou s'amplifiaient. Je ne me sentais plus maître de mon volant. C'était une angoisse qui surgissait, elle était plus forte que moi et elle me tétanisait. Le moindre mouvement pour continuer ou même pour arrêter, étrangement me paraissait extrêmement dangereux. Cette immensité plate et large semblait vouloir m'entraîner et me tirer dans un gouffre.
LB


Comme d'habitude, je commençais ma journée avec en tête un emploi du temps et, voilà un appel : " j'ai le bourdon est-ce que je peux passer te voir, j'ai un bus en début d'après midi ". J'ai répondu : " mais viens donc déjeuner avec moi, il me reste quatre galettes d'hier je t'attends ".
Juste le temps de préparer un plat de pommes cuites.
Ce repas partagé fut un régal, et après, marche à pied en campagne, ce qui nous a permis de faire la connaissance de jeunes ânesses dans leur enclos qui sont venues vers nous et là, nous avons pu les caresser et enfoncer nos mains dans leur pelage d'hiver hirsute et dru.
Elles nous ont suivies jusqu'à la limite du pré. Le ventre rond et bas de l'une d'elles laissait prévoir une naissance prochaine.
Rencontre de plusieurs solitudes et moment de partage en toute confiance.
MH


Quand je regarde, au dessus de mon lit, ce tableau de Cornélius intitulé Le baiser, que je vois cet homme enlaçant cette femme dans un tourbillon orangé, en dehors du monde, c'est comme si je sentais sur ma peau la fraîcheur de l'air, que j'entendais le vent. Et cela me ramène à l'Italie. Je me revois à cette fenêtre dans le petit matin attendant Jean désespérément. Avait-il réussi à passer la frontière par la montagne ? Je n'étais pas à l'adresse indiquée car il n'y avait plus d'hôtel à cet endroit. Comment allait-il me retrouver ? Et soudain, il apparaît dans mon champ de vision l'air épuisé, il ne m'a pas vu, je l'appelle, il n'entend pas, il s'éloigne. Je descends rapidement l'escalier, sors dans la rue, cours après lui, l'appelles. Il se retourne et je me retrouve dans ses bras, hors du monde, comme dans le tableau de Cornélius.
MJ


Je m'étais inscrite à ce stage de cinq jours dans un lieu sublime, hors du monde. La consigne était de ne pas parler du tout. Faire silence, tel était le propos. Finis les blablas, les " passe-moi le sel ", " d'où viens-tu ? qui es-tu ? que fais-tu ? "
Le regard prenait de l'ampleur dans les rencontres. Le brouhaha intérieur enflait parfois à s'en boucher les oreilles. Cependant au fil des jours, les temps de contemplation aidant, le silence se fit en moi de plus en plus souvent.
Puis vint le temps de conclure. Quelle surprise finalement d'entendre, lors du repas de clôture, la voix de ces gens rencontrés en silence. Harmonique, décalée, musicale, dissonante, surgissement d'un point de vue sur l'autre tout neuf. À travers la voix, les mots ont pris en moi, après ce mutisme consenti, une réelle présence vibratoire.
Oui, au commencement était le Verbe, je l'expérimentais ce jour-là avec ravissement.
MD


Sous un crachin glacé, dans les années 60, nous effeuillions les choux pour alimenter les vaches et génisses. Avec mes parents, nous avions un sac de phosphate plié en deux pour nous protéger, très faiblement, de la pluie froide. Nos mains étaient gourdes et nos vêtements trempés. Nous avions hâte que cela se termine pour rentrer à la maison afin de nous réchauffer et nous sécher au coin de la cheminée. Nous goûtions, aussi, un café au lait bien chaud. Judith, notre jument, partageait notre inconfort mais attendait, stoïquement, avant de regagner, elle aussi, l'abri dans son écurie.
Ce soir, à l'atelier d'écriture, nous vivons en pleine conscience en rentrant en nous même avec les cinq sens. Le partage entre nous sera riche d'émotions. L'instant présent sera notre bonheur. Et, comme dans une auberge espagnole, chacune y apportera son présent.
JC


Février 2011

Interview imaginaire...

" Ami des SIVRES ET DES LOURCES bonsoir et bienvenue à notre cinquantième rencontre autour de l'écriture. Notre invitée de ce soir est une très vieille dame toute jeune encore, en fait on ne sait pas quel âge lui donner. Elle a au bout de sa plume des millions de mots. On peut dire d'elle qu'elle ne tarit pas depuis la nuit des temps et que cela ne semble pas prêt de s'arrêter. Je me tourne vers elle avec déférence et émotion, Rachel Fécondité bonsoir ! "
" Bon soir "
" Merci d'être venue de si loin pour être avec nous ce soir Rachel. Je voudrais en premier lieu vous dire mon admiration puis vous demander de nous parler de ce mystère qui vous accompagne… "
" Pardonnez mon embarras mais je ne vois pas ce que vous voulez dire par mystère, je suis claire comme une eau de source vous savez. Ce qui est fécond est simple, si simple que parfois les hommes n'y attache pas d'importance. Je suis petite, pas plus grosse qu'une graine de sénevé, et cela vient, cela grandit et prend forme partout, dans la terre, dans l'esprit, partout… "
" J'entends bien ce que vous dite Rachel mais il me semble que cela relève tout de même du miracle… "
" Oh non monsieur, vous n'y êtes pas, prenez un pollen, un papillon passe l'emmener se promener et voilà, c'en est fait d'une pomme. Prenez une lettre même minuscule, qui en rencontre une autre, ça y est, le poème est là. Prenez une parole toute vraie, elle tomme sur une enclume et un marteau et elle est un oui à la vie… "
" Vous me laissez pantois Rachel, je ne sais que dire, les invités de notre émission vont-ils comprendre ? "
" Ne vous en faites pas mon ami, acceptez de n'avoir pas de réponses telles que vous les attendiez et le fécond germera… "
" Mais Rachel… "
" Bonsoir "
MLJH


" Nous sommes quelques uns, réunis aujourd'hui, pour mieux vous cerner, sur cette plage où la mer et l'horizon nous permettent de vous cerner cher INFINI. Vous nous dites être sans limite et pourtant notre regard terrestre aimerait vous emprisonner dans un espace. Aussi, ce soir, nous essaierons de mesurer, de déterminer, de limiter, d'enfermer ce que vous refusez, car, est-ce possible de ne pas avoir de début et de fin ? Pour commencer, comment vous situez-vous dans notre monde ? Votre petitesse m'effraie, vous ne voyez pas plus loin que le bout de votre nez, alors que l'immensité de la galaxie est superbe, je vous invite à voyager avec moi. Comment faire pour que l'on vous reconnaisse ? "
" Je porte un pantalon sans fin, quant à ma chemise, quelques pans sont de la couleur des nuages, vous ne pourrez jamais me saisir dans ma totalité. "
" Justement, n'êtes-vous pas seul dans cet espace ou personne ne peut vous voir en entier ? "
" Bien sûr que non, je rencontre tous les siècles, j'ai bien connu Charlemagne qui vous permet d'écrire aujourd'hui, j'ai entraperçu Dieu… mais je ne me suis pas arrêté, je souris aux scientifiques qui pensent connaître la vérité, je virevolte autour du soleil, de la lune, des astres, mes relations sont inépuisables… "
" Vous vous reposez parfois ? car sans début ni fin, vous êtes toujours actif ? "
" Oui, j'aimerais, comme vous, pouvoir terminer une entrevue, arrêter devant un paysage, mais je m'étire, je m'étends, je file, je m'e f f i l e… "
" Mesdames, Messieurs, nous allons rendre l'antenne, car notre invité s'est volatilisé, nous avons perdu le contact. Merci d'être venu pour témoigner de la difficulté de définir l'INFINI, de le cadrer, le posséder, le limiter. "
MML


" Nous voici sur la place WXYZ où les manifestants sont réunis avec des banderoles. Les chars se pressent un peu partout, j'ai réussi à me faufiler dans une petite ruelle entre deux maisons avec Mademoiselle Révolution qui a accepté de me parler, mais pas trop longtemps, car elle est très occupée ces temps-ci. Et cela dans le cadre de notre émission Avec qui voulez-vous parler aujourd'hui ? "
" Bonjour. Je suis heureuse de vous avoir en face de moi. Vous semblez particulièrement en forme, vive et pétillante. Comment vous définiriez vous ? "
" Vous savez, j'ai plein de casquettes. Ne vous fiez pas seulement au cadre où vous me voyez aujourd'hui. "
" Pouvez-vous être plus précise ? "
" On m'a traitée quelquefois de culturelle, d'industrielle, pourquoi pas ? On parle même de moi quand la terre tourne autour du soleil. J'ai à voir aussi avec les astres. "
" Oui, mais là aujourd'hui, j'attends plus de vous, que vous me disiez comment vous vivez. "
" Vous savez, c'est au cœur de chacun que je m'adresse. On peut me dire personnelle et j'en suis très fière. C'est sans doute sous ce titre que je me reconnais le mieux. Là, d'ailleurs, je suis discrète. Mais il est des moments, où je deviens très expansive, apportant l'espoir, rêvant de liberté, comme vous me voyez aujourd'hui. "
" Peut-on savoir quels sont vos projets ? "
" Je me souviens des très beaux moments que j'ai vécus chez vous, il y a bien longtemps. Aujourd'hui, je me sens très bien sur cette terre africaine où je pense continuer à voyager un peu. "
" Que pensez-vous de ce qui reste après votre passage ? "
" C'est vrai, il peut m'arriver d'être violente, je bouscule tout sur mon passage, mais c'est mon rôle et ma façon d'exister. Rassurez vous, je ne fais que passer, comme un souffle, mais on se souvient de moi et j'en fais rêver plus d'un. "
MJ

" Je reçois ce soir la fille d'un acteur célèbre. La fille de notre très connu désordre est l'organisation.
Nous sommes en plein milieu de la foire de l'innommable sous un radieux soleil. Pour notre cinquième émission consacrée à " chaque chose à sa place " une première question me vient : "
" Comment se fait il que vous ne soyez pas mieux connue ? "
" A vrai dire j'ai parfois le sentiment que certains n'ont jamais entendu parler de moi. "
" Comment mener une action à son terme sans vous ? "
" Oui bien sûr je comprends votre étonnement. Mais vous savez tous ne cherche pas à mener des actions. Beaucoup savent bien que d'autres agissent pourquoi iraient-ils contrarier ceux qui sont en si bon chemin ? "
" Oui mais ne pensez vous pas que la charge est un peu pesante pour ceux qui seuls se trouvent comme une lourde locomotive à vapeur tirant derrière elle des wagons qui dès qu'elle arrête de les tirer de toutes ses forces s'arrêtent net ? "
" Mais personne n'oblige qui que ce soit à tirer quoi que ce soit ! "
" Je vous sent un peu défaitiste. Un peu comme si vous sous-estimeriez votre importance. Réalisez-vous que certains ne peuvent se passer de vous ? "
" Oui je sais. Malgré les apparences j'ai de nombreux amis. Ceux avec qui je suis le plus à l'aise c'est ceux à qui personne n'a jamais parlé de moi et qui semble pourtant me connaître dès leur naissance. C'est comme un don. Jamais ils n'ont même entendu mon nom et pourtant ils me respectent. Parfois c'est même un peu trop… Je suis fière lorsque l'on fait appel à moi, mais j'aime aussi pouvoir souffler… "
" Peut-être voulez vous dire que dans la vie il faut laisser un peu de place pour la fantaisie ? "
" C'est un peu cela… IL ne faut pas tout prendre au pied de la lettre. Il y a des règles à respecter mais il faut oser parfois les adapter à soi. "
" Contourner les lois en quelque sorte ? "
" Non ce n'est encore pas tout à fait cela. Mais voyez-vous, ne vous est il jamais arrivé de ne pas savoir entre deux actes importants qui se présentent au même moment lequel est vraiment le plus indispensable des deux ? "
" Si bien sûr. Il n'est pas toujours facile de choisir entre deux émissions intéressantes… "
MTC

" Bonsoir, nous sommes, comme chaque mois, en direct depuis notre studio pour cette heure d'échanges avec un invité de choix pour notre Pensées Libres ".
Musique du générique.
" On vous oppose trop souvent à votre partenaire de jeu, votre presque jumelle, jamais sans elle, expiration - inspiration. Ce soir j'ai choisi de vous rencontrer seule, en ce début de printemps, pour laisser place à l'esprit, l'imagination plutôt qu'à la fin que nous associons trop souvent à votre partenaire. "
" Oui, bonsoir… euh… attendez, je reprends mon souffle. Non, je ne sais pas. Pourquoi vous nous associez comme cela. C'est un peu restrictif d'entrée de jeu, car pourquoi ne pas me faire intégrer la vaste famille spiration, avec tous ses trous, spires, spirales, qui n'en finissent pas de m'étourdir. Transpiration aussi comme la trans sibérienne ou le trans Europe express qui toujours nous incitent à regarder plus loin. Un spiration, deux spirations, trois spirations… cela ne finit pas… C'est cela, j'aime ce lien avec le plus grand que moi, l'immensité, l'au-delà. Bon je m'égare, non ? N'hésitez pas à m'arrêter si je divague. "
" Restons un peu concret oui. Pourquoi ce léger vent qui vous suit partout ? "
" J'ai besoin d'air voyez vous. Imaginez-moi sans R - INSPIATION. J'aurais l'air de quoi ?
L'air me ramène au grand large d'où je viens. "
" Oui. D'où venez-vous ? Votre anglais est sans accent, je vous croyais pourtant française. "
" Je viens d'un pays où il ne pleut pas. Quand je te regarde, d'aussi loin que je me souvienne il n'y a que toi, et moi. Vague à l'âme, vague dame, duchesse des immensités sans nom, je vais parmi les hommes à la rencontre de l'inspiré. Ma langue est celle du cœur, sans accent sinon le circonflexe qui me protège du soleil. "
" Vous protéger. Je n'imaginais pas cela de vous. "
" Mon pauvre petit monsieur, quelle étroitesse, quelle petitesse. Où est la poésie dans votre pauvre libre pensée ? Pardonnez-moi mais rien ne m'arrête, rien ne me retient ni ne restreint mes possibles. Me protéger … Ce n'est qu'un jeu… un jeu de mots… "
" Vous me tendez la perche, merci. Jouons alors. Il est temps de prendre une question d'auditeur. Ah, c'est une auditrice me dit-on. Madame, inspiration vous écoute en direct de " Pensées libres " vous pouvez poser votre question. "
" Bonsoir et merci de prendre ma question. Moi de l'air j'en ai un peu aussi mais cela ne suffit pas à soutenir ma vie. Je fais de l'asthme en plus alors là… "
" Madame, merci de poser votre question. "
" Oui. Alors, inspiration, je vous admire beaucoup ; ce laisser être qui vous caractérise, j'aimerais bien y arriver. Pouvez-vous me donner un petit truc pour être un peu plus libre ? "
" Lâchez-vous ma petite dame. Soufflez, oui tout est dans le souffle. Il faut vider, vider vos poumons, faire le vide. Oui c'est cela. Souffler pour laisser le neuf de l'inspir venir en vous, assouplir vos méninges, vous exercer. Lâchez la bride à vos pensées, oser être. "
" Merci, c'est pas facile d'être. Je vais essayer. Merci. "
" Avoir ou être, c'est toujours la question. Nous y réfléchirons ensemble dans un mois avec notre prochain invité que vous découvrirez alors. Un mot pour conclure, inspiration. "
" Merci. Bonsoir. C'est déjà fini. J'avais tant à dire encore. Mais bon il faut laisser la place aux infos paraît-il. Pas très inspirés là les causeurs. Ils feraient bien de s'aventurer dans les joies sans pareilles de l'abandon total aux mots qui nous submergent en un flot incessant… "
" Merci Madame, merci. Il est temps de nous quitter. "
" En un flot incessant. Et ma barque s'embarque. Sur les baraques imbriquées. Dans les villes noires de ce tourment mélancolique qui... "
" Coupez. Coupez. "
Off : " désolé, vous êtes intarissable, l'antenne est rendue. "
On entend inspiration qui n'en finit pas d'aligner des mots…
Poésie sans fin qui jamais ne s'arrête attendant un pèlerin inspiré à envahir, un écrivain fatigué à soutenir, un….
MDB

 

Janvier 2011


Comment rater ...

Une séance de psychothérapie :
Arriver le sourire aux lèvres en disant : la vie est belle, tout va bien !
Et vous ?
Arriver en pleurant tellement que vous n'arrivez même plus à parler et cela dure, dure ...
Arriver avec un quart d'heure de retard, essoufflée, toussant, au bord de la crise d'asthme, avec impossibilité d'aligner trois mots cohérents.
Vous mettre à parler de la pluie et du beau temps, enchaîner sur le réchauffement climatique, la déforestation ...
Venir avec votre petite souris apprivoisée et lui parler en ignorant le thérapeute.
Apporter votre carton à dessin et vous mettre tranquillement à faire le portrait du thérapeute.
MJ

Une rencontre importante :
en oubliant le rendez-vous ou si possible en perdant les informations sur ce rendez-vous, l'heure, le lieu exact...
En cherchant, au moment de partir les clés de la voiture, puis en constatant quand je les ai retrouvées que je suis sur le réserve d'essence...
Que la station service où je fais le plein habituellement est hors-service pour cause de grève...
Alors là, je suis en panne de sens, toute sens dessus-dessous, incapable d'aller au-devant de cette rencontre importante...
Mais, c'était quoi ou peut-être c'était qui, cette rencontre importante ?
Finalement, je me rends compte que ce n'était pas si important de rencontrer quelqu'un de si important, car toute rencontre est importante même si je ne la qualifie pas comme cela.
Au bout du bout du compte, j'ai fait une découverte ou j'ai dû rater un épisode mais comme la vie est un feuilleton, je me rattraperai demain...
JL

Un rendez-vous amoureux :
De toute manière je ne vais pas au bon endroit. Un quart d'heure après le moment du rendez-vous, je ferai son numéro de portable et lui demanderai si je dois poireauter encore longtemps.
Je le connais, il va être à l'heure, il sera sur le lieu-dit. Il essayera de me persuader que c'est lui qui attend. " Non c'est moi, ça fait une demi-heure que je suis là dans le froid. En plus il neige c'est pour cela que tu ne me reconnais pas. Je suis couverte de neige ! "
Comment peux-tu être couverte de neige ? Moi j'ai bien trop chaud ! Depuis que je suis sorti de l'aéroport de Dakar, je transpire !
Que fais-tu là-bas, tu m'as donné rendez-vous au lac d'Annecy. J'ai cru comprendre que nous allions aux sports d'hiver !
Bon nous nous sommes mal compris, je prendrai l'avion demain, j'adore la neige !
Le lendemain je vais l'attendre à Lyon Saint-Exupéry : " Il fait bien trop froid ici, nous ferions mieux d'aller dans un pays chaud " maugréais-je.
On ne saura jamais comment cela s'est terminé !
MTC


Le dessin d'un petit pois :
En prenant une boite de crayons de couleur et en retirant le vert puis le jaune et le bleu qui font aussi du vert.
En dessinant " Les demoiselles d'Avignon ", pensant qu'ainsi se serait surréaliste en même temps que cubiste.
En lisant le Guide Vilmorin et en laissant tomber sa tasse de café à la lettre P.
En décidant d'utiliser une balance Roberval trouvée à la brocante et n'ayant plus que le Kg, le Dg et le Cg.
En dessinant une grosse citrouille car on pense que la personne à qui on offre le dessin est myope.
En voulant dessiner un pois d'un rayon de Pi puissance 10 alors qu'on a plus qu'un petit bout de bristol.
MLJH


Ma couleur de cheveux :
Pour rater une couleur de cheveux, vous prenez une truelle de maçon que vous nettoyer au préalable - le ciment doit être entièrement ôté - elle vous servira pour faire les raies.
Ensuite, vous prenez un bol dans lequel vous cassez un œuf, vous versez de la levure de bière (très bon pour les cheveux frisés), une pincée de terre de votre jardin, celle qui est bien noire, car n'oubliez pas que vous faites une couleur… et vous délayez avec un bon vin rouge, le Pomerol, mais il est très cher et vous n'avez sûrement pas les moyens…. donc un autre de votre choix.
Délicatement, vous versez cette mixture sur votre belle chevelure (votre fierté), je vous promets un ratage primé au concours des " meilleurs loupés " de la planète.
MML

 

Si on me parle...

De la première fois que j'ai vu la mer sans être en vacances je pense à ce jour de 1992 où je suis allée à la sous-préfecture de Saint-Nazaire. Quoi que laissant ma 4 L à ma fille il me fallait faire le changement d'adresse de la carte grise. Sortant de là je continue jusqu'au bout de la route. Et là …devant moi se trouve …l'Océan. J'étais venue là pour une démarche administrative et je vois cette immense étendue d'eau. Qui sait ? Quelqu'un ayant une vue excellente ou de bonnes jumelles arriverait peut-être à voir l'Amérique ? En tout cas je suis étonnée… La mer c'est réservé aux vacances ! Elle ne peut pas être là… tout le temps là… si proche ! À quelques kilomètres en voiture ?
MTC

Si on me parle d'excitation, de fierté, de sentiment d'exister dans le cœur de mon père, je pense à ces moments avec ma sœur et mon père dans la mer à St Brévin.
Notre père infiniment patient passait beaucoup de temps à nous apprendre à nager, en nous tenant sous le ventre d'abord puis sous le menton. Longtemps après (me semble-t-il) il ne mettait plus qu'un doigt sous mon menton.
Jusqu'au jour tellement exaltant où j'ai fait au moins dix brasses pour le rejoindre à plusieurs mètres de là où j'étais.
C'était trop d'émotion et comme j'étais restée en apnée, j'ai éclaté en gros sanglots alors que j'étais tellement heureuse de mon exploit.
Quelle victoire de débrouille et d'autonomie !
MFO


Si on me parle de liberté, de libre choix, je pense à la période très animée de l'après 68, de la loi de Simone Veil qui a été un moment riche en histoires, en amitiés, en réflexion ; où tristesse et gaieté se mêlaient et où, malgré les épisodes de vie assez durs pour certaines d'entre nous, une étoile brillait : l'espoir d'une vie maîtrisée.
M.M.L.

Si on me parle d'informatique, je me souviens de ce stage de formation pour débutant, c'était juste après le décès de quelqu'un qui avait partagé ma vie très longtemps, je faisais l'apprentissage d'une solitude insurmontable et, cependant il me fallait trouver une raison pour continuer la route.
M H

Si on me parle de pâté de lapin, ce sont ses mains que je revois qu'elle enfouissait dans la viande hachée menue, salée et poivrée. Elle pétrissait longuement puis, ce qui me dégoûtait quelque peu, portait son index à sa bouche et goûtait.
La première fois que j'ai fait un pâté de lapin maintenant que j'y repense, c'était après la mort de ma mère, enfin je crois. En tous cas même si je reconstitue après coup, il me semble que cela est vrai. Elle en faisait une à deux fois l'an et tout le monde disait que c'était bon en un silence engourmandé.
Lien culinaire en apparence qui me la fait revivre en une pensée douce. Une résurrection qui s'en retourne à l'enfance. Puis je reviens à mes mains qui sont elles aussi à pétrir. Pour ne pas rester dans la mort du passé, j'y mets une rangée de pruneaux au centre : ainsi c'est le mien après avoir été le tien, vois-tu ma mère ?
MLJH

Si on me parle de tristesse, je me revois chez mon frère et ma belle soeur, parent d'un petit garçon atteint de la maladie bleue, qui est mort à 10 mois. Comme c'était injuste, mon frère avait déjà perdu sa mère lorsqu'il avait 7 ans. Puis naquirent Claudine et Christian. Ce dernier est né 5 ans, jour pour jour, après son frère aîné et 300 ans, toujours jour pour jour, après Pierre C…, un ascendant de la 11ème génération né à Rouans le 06 juillet 1663.
J.C.

Si on me parle de fierté, de plaisir, je me retrouve à 13 ans dans cette salle de bal où je suis venu avec mes parents pour le mariage d'une voisine. J'ai déjà dansé un peu avec les copines pour m'amuser, mais c'est la première fois que je vais à un vrai bal. Mon père me fait danser. Il est grand, beau. Je suis fière de lui, fière d'être dans ses bras. Il me guide d'une manière solide et rassurante et je ressens le plaisir de sentir mes pieds, mon corps suivre le rythme de la musique.
M.J.

 

décembre 2010

Lettre à…

Ma chère discrétion,

Te souviens-tu de nos lointaines amitiés? Tu m'accompagnais chaque jour pendant les repas en particulier en présence de plusieurs personnes. Quand mes frères et mon père étaient là.
Notre lien se renforçait quand quelqu'un venait à la maison ou quand rarement nous allions chez des gens.
Je n'étais pas seule puisque tu étais là au plus profond de moi, tu me parlais beaucoup mais sans un bruit.
Tu étais sûrement une contrainte mais nous avons appris à bien nous entendre et à tirer profit l'une de l'autre.

Avec toi les risques diminuaient.
Tu me protégeais.
Tu me permettais d'écouter, de réfléchir et de comprendre.
Tu me permettais d'avoir un monde un peu à part et de me construire par moi-même.
Tu me permettais de regarder les autres et de me faire une idée de ce qui se passait.
Tu me permettais d'être attentive aux autres et de les comprendre un peu.
Tu me permettais de gagner la confiance de personnes que j'aimais.

Je souhaite que tu ne me quittes pas car tu fais partie de moi.
Je souhaite cependant que tu me libères parfois, que tu prennes un peu de distance quand j'ai envie de te laisser un peu, quand l'envie d'exprimer devient plus forte que l'envie de rester discrète.
EB

Ma chère Bienveillance,

Depuis longtemps j'aurais dû le faire ! Enfin je viens te remercier d'avoir si souvent été là avec moi. Déjà enfant lorsque Maman me préparait une tisane quand j'étais un peu malade…Et plus tard les sourires de tous ces enfants autour de moi, la gentillesse des collègues. Et tous ceux qui admiraient ma patience ?
Maintenant encore je sens que tu es toujours à mes cotés. Tu me demandes de t'imiter ! Saurais-je le faire sans me limiter ?
Si nous les humains nous saurions t'ouvrir les portes, te laisser rentrer dans tous les cœurs …que de bonheur tu nous apporterais. Chacun aurait autour de lui d'innombrables petites mains pour le servir : l'une pour lui amener la joie, l'autre l'Amour, une autre encore la sagesse. Si nous te laissions plus de place la terre ne serait qu'un immense paradis !
Ma chère Bienveillance, je sais bien que je ne t'offre pas toujours l'accueil que tu mérites, mais si tu pouvais patienter encore un peu j'essaierais de faire de mon mieux. Parfois c'est difficile de faire comme toi, d'avoir cette compassion toujours avec tous, mais petit à petit j'apprendrai. Je n'ose pas te promettre fermement de te rejoindre mais je ferai de mon mieux, c'est promis.
MTC

Coucou Joyeux, coucou le petit nain ! où tu es ? Vous êtes 7 et presque tous pareils, c'est pas facile de te trouver parmi les autres… Prof c'est celui qu'a des lunettes, Simplet, il a l'air neuneu, Timide il est derrière, Grincheux c'est le grognon mais toi joyeux où tu es ? Ah oui te voici ! Je t'entends, tu ne peux pas t'empêcher de rire, c'est que tu es triste peut-être : Jean qui rit Jean qui pleure c'est pareil, juste les deux petits coins de la bouche qui se lèvent ou qui se baissent. Hein Joyeux c'est vrai ?
Je t'aime, je t'aime mon Joyeux, tu caches bien ton jeu, tu fais pas voir.
Si je t'écrire ce petit mot ce soir…
t'as vu le lapsus ? Y'a rire dans écrire mon joyeux, t'as remarqué ? C'est pour te dire bravo petit clown, tu es un drôle de petit d'homme, enfin un petit homme drôle, drolibus.
Tiens je te prête ma plume à écrire pour chatouiller les bileux, les stressés, les tristes à mourir, chatouille-les avec, vas-y mon Joyeux, vas-y, chatouille, qu'ils en éclatent d'écrire !
MLJH


À toi, ma chère écoute,

Je ne sais pas bien d'où tu viens ? Peut-être de désirer qu'autour de la table des repas à sept, tout le monde soit bien, une sorte de désir d'harmonie. Il me fallait donc observer et écouter pour percevoir les tensions, les malaises ou les joies des uns et des autres. Et puis, tu m'arrangeais bien, car je n'étais pas très bavarde.
À l'école, tu m'étais vraiment très utile. Je te dois certainement d'avoir été une bonne élève, puisque tu me rendais très attentive. Et après dans mon métier de professeur, tu m'étais d'un grand secours pour sentir l'élève qui avait des difficultés de compréhension ou qui n'allait pas bien.
Je t'appelle écoute, je pourrais aussi t'appeler attention à l'autre. Cela veut dire être là, présente, faire le vide dans ma tête pour mieux entendre l'autre.
Pour moi, tu es une sorte de quête : aller toujours plus loin, faire mieux. Mais comme tu me combles !
Tu fais partie de moi. Sans doute, m'empêches-tu quelquefois de parler, ou justifies-tu mes fuites, mais je souhaite te garder et t'approfondir.
MJ

Chère toi, ténacité,

Je viens de te découvrir alors que je ne te connaissais pas.
Tu étais sans doute cachée derrière mon enfance, je t'apercevais chez les uns, chez les autres, je les trouvais alors têtus, voire entêtés, cela ne valait pas la peine - me semblait-il. Et puis tu as pris possession de moi - à mon insu - et tu m'as permis de réaliser quelques rêves.
Maintenant que je te connais un peu, tu es une qualité exigeante !
Comment t'être fidèle sans être autoritaire ? Tu m'obliges à croire, à argumenter pour te défendre, mais aussi à te lâcher parfois, car tu m'emmènerais avec toi dans l'erreur… Quelle expérience et que de frottements avec les autres.
Tu fais désormais partie de ma vie conflictuelle, et j'aime me chamailler avec toi afin de me démontrer que je vis.
MML

Très chère douce heure,

Mais pourquoi t'ai-je choisie pour cette missive ? Sans doute parce que tu m'as si longtemps manqué, j'ai peut-être peur de te perdre. Ainsi c'est avec espoir que je m'adresse à toi, comme antidote espérée à continuer à faire grandir en moi.
Oui, je t'appelle à la rescousse pour lutter contre mes piquants et autres aspérités d'âme. Car, vois-tu, depuis mon plus jeune âge mes proches ont chanté pour moi la mélodie du hérisson qui piquait, qui piquait et qui voulait qu'on le caresse, mais qu'on ne caressait guère !
Ah douceur, douce heure, tu rimes avec bonheur, bonne humeur, à la bonne heure. Tu contiens en ton nom même cette présence du temps qui passe avec sérénité. Tu évoques en moi la douceur des mains de ma grand-mère, de la soie des petits sacs parfumés qu'elle mettait sous nos oreillers, la voix feutrée de ses mots doux murmurés pour apaiser mes pleurs, mon si grand chagrin qui noircissait mes nuits d'ombres terrifiantes.
Grâce à elle, cette mamie chère à mon cœur, tu ne fus plus si loin de moi et parfois je sentis comme une " transfusion " d'âme. Oui, je pouvais aussi te cultiver en moi. Et l'autre jour, magie des générations, ma petite fille me demanda un massage en me disant : " Tu as la peau si douce Mamido chérie, si douce… "
Les piquants sont recouverts, un peu …
Je n'ai plus besoin de me gaver de bonbons pour savourer pleinement ta présence autour de moi, en moi…
Serais-tu vraiment contagieuse ? Tant mieux !
Alors continues, s'il te plaît, à envahir mon être pour que, là où je passe, où l'autre croise ma route, il emporte avec lui un peu de ce doux (doudou) qui manque tant dans la brutalité des rapports humains aujourd'hui.
MDB

Chère spontanéité,

C'est bien la première fois que je t'adresse ces mots.
Qui es-tu? Quelle place as-tu dans ma vie? Il m'arrive bien de te trahir avec des tas de bonnes raisons ; il faut voir à quelle sauce je t'accommode parfois.
Bien entendu, il me manque un peu de lucidité.
D'où viens-tu ? Je crois que ce sont mes parents qui me l'ont inculquée.
C'était alors l'époque d'une vie toute simple à la campagne - où tous les gens de la commune se connaissaient - et c'était un point d'honneur pour les personnes de cette génération : leur réputation en dépendait.
Tu es très importante car tu comportes : la bonne foi, la loyauté, l'honneur, le bon sens, l'impartialité.
Enfin, tu es une règle pour toute la vie, mais je le reconnais pas très facile à appliquer.
Si j'ai un souhait à formuler c'est bien que je continue à te mettre en pratique jusqu'à ma fin de vie, sans compromission, mais que je sois lucide et réfléchisse un peu plus avant d'agir.
MH

Cher bon gestionnaire,

Dans la prime enfance, avec l'insouciance, c'est un domaine qui n'existait pas encore. Mais très vite, à l'école où il fallait, à tout prix, arriver à l'heure, je quittais la maison de bonne heure pour faire le trajet en vélo. Mes parents me réveillaient à heure fixe. Pendant les vacances, c'étaient les travaux aux champs pour aider : ceux-ci variaient selon les saisons. À l'époque, tous les ouvrages s'effectuaient manuellement ou presque.
Ce fut une gestion, en obéissant aux lois de la nature, qui se perpétua durant ma vie active.
Heureusement que j'ai un agenda, un planning pour gérer mes occupations professionnelles et mes responsabilités, en sachant suivre le fil d'Ariane : pour remonter vers les années passées et, aussi, tenter de se projeter vers l'avenir : tout cela dans le respect de l'environnement et en ménageant au maximum les ressources et énergies fossiles. Je dois, aussi, gérer avec des imprévus et des choses qui ne dépendent pas de moi. Je dois être prudent dans les innovations ou certains projets.
Je souhaite que cette gestion se fasse avec la plus large ouverture d'esprit possible et, aussi, si possible une vision qui dépasse l'horizon. Seule une gestion inscrite dans le développement durable, en économisant les ressources fossiles et en utilisant les énergies renouvelables, permettra aux générations futures de vivre dans un environnement sauvegardé.
JC

novembre 2010

Les p'tits bonheurs du quotidien

Chaque matin est un appel à la vie avec les chants d'oiseaux, la végétation qui évolue avec la saison…
Ce sont les floraisons des arbres fruitiers au début du printemps, puis d'autres arbres, arbustes, végétaux, plantes prennent le relais pour un cycle qui se déroule sur une année, avec au fil des saisons et du temps, les fruits qui grossissent puis mûrissent…
Ce sont les naissances des agneaux lorsqu'elles se déroulent sans encombre. Les nouveaux nés se mettent sur pied dès le premier jour avec, toutefois, des aplombs mal assurés pour commencer…
Ce sont les odeurs des fleurs qui exhalent leurs parfums dans leurs proximités…
C'est la chienne qui vient quêter des caresses…
C'est la pluie qui revivifie la végétation après une période de sécheresse…
Ce sont les rayons du soleil qui viennent me réchauffer …
JC


Du matin au soir, où sont donc ces petits bonheurs du quotidien dont on ne cesse de nous rebattre les oreilles.
Chacun a les siens, j'imagine !
Les miens souvent, je n'y pense pas et pourtant ...
C'est le petit déjeuner, mon petit déj. dans le séjour au soleil devant le jardin plein de fleurs, la table encombrée de livres que je lis ou relis et dans lesquels parfois même je prends des notes car ils m'inspirent...
Puis plus tard, c'est la promenade à bicyclette lorsque je vais chercher le pain au bourg en passant par la plage pour voir si " la mer est toujours là" : alors rien, ne presse..., c'est un chemin un peu plus long, mais quel plaisir de voir et revoir les oiseaux, la mer : tout bouge plus ou moins bruyamment selon les jours ...
JL

octobre 2010

À la manière de " Je voudrais pas crever " de Boris Vian...

Je n'voudrais pas crever avant de voir l'avènement d'une ère sans misère, tous les oiseaux roule-raient en 2 CV et tous les ânes seraient intelligents
Je n'voudrais pas crever avant de connaître les fonds marins, les poissons ayant des formes fan-tastiques, notre corps se mouvant dans ce milieu, de manière naturelle, grâce au procédé aquana-turatum,
Je voudrais partir dans un élan de joie…..
MM

Je ne voudrais pas partir avec un sentiment d'amertume parce que je n'ai pas eu le courage de faire telle démarche un peu difficile
Je ne voudrais pas partir à l'état de légume.
Je ne voudrais pas voir partir les jeunes, tant de jeunes, alors que ma vie semble inutile.
Je ne voudrais pas partir idiote et bornée - campée sur mes certitudes.
Je ne voudrais pas partir obsédée sur mes problèmes, alors j'essaie d'écouter les soucis, les peines de me proches, compatir, et si besoin est leur rendre service tout en plaisantant, pour ne pas dramatiser leur situation et les faire croire à la vie, à l'amitié.
MH

Je ne voudrais pas mourir sans avoir vu comment tout cela va finir.
La prochaine fois qui allons-nous élire ?
Et la fois d'après qui va me le dire ?
Je ne voudrais pas mourir sans les avoir vues toutes les deux grandir,
s'installer dans leur vie et venir me le dire.
Je ne voudrais pas partir avant que vous n'ayez pu lire tout ce que j'ai à vous dire .
Je ne veux pas mourir, pas maintenant, j'ai encore tant de choses à finir.
Tant que dans ma tête foisonnent les projets, pitié pas de rejet !
MTC


septembre 2010

Il s'en écrit des choses à l'atelier de MFO !

Un à la manière de " Je voudrais pas crever " de Boris Vian...

Je ne voudrais pas crever avant …
Je ne voudrais pas partir avant d'avoir pris tout mon temps.
Je ne voudrais pas partir suite à un accident, ce serait dommage.
Je ne voudrais pas partir avant d'avoir tout bien rangé.
Je ne voudrais pas partir avant d'avoir encore profité de ces petits bonheurs de tous les jours.
Je ne voudrais pas partir avant d'avoir effacé encore un peu de souffrance.
EB

Je voudrais pas crever avant…
C'est ça, je ne voudrais pas crever, pas maintenant, attendre encore un peu avant.
J'ai tant à découvrir, des terres inconnues, des injustices à réparer, des retrouvailles à espérer.
Je voudrais pas crever avant d'avoir vu le rayon vert sur la mer, en Australie, la tête en bas et l'eau qui s'écoule à l'envers dans le lavabo.
Je voudrais pas crever avant d'avoir vu le féminin au pouvoir histoire de vérifier un peu si, même sur ELLE, le pouvoir pervertit l'humain, ou pas.
Je voudrais pas crever avant d'avoir vu la fin des énergies renouvelables et enfin le temps retrou-vé, avant la retraite à 50 ans et la taxation des revenus boursiers.
Je voudrais pas crever avant d'avoir trouvé un germe de paix en moi pour que le monde en porte la petite trace.
Je voudrais pas crever avant que les couleurs ne se mélangent toutes et que sur la surface de la terre le métissage soit la norme.
Je voudrais pas crever avant lui, j'ai pas envie de le laisser tout seul.
Je voudrais pas crever avant que les poules aient des dents et que l'inventeur du fil à couper le beurre ait la légion d'honneur à titre posthume, avant la saint Glin-glin…
Et de toute manière j'ai pas fini mon tricot alors c'est pas le moment hein !
C'est qui qui décide ?
MDB

Je ne voudrais pas mourir sans avoir vu le soleil se coucher sur le Fuji-Yama, sans avoir flâné sous les cerisiers en fleurs de Kyoto, sans avoir contemplé les jardins zen de Nara. Je ne voudrais pas mourir sans avoir marché sur les chemins de latérite rouge d'un village béninois et m'être émerveillée devant la beauté des visages des enfants. Je ne voudrais pas mourir sans avoir vécu un grand amour, sans avoir partagé de manière intime et profonde avec ceux qui me sont chers. Je ne voudrais pas mourir sans avoir donné ce que j'avais à donner et pris ce que j'avais à prendre. Mais j'ai fait et vu tout cela. Alors je peux mourir.
MJ

Je ne voudrais pas mourir sans donner le plus vrai de vrai que j'ai en moi, car l'ai-je jamais fait véritablement ?
Je ne voudrais pas mourir bêtement, religieusement, cruellement, vieillardement, machinalement…
Plutôt en faisant les choses sérieusement, j'chai pas moi, en cueillant les mûres, en riant - ne dit-on pas morte de rire -, en regardant les hirondelles, en buvant d'la prunelle, etc., etc.
MLJH

 

août 2010

Le grand élan !!


Au petit théâtre de mon été, il y a une scène de vie " ordinaire " que j'ai regardée plusieurs fois avec beaucoup d'émotion. Je voudrais essayer de la décrire avec exactitude :

Ça se passe au cours de ballades dans les allées d'une station balnéaire. Je suis en compagnie d'une petite fille de 2 ans et demi Clara et de sa maman Élise. Clara commence parfois la promenade par un moment en poussette, elle suce son pouce et semble faire un petit repos comme en attente. Et tout à coup une énergie semble la saisir : elle veut sortir, marcher et le fait comprendre. La voici sur la route, marchant courant ici et là.

Et voici la scène que j'aime tant : Élise s'en va loin devant, se retourne et dit : " tu viens Clara ! ". Ni une ni deux, Clara part au quart de tour, sourit, court de plus en plus vite vers les bras tendus de sa maman. Plus elle s'approche, plus l'excitation la fait rire, c'est comme si elle courait vers le bonheur total. Puis c'est le grand moment où elle se jette littéralement dans les bras de sa maman qui la prend et la soulève à bout de bras vers le ciel. Clara continue ses éclats de rire, cela semble une expérience incroyable.

Il y a eu parfois une version différente de la même scène. Le départ est le même : Élise est devant et appelle Clara. Même départ fulgurant vers sa maman. Mais sur la route, sa chaussure accroche un petit obstacle, et c'est la chute, de tout son long. À peine une seconde de silence de surprise et la petite fille pleure et crie. Élise est déjà là, tout près, pour la relever. Elle la prend, lui parle, la console avec ce secret qu'elle a des gestes qui sécurisent. Ça se calme. Élise dit : " Montre-moi où tu as mal, on regarde ensemble ". Clara cherche sur ses mains, ses genoux, ses jambes. Cette fois-ci elle ne trouve qu'une ancienne éraflure et dit en larmes : " ici bobo ". Élise lui sourit : " ça c'est un vieux bobo, il est fini ". Et elle repose Clara par terre, pour d'autres aventures.

Allez savoir pourquoi cette scène ne cesse de me mettre le cœur en émerveillement et me revient avec un cortège de questions pour l'adulte que je suis :
- mais qu'il est beau cet élan de confiance intact de l'enfant pour sa mère, qu'il est éblouissant de simplicité !
- où est-il mon élan de confiance quand je rencontre quelqu'un qui m'aime ? Est-ce que je me laisse entraîner par son énergie ? Bien sûr je prends le risque de tomber (mauvais moment, incompréhension…), est-ce que ça n'en vaut pas le coup ?
- et ces vieilles misères que je recycle pour me faire consoler ! Élise a raison, elle sont finies.
- mais comment faut-il s'y prendre : secouer la léthargie qui endort l'élan relationnel ou bien ouvrir la porte à ce dynamisme qui nous porte vers les autres ? Ou les deux d'ailleurs ?

Petite Clara, tu me donnes envie de les vivre ces multitudes de mises en relation avec la fraîcheur et la simplicité d'une petite fille comme toi.

 

juin 2010

Un poème – au jour le jour –

Faire un poème du quotidien
Prendre la vie comme elle vient

Le ciel est beau ce matin
Il me fait lever le coquin

Prendre la vie comme elle vient
Dans la glace sourire à mon chagrin

Et puis sortir par temps frais
Toucher la vie de près
Serrer des mains
Pour dire les liens

Faire un poème du quotidien
Prendre la vie d'où elle vient

De toi qui gémis regard éteint
De toi qui fait face à coups de poing
De toi que j'entends rire
De toi qui n'en finis pas de partir

C'est toi qui me dis ce poème
Toi qui erres ou toi qui aimes

Faire un poème du tous les jours
Trouver la vie là où elle sourd
Surtout en goûter le cours
Les méandres et les détours

À toi l'enfant qui profite de l'instant
À toi la femme qui laisse sans cesse filtrer
Des tonnes de bonté
À toi l'homme pressé
Pour la minute de beauté
Quand ton regard s'est arrêté

À ces instants recueillis
Qui sont mon bouquet du soir
Quand arrive le noir
Je dis : merci

Salut mon quotidien, à demain !

 

 

 

 

mai 2010

Langue de bois…

Discours d'inauguration des " Libres Cours " à R…

C'est avec émotion que je viens ce jour m'adresser à vous chers administrés. Avec mes collaborateurs et tous ceux qui, connus ou anonymes, ont participé à l'élaboration de cet immense espace culturel, lieu de valorisation de l'esprit, je constate aujourd'hui, aux termes des travaux, que notre volonté farouche de créer au sein de notre ville un lieu d'accession à la culture pour tous, a été congruante !

Ce lieu des Libres Cours que, j'ai l'immense honneur d'inaugurer avec vous a vu le jour parce que des hommes et des femmes ont cru en ce projet, l'ont conçu et créé puis l'ont porté avec une détermination farouche. Il en résulte une œuvre grandiose, carrefour de projets humains qui ont grandi ceux qui y ont participé !

Nous avons souhaité que se croisent ici !a science, les lettres et les arts, comme pour y concentrer le programme humain, fraternel et culturel qui nous anime sans cesse pour notre ville.

Le rayonnement de l'architecture des lieux conforte notre désir incontestable d'aller dans le sens de donner à voir des lignes et des matériaux originaux dans leurs associations, harmonieux dans leurs lignes d'ensemble et surprenants dans leurs diversités.

Comment ne pas être convaincu que cet espace donnera à rêver, mais aussi a créer, se cultiver, et communiquer. La culture est le fer de lance de notre humanité en devenir !

Chers R…, chères R…, ce lieu vous appartient. Ensemble nous y déploierons des projets exaltants dont la gestation sera désormais rendue possible. Donnons donc Libre Cours à nos aspirations de partages et de fraternité ! Le pari fou d'être passeurs de connaissance est gagné, le formidable défi de la culture accessible à tous est relevé.

Je salue tous ceux qui y ont collaboré et je n'ai pas de mal à vous imaginer, chers administrés, fourmillant vers les différents pôles de cet espace pour lequel vous avez été si nombreux à nous soutenir et à nous encourager. Merci à tous.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

avril 2010

Une journée d’enfer !

 Me voici, ce matin au garde-à-vous à 7h30, regardant sur ma table une liste de choses que « je dois absolument faire » :

-         passer au garage

-         refaire ma carte d’identité

-         préparer une réunion

-         téléphoner à un tel

-         acheter un cadeau d’anniversaire,

-        

liste longue, que je me propose d’ordonner par ordre d’urgence, avant de foncer tête baissée au charbon !

Puis vient me frapper l’image que je vais en effet me précipiter à ma porte, déjà heureuse à la perspective de rayer plusieurs lignes de ma liste en revenant. C’est le début de la journée et je suis mentalement déjà arrivée à la fin ...

Puis-je m’asseoir un instant s’il vous plaît pour envisager le milieu ?

Et si, au lieu de pratiquer la redoutable efficacité que je me connais, c’est-à-dire de faire, de faire et d’en finir vite et bien, si donc je profitais de ces tâches comme des occasions de relations humaines gratuites. Si je laissais de la place pour désirer rencontrer les gens sur mon parcours et apprécier ces rencontres si brèves soient-elles.

Je pars donc avec ce goût d’un autrement pour effectuer mes démarches en entretenant même l’idée d’inattendu possible, de surprenant même.

Ce soir, ma récolte est bonne. Mon envie de connaître celui ou celle que j’ai rencontré a fait jaillir multitudes de petites phrases, sourires, rires, écoutes … qui ont transformés ces choses-qu’il-fallait-absolument-faire en une succession de petits bonheurs :

-         je sors en même temps qu’une voisine (il fait froid … oui c’est vrai … et c’est parti … justement elle voulait me reparler de sa petite-fille, la fille de sa fille, qui a 5 mois et qu’elle a gardé le week-end dernier, elle a même une photo dans son sac, c’est qu’elle a grandi ! Oui elle est adorable votre petite Madame et c’est chouette de commencer la journée avec elle)

-         j’ai pris un ado en stop (ce que je ne fais jamais), il m’a raconté sa vie sur 5 km (galère au collège, il est à l’école d’horticulture, il s’y plaît, il est content, me dit-il, d’avoir trouvé un lieu où il peut retrousser ses manches …) super ! ça donne la pêche à une ex-prof !

-         la dame de la mairie est grognon, son ordinateur ne fait pas du tout ce qu’elle lui demande. Je m’entend lui dire de prendre son temps que je ne suis pas pressée. Ce n’est pas mon genre du tout de dire ça ! Du coup elle se détend et finit par oser demander à une collègue malgré la file d’attente. Me voilà à discuter technologie avec la dame de derrière. Du stress en moins pour 3 personnes du coup !

-         l’homme à qui je demande un renseignement dans la librairie se met en quatre pour retrouver le titre d’un livre dont je ne connais que le nom de l’auteur, tout en m’expliquant comment marchent les recherches sur son logiciel. Du coup, j’apprend le titre du livre et la façon de le trouver sur l’ordi du magasin !

-        

 Comment un désir du matin peut modifier la face d’une journée !

 

mars 2010

Le Congrès des Crevettes Grises

Quand j'étais enfant, mon père m'emmenait fréquemment à la pêche aux crevettes. Accroupie sur un rocher, je regardais avec éblouissement la vie grouillante des trous d'eau. C'est ainsi que j'appris la chose suivante :
Chaque année, depuis des générations sur la côte de Jade, les tribus de crevettes grises tiennent leur congrès annuel dans un grand creux de rocher de la Boutinardière. Le Congrès des Crevettes Grises (CCG) rassemble les crevettes grises de toute la côte de Quimper à La Rochelle, au moment de la marée de morte-eau, au début de janvier, quand les pêcheurs ont rangé leur haveneau.
Les crevettes débarquent par paquets de frétillements et de galipettes, les moustaches lissées, la queue brossée en l'air ou coupée à la punk. Bien que la mode en brosse soit assez prisée chez les crevettes grises (ou boucau), jamais aucune d'elle n'avait encore osé se faire une mèche rose.
Pourtant on murmurait dans les vagues que le fils de " Boucau Hardi " avait fait, sans se soucier du " qu'en-frétillera-t-on ", un stage dans un banc de crevettes roses. Au CCG, on les appelait les grosses queues roses car c'était la guerre de rivalités sur la couleur, la transparence, la taille, la vitesse, le tourbillon.
Cette année là, le congrès est particulièrement fréquenté car la cause est préoccupante : le changement climatique a fait surgir des problèmes inattendus. L'Océan Atlantique est monté de 5 mètres et les eaux salées ont recouvert une bande de 10 km vers l'intérieur des terres.
Il y a donc de nouveaux territoires à occuper, et les grises tout autant que les roses ont fait des plans sur la comète. Les roses avec leurs immigrés espagnols veulent établir leur résidence principale dans l'ex-Pays de Retz car les eaux y sont plus chaudes qu'au nord de la Loire. Les crevettes grises bretonnes qui ont la coquille ferme préfèrent les eaux plus fraîches et convoitent celles de La Turballe et Piriac.
" Boucau Hardi " a justement été élu président du congrès. Il ouvre la séance dans un grand déploiement d'antennes.
" Mes chers amis, nos prédateurs principaux, les hommes, nous offrent à leur insu un espace nouveau. Qu'allons-nous en faire ? Il ne s'agit pas de se disperser et de la jouer perso avec des ambitions cachés sur de nouvelles immensités comme au far-west ! Une crevette isolée est une crevette perdue ! Nous vivons par bancs depuis des siècles et nous continuerons à le faire, foi de Boucau Hardi !
Cependant, il nous faut envisager une alliance avec les tribus de crevettes roses pour organiser cette nouvelle occupation des eaux ".
Cette dernière phrase provoqua un bouillonnement des eaux au creux du rocher car une grande partie des crevettes grises étaient syndiquées à la cellule " Pour la défense de l'espèce grise ". Elles ne pouvaient s'imaginer frayer dans les eaux troubles des roses, ni même côtoyer celles-ci dans leurs déplacements.
Antenne-zen prit la parole, les yeux fixés sur deux au-delà de chaque côté de sa tête :
" Je pense qu'il faut vivre un cycle de saisons avant d'investir ces nouveaux espaces, le temps qu'une faune marine s'installe. Puis nous enverrons ceux d'entre nous qui sont experts en naturologie explorer les mutations de l'herbe en algues. Car nous ne connaissons pas à ce jour le monde animal terrien. Nous avons tous aperçu déjà les puces de sable sur les plages ! Quelle cohabitation aurons-nous ? Comment ne pas imaginer des bestioles terriennes qui s'adapteront au milieu marin. La tradition orale nous parle d'animaux de taille surprenante ".
L'assemblée ondulait maintenant calmement. Antenne-zen avait cette autorité naturelle qui allait permettre à ce congrès d'aller vers la meilleure issue. On conclut donc sur un accord unanime avec cette suggestion d'attendre quatre saisons.
Contrairement aux hommes, les crevettes grises ne terminent pas leur congrès par un verre de l'amitié, mais par une danse collective dans les flots.

Il s'en suivit donc un spectacle improvisé de toute beauté, sous les yeux écarquillés d'une petite fille.

 

mars 2010

Mes amis,

Je vous écris
- d'un atelier d'écriture
- et du bord de l'Erdre


Je sais, certains d'entre vous n'ont pas la moindre idée de ce qu'un atelier d'écriture peut engendrer de plaisir ou de stress, c'est selon. J'avoue que moi-même Je suis perplexe.
L'invitation est d'écrire.
Que faut-il pour écrire ?
Auparavant, vous vous souvenez, je vous envoyais ces mails de boutades surgies d'un instant de création taquine à l'égard de l'un ou l'autre. Pourquoi ne pas écouter autre chose ce jour même puisque j'ai devant moi une vue devant laquelle je retiens mon souffle et que je suis en compagnie d'une bande " d'écrivains " qui je le devine sont comme moi réjouis par les mots et le langage.

Permettez que je vous donne un coup d'œil sur la grâce de ce lieu. D'immenses saules pleureurs laissent passer en finesse la lumière d'un matin déjà chaud. Les larmes de ces pleureurs coulent jusqu'à la rivière. Oh ! si j avais le don de la peinture, comme j'aimerais vous peindre ces 5 petits bouts d'herbes au milieu de l'eau. Comment font-ils pour tenir à 5 cette harmonieuse posture de danse à laquelle le vent donne un imperceptible mouvement.

Comme Je voudrais vous mettre le son de ce lieu. Je ne sais plus où donner de l'oreille pour recevoir les chants d'oiseaux même en fermant les yeux. Certains sont dans les sons très hauts, d'autres donnent dans un " croua " qui rythme, le fond est un bruit d'eau calme.

Je rêve qu'un jour je puisse dans un courrier électronique vous donner les mots, l'image et le son en même temps. On n'en est pas si loin que ça d'ailleurs. Ainsi je pourrais vous installer là où j'ai passé un moment avec vous.

Je reviens à mon interrogation du début: que faut-il pour écrire ? Et maintenant ma question devient : que me faut-il pour écrire ?

a) J'aime bien être en relation quand j'écris comme si mon écriture devenait plus imaginative et créative si c'est un acte d'amour à quelqu'un ou quelques-uns.
b) Et puis il me faut du silence, bien plus que je ne le pense pour faire s'arrêter tous les " il-faut-que, il faudrait-que, ça-serait-pas-mal-si ", ce brouhaha qui se présente à moi comme s'il y avait tout d'un coup un carrefour sur ma route qui me surprend tellement que je prends au hasard à gauche ou à droite. Et plus tard je m'aperçois que c'est juste ou pas.
c) Une autre condition sine qua non pour écrire gratuitement, c'est de n'avoir aucune attente sur mon inspiration, car ici même, dans cette lettre que je vous adresse, je suis pour une part en train de disserter sur l'écriture. Ce n'est pas l'écriture-élan-direct, mais c'est une autre forme. Pourquoi pas ? A bas la censure ! Laissons vivre les désirs successifs.

Je vous écrirai encore d'autres lieux qui diront d'autres élans, d'autres arrêts, d'autres rencontres. La vie est trop belle !

MFO

mars 2010

La porte-fenêtre

Arthur s'approche de l'unique porte-fenêtre de son appartement. Il s'appuie doucement sur !a barre du balcon. La tiédeur lourde de la ville monte jusqu'à lui. Ça circule en bas : c'est un soir où les gens se promènent pour goûter la longueur du jour.

Arthur regarde dans le flou le mouvement des passants. Et puis un flash de présence focalise l'image sur un couple d'Indous, ils sont peu nombreux dans cette ville d'occident, c'est étonnant d'en voir ici. Bien qu'ils soient assez loin dans la rue, Arthur distingue les couleurs en variations d'ocres sur les vêtements de la femme et une bombe de tissu sur la tête de l'homme. Ça y est, ils ont tourné.

Cette image a mis Arthur en arrêt, puis quelque chose commence à s'agiter en lui. L'Inde, l'Inde, l'INDE, l'INDE ! ...

Il en rêve depuis sa plus tendre enfance, depuis qu'il a su lire Darjeeling sur la boîte de thé de l'étagère, depuis qu'il a trouvé ce nom de ville dans les gros dictionnaires. Un sachet de thé pour lui est loin d'être une classique infusion qui peut désaltérer. Darjeeling est une ville entière de thé là-bas tous les magasins vendent du thé : en bouquet, en feuille en poudre, en morceaux. Les enseignes des magasins sont en formes de boîtes de thé ! À toutes les portes ici on tend un verre ou une tasse, une coupe ou un bol d'un thé dont le goût laisse admiratif.

Ira-t-il un jour en Inde et plus précisément à Darjeeling ? Partira-t-il vers cet inconnu si loin de sa vie ?

La question vient en doubler une autre dans sa pensée : ouvrira-t-il tout grand sa porte-fenêtre à ce flot d'imaginaire sans craindre son étrangeté, son langage, ses gestes ?



février 2010

Le loup et l'agneau

Il s'agissait d'apporter un texte que l'on savait par coeur et de passer deux fois en l'interprétant de deux façons différentes.

J'ai pris une première façon dramatique sur le texte suivant en essayant de faire monter le drame :

Un agneau se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure.
Un loup survint à jeun qui cherchait aventure
Et que la faim en ces lieux attirait
" Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage "
Dit cet animal plein de rage
" Tu seras châtié de ta témérité "

J'ai pris pour le deuxième façon un personnage d'élève tout content de venir donner sa fable et qui se décompose au fur et à mesure que les mots sortent parce qu'il se rend compte qu'il y a quelque chose qui cloche :

Un agneau se déblatérait
Dans le boucan d'une ronde pure
Un loup parvint enfin qui cherchait la devanture
Et que la fin de ces vieux dégoûtait
" Qui te rend hardi de bouffer mon veuvage "
Dit cet abruti plein de bave
" Tu seras chassé de ta simplicité "

MFO

février 2010

Conversation de fin de vie

– Tu sais, Françoise, je n'en ai plus pour longtemps à vivre maintenant. (Silence)

– Et à quoi tu penses quand tu me dis ça ?
(Silence)


– Est-ce que tu sais toi me dire un peu comment ça se passe après la mort ? C'est fini ou quoi ? Y'a plus rien du tout ? Et tout ce que disent les prêtres, c'est quoi exactement ? Tu saurais m'expliquer ?

– Maman, je peux te dire ce que je crois comprendre, mais peut-être que je ne comprends pas bien moi-même. Je crois que le corps s'arrête en effet et que c'est fini pour lui, mais je peux te dire aussi que tu continueras à vivre en moi et en tes autres enfants et petits enfants sans doute, parce que dans notre mémoire se sont inscrites des choses qu'on a vécues avec toi et qui sont comme de l'amour que tu as donné. Je te donne des exemples : je me souviendrai probablement toujours des fou-rires qu'on a eu ensemble, de tes oeufs au lait, de la sole aux raisins de Corinthe, de nos conversations sans fin, de ton goût pour les peintures de Maurice Seguin, et bien d'autres choses encore ...
(Silence)


– Oui mais tu ne seras plus là pour moi et je ne serai plus là pour toi.

– C'est vrai. Il faudra faire avec l'absence matérielle de nos corps... Ce sera difficile surtout au début. Il faudra aimer ce qui reste en nous de l'autre et qui est bien réel aussi. Souviens-toi combien de fois tu m'as toi-même dit : maman faisait comme-ci et comme-ça. Est-ce qu'elle ne revenait pas souvent dans ta pensée avec force comme si elle était vraiment là, réellement là, en toi ?

– Si, c'est vrai. Mais enfin ...

MFO

février 2010
ARNAQUOSCOPE
Un arnaquoscope est un petit appareil qui permet de détecter les anomalies concernant les étiquettes, les contrats, les promesses des hommes politiques. Je m'en suis servi récemment en cherchant un nouveau fournisseur d'accès à Internet. L'aiguille a aussitôt viré au maximum et j'ai entendu un craquement. Le choc a été trop puissant pour mon petit et feu arnaquoscope.


SUPERFÉTATOIRE
Je viens de rencontrer récemment dans un livre le mot " superfétatoire ". Depuis je ne me lasse pas de lui. Au début, j'imaginais qu'il servait à décrire un moment du genre " tu-rassembles-du-monde-pour-fêter-tes-50 ans " et c'est superfétatoire ! Je l'aurais bien vu en duo avec jubilatoire
Superfétatoire - Jubilatoire !
Je l'ai essayé ici ou là dans la vie : une tarte aux pommes peut-elle être superfétatoire ? Une conversation peut-elle être superfétatoire ? Une ville, un pays entier peuvent-ils être superfétatoire ? Ce serait génial !
Un jour j'ai foncé au dictionnaire au risque de décevoir mon estime pour " superfétatoire ".
J'y ai lu : Superfétatoire : adj. Superflu. Ex : Connaître le sens exact d'un mot est-il superfétatoire ou non ?


TRONCHOMÈTRE
Un tronchomètre est un appareil qui permet de mesurer l'amplitude de la tronche que vous tire la personne qui est en face de vous. Il ne précise pas encore les raisons pour lesquelles elle vous tire une tronche pas possible mais l'appareil est en voie de perfectionnement. Il est particulièrement utile à toutes celles et tous ceux qui mettent les pieds dans le plat.

BISOUMÈTRE
Un bisoumètre est un appareil à compteur qui comptabilise les bisous donnés et reçus sur une période donnée (un jour, un mois, un an ...). Il s'intéresse à l'aspect quantitatif et ne vous dira pas si les bisons sont doux, neutres, tendres, compassés, mécaniques, chewing gumesques, passionnés, froids.
Cependant la quantité peut déjà vous donner une idée de votre appartenance à la catégorie des bisouteux ou des bisoutés.

MFO

janvier 2010

En revenant de l'atelier " expression par le théâtre " en voiture, voilà que le mot BAGUENAUDER vient se promener dans mon esprit. Je lui trouve un charme bien particulier. Baguenauder... Je me promets de regarder son sens exact dans le dictionnaire, mais pour l'instant je n'ai que le loisir et tout le loisir de le laisser vagabonder dans mes cellules. Baguenauder... Je me demande si je serais capable de baguenauder moi-même. Quand je le fais sonner, ce " baguenauder " m'évoque une femme à talons aiguilles, hautement maquillée, fringuée à la provoc et je la vois se tortiller le derrière en faisant du lèche-vitrine sur les Champs. À moins que ce " baguenauder " soit aussi le fait de quelqu'un qui brasse de l'air dans la plus grande confusion. Baguenauder par-ci, baguenauder par là.
Aux feux suivants, je vois plein de gens baguenauder : l'homme de la voiture d'à côté qui me regarde sans me voir, les piétons qui traversent n'importe où n'importe comment. Tous ces gens qui baguenaudent, mais c'est insupportable ! Est-ce que je baguenaude moi ? Est-ce qu'on peut traverser la vie en baguenaudant ? Je vous le demande !
Au carrefour suivant, j'ai ma réponse : si tu continues à laisser baguenauder ce mot dans ta tête, le prochain flash mobile est pour toi !
Je n'avais pas fini ma phrase et levé le pied que j'aperçois une voiture de police à 200m. Non, non, rien de grave, ils ont bien vu que je baguenaudais !

MFO

janvier 2010

Je suis sur scène, ça y est tout est prêt pour commencer et les spectateurs retiennent leur souffle. Je suis là et ... rien, je n'ai plus rien, c'est le trou magistral, j'avais quelque chose tout à l'heure, il y a une minute, même pas, et puis ... non rien. La situation pathétique maximale ! Je vais perdre l'occasion d'être sur scène et d'avoir un public. L'horreur d'une vie. Je reste un instant dans ce rien...

Et puis, mais non, c'est ridicule, l'étiquette de mon nouveau slip " Petit Navire " me gratouille et me chatouille même, ça me cafouille ! Ils font les étiquettes sur le côté maintenant chez Petit Navire, je me demande pourquoi ? Je vais peut-être leur écrire parce que je préfère quand elles sont sur les lombaires, c'est plus supportable. D'ailleurs le plus souvent, je découds les étiquettes de mes vêtements. A force, j'en ai tellement que je les mets dans un album ! Ca fait comme une collection de timbres. Tu peux retracer ta vie à travers les étiquettes de tes vêtements, et tu peux savoir que telles années ont été très difficiles parce que les pages sont pleines d'étiquettes " La Reboute " ou, bien que tu vivais avec quelqu'un qui t'entretenait somptueusement parce que tu vois une étiquette " Chermès " et une autre " Daniel Fechter " à côté. Il peut y avoir quelques pièces assez rares qui datent de l'époque post-soixante huit où tu piquais des vêtements dans les magasins. Mais, contrairement aux timbres, les étiquettes ne prennent pas de valeur marchande en vieillissant, elles ont le prix du rêve.

Ce court intermède a remis de l'ordre dans mon cerveau et voici que mon texte revient au galop.

MFO

janvier 2010

Il y a quelques jours, quelqu'un disait devant moi : " arrêtons de vivre sur le fantasme des conditions idéales pour agir ". Cette phrase s'est enregistrée quelque part dans l'armoire des CDs qui se remettent tout seuls en marche dans mon cerveau sans que je m'y attende. Alors j'arrête de vivre sur le fantasme que j'aurai un jour les conditions optimales pour écrire un livre. Je n'aurai jamais assez de temps, je ne sais pas comment faire, je ne sais même pas sur quoi écrire ! Bien sûr...

C'est aujourd'hui donc que je commence à écrire et je salue déjà le lecteur bienveillant qui me fera l'honneur de lire quelques lignes. Ce faisant, je me salue moi-même en tout cas.
Que faut-il pour écrire ? Un sommaire, une histoire, des idées, de l'imagination ... ?

C'est bien possible. Et encore ?... Il faut ... un désir, un ardent désir, une folle envie, une envie de folie, le désir de laisser vivre son désir. Avoir envie de jouer avec les mots, de remuer des phrases, de recueillir les extraordinaires de la vie, de laisser venir le fil des mots qui s'accrochent les uns aux autres. Parler avec le cœur, avec la tête, avec l'imaginaire, avec les émotions, le sourire en coin, la rage au ventre !

Alors tu commences !

Allez, je commence ! ...

MFO

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