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" Plumée d'encre, ce qu'on peut prendre d'encre avec une
plume pour écrire "
Nouveau dictionnaire encyclopédique universel illustré,
Jules Trousset (dir.), tome 4, La librairie illustrée, 7, rue du
Croissant, Paris, 1875


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13 janvier 2012
Transformer une pensée en personnage
Il est des âmes qui ne manquent
pas de corps mais simplement de clairvoyance. C'était un ogre véritable,
monstrueux dans ses dimensions, obèse à n'en plus finir.
Son passe-temps favori se réduisait à un interminable défilé
d'aliments que ses deux mains amenaient goulûment à son énorme
bouche. Il se nourrissait de tout ce qui se trouvait à sa portée
et même au-delà, jusqu'aux limites de ce que son imagination
pouvait lui offrir, le rendant encore plus boulimique de ces choses succulentes
qui n'en finissaient pas d'exister.
Une seule nourriture lui était inaccessible et la seule qui pût
réellement combler son appétit démesuré.
Un tout petit bout d'amour absolu lui échappait continuellement,
trop pressé qu'il était de se remplir, croyant que cela
était la seule façon d'exister.
CH
Il est des âmes qui ne manquent pas de perspicacité : la
perspicacité demande surtout de la réflexion et un travail
intellectuel, tout ce qu'on met en uvre pour arriver à démontrer...
Dans le cas d'Alice c'est bien plus que cela dont il s'agit : c'est comme
une évidence. Tous ces livres ou objets dont elle me fait cadeau,
me " vont " si bien ...
Tous pourtant si différents me touchent, ils me parlent d'elle,
de moi, ils poursuivent le partage entamé depuis si longtemps chez
elle ou chez moi de vive voix ou au téléphone...
Oui, Alice ces " Chaussures italiennes " d'Henning Mankell me
vont à merveille, me parlent de moi, de toi.
C'est un cadeau qui me permet de dialoguer en silence avec toi, avec moi...
Quel talent est le tien, quelle attention est la tienne pour dénicher
à chaque fois le livre, l'objet qui me feront me découvrir
un peu plus et qui me donnent en même temps des clés sur
le questionnement qui est le tien en cette fin d'année 2011...
Ils maintiennent un lien invisible et puissant fait de respect mutuel
et d'affection profonde.
Ils me parlent de là où tu es, de tes interrogations : ils
renforcent surtout cette communion de questionnement qui est la nôtre,
par rapport au temps qui passe, à ce qui est important et ce qui
ne l'est pas et bien d'autres choses encore...
JLB
Il est des âmes qui ne manquent pas de panache,
mais simplement de vérité
Il était grand, mince, en noir, bel homme, sûr de lui, présentant
les arguments comme des vérités, un orateur hors pair, difficile
à contrer tellement son débit était facile, simple,
compréhensible, semblant incontestable si on ne réfléchissait
pas, parlant de portes ouvertes, sa voix berçait l'assemblée,
son assurance, sa prestance, donnaient confiance, si bien que le contenu
du discours n'était pas important.Un
sourire par ci, une poignée de main par là
Une
fois arrivé dans sa voiture, le spectacle terminé, il n'avait
aucun souci des uns et des autres et ne pensait qu'à son élection.
Que disent les sondages
aujourd'hui ?
Si je puis me permettre, Monsieur, les chiffres que vous avez avancés
ne sont pas exacts
Qu'importe, René, ce qui compte, ce n'est pas ce que je
dis, mais l'aura qui plane autour de moi. Plaire, voilà la clé!
Rencontré en journée de
travail et de réflexion sur l'avenir, je m'approche de lui :
Monsieur, serait-il possible
que vous partagiez la vie - pendant une journée - avec les enfants,
les adultes, sans parler, en vous dévêtant de votre auréole,
pour écouter, voir, sentir
ce qui se passe ?
MML
Il est des âmes qui ne manquent pas de droits, mais simplement de
devoirs. En effet, disait le " Sage " : " Il ne peut pas
y avoir de droits sans devoirs " et, même, les devoirs naissent
avant les droits, ils précèdent les droits.
Nous avons l'impérieuse obligation de conserver le châtaignier,
espèce noble, par son bois recherché en menuiserie, charpente,
piquets de clôtures
Et depuis plusieurs décennies, le constat est là : les sujets
de cette espèce crèvent et même les jeunes arbustes.
Les générations futures auront-elles, disposeront-elles,
encore, de ce bois d'uvre ?
Nous devons, donc, semer, planter
La recherche ne devrait-elle pas, comme pour l'orme, trouver des variétés
plus résistantes avec les mêmes qualités de bois ?
Mais en regardant au-delà du châtaignier,
notre époque n'a-t-elle pas mis à mal nos ressources fossiles
non renouvelables ? n'a-t-elle pas dégradé notre environnement
? Il y a quelques années, des résineux ne dépérissaient-ils
pas par des pluies acides ?
Le " Sage " dit aux 7 milliards d'êtres humains que notre
planète est unique et est notre seul vaisseau dans l'univers sans
chaloupe de secours.
" Je " voudrais intervenir auprès
du " Sage " : ne pensez-vous pas que nous avons changé
de civilisation durant ce 20e siècle ? Ne pensez-vous pas que la
civilisation paysanne avec son énergie métabolique (avec
les animaux de traits, les outils, le travail des paysans
) respectait
mieux l'environnement que la mécanisation, la chimie, les pesticides
largement utilisés aujourd'hui ?
Le " Sage " fait le constat que nous ne pouvons pas dépenser
plus que ce que nous produisons. L'eau fossile des puits artésiens,
l'énergie fossile : gaz, pétrole, ne se renouvelle pas à
l'échelle humaine. De plus, dit-il : "Rien ne se crée,
rien ne se perd, tout se transforme ". Il ajoute que les humains
ont joué aux apprentis sorciers en inventant, en mettant sur le
marché des molécules de synthèse.
" Je " voudrais implorer le " Sage " en lui disant
que j'ai cultivé des légumineuses : luzerne, trèfles
violet et blanc
qui sont, à mon avis, les plantes les plus
élaborées de la création. En effet, en plus des hydrates
de carbone produits par la photosynthèse, les protéines
sont élaborées en symbiose avec les micro-organismes se
trouvant dans les nodosités des racines.
Aussi, " je " supplie le " Sage " d'être indulgent
avec moi car j'estime avoir pratiqué :
une agriculture économe en énergie fossile : tout
herbe et pâturage
une agriculture propre sans pesticides
une agriculture durable en permettant aux générations
futures d'y vivre.
JC
Il est des âmes qui ne manquent
pas d'idées, d'énergie, de vie mais simplement d'envie de
vivre. Zoé était de celles-là. Petite, elle semblait
souvent triste d'être là sur cette terre. Pourquoi fallait-il
vivre ? Pourquoi fallait-il grandir ? Quel intérêt ? Malgré
ces questions, elle se passionnait pour tout ce qu'on apprend à
l'école, elle aimait les livres, toutes ces histoires inventées,
ces vies racontées. Mais, parfois brusquement, elle voyait les
choses de l'extérieur et tout lui semblait futile, inutile. Fallait-il
vraiment poursuivre ? Comme Sisyphe roulant son rocher ou sa grand-mère
enchaînant sans fin les rangs de pommes de terre, il était
important de continuer, d'aller au bout. La rassurait, le fait qu'à
ce bout, elle était sûre qu'il y avait la mort à laquelle
il lui arrivait de rêver. Mais lui revenait le plaisir de se sentir
vivante, de bouger, de boire, de manger, de toucher la terre, les arbres,
d'être avec les autres, de les écouter, de partager.
Dialogue avec Zoé :
Tu sais bien
qu'au fond de toi, il y a ce désir de mort, cette tristesse souterraine,
ne fais pas comme si elle n'existait pas.
Je le sais, mais je peux te dire que c'est plutôt rassurant
de savoir que je vais mourir, comme les autres avant moi. Cela ne donne
que plus de prix à ma vie, à celle des autres et à
la VIE. J'en fais partie.
M.J.
Il est des âmes qui ne manquent pas de disponibilité
mais sont codépendantes
Elle en avait fabriqué des jouets la machine pendant toutes ces
années ! À chaque nouvelle fabrication, on prenait le temps
de la nettoyer, de la huiler. Elle était contente de donner du
plaisir à tous ces enfants même si une fois grands ils n'en
auraient plus besoin.
Mais un jour l'usine a fermé, la machine, elle, est toujours là
mais personne ne s'en sert. Elle aimerait bien qu'un jour quelqu'un la
remette en route, même si ce n'est pas pour de la grosse fabrication,
juste pour le plaisir.
Dialogue avec la machine
" Pourquoi te morfonds-tu. Tu devrais être contente, plus de
poussière, plus de bruit. Tu peux rester à ne rien faire
"
" Oui mais, justement, j'ai besoin d'être utile "
" Écoute, je te propose de te mettre dans le garage de mes
enfants, peut-être seront-ils contents de t'avoir "
Quelques temps après
" Alors la machine, comment te sens-tu ? "
" Eh bien finalement, je préfère retourner dans mon
atelier. Les enfants ne font pas attention à moi et quand ils m'utilisent
ils oublient de me nettoyer. Je préfère mon local, au moins,
j'y suis chez moi. Peut-être que de temps en temps quelqu'un viendra
me remettre en route juste pour le plaisir
FB
4 novembre 2011
À
tous ceux qui...
À ceux qui n'ont rien à dire, ni à écrire
d'intéressant. La moindre idée qui vient est tout de suite
rejetée : sans intérêt vous dis-je. Rien, néant,
tiens ce sont des noms de ma généalogie. Noms parlants,
pour une fois ! Gris, passe partout, insignifiant, vous connaissez la
chanson. Peut-être, pourriez-vous passer entre le mur et l'affiche,
disparaître à jamais. Surtout ne rien laisser de soi.
MJ
À tous les fatigués avant d'avoir commencé, vivez
l'instant sans trop vous projeter
À tous les fatigués d'une trop longue journée, parsemez
le jour de moments rêvés
À tous les fatigués d'une vie surmenée, apprenez
à courir sans trop vous presser
CH
À tous les deux, les deux romains les deux latins,
Les dos, les two, les zwei,
Les deux pieds dans le même sabot, les de Lamartine, les jamais
deux sans trois,
Les devinez qui vient dîner ce soir ?
Les deux tiers et les duos
Les demis de Picon bière
Les de de de deutéronome
Et ceux qu'on deux neurones
Les 2 sur 20 qui doublent leur note
Les deux, de les aime bien parce que quand y'a deux, y'a peut-être
trois et quatre et cinq jusqu'à l'infini
MLJH
À tous ceux qui s'imaginent ne pas savoir créer. Mais regardez-vous
donc et enfin voyez tout ce que vous savez faire et que vous avez toujours
cru obligé de taire.
Toi le timide qui sors de ta coquille pour partager aux autres les contes
qui dormaient au fond de toi.
Et toi qui de tes mains sais prendre quelques fleurs et faire un beau
bouquet pour réjouir un cur.
Et toi qui à longueur de journées mélanges les mailles
bleues et les mailles roses pour en faire quelque chose qui habille les
petits.
Et toi qui avec un peu de farine mélangée à la poudre
sucrée sais faire un bon flan qui réjouit tous les gourmands.
Mais regardez -vous donc ! Ne regardez pas ce qui est l'uvre de
l'autre et ne vous croyez pas obligés d'être son apôtre
! Regardez au fond de vous et sachez reconnaître cet artiste caché
pour le laisser s'exprimer !
MTC
Aux Indécis anonymes
À ceux qui ont de la difficulté à prendre une décision
À ceux qui préfèrent rester coincer, comme une voiture
au garage avec le frein à main bloqué
À ceux qui pèsent et soupèsent avant de prendre une
décision
À ceux qui n'osent pas, par peur d'être ridicule
Alors, Indécis anonymes, rappelez-vous cette phrase de Khalil GIBRAN
: " Tout ce qui est le plus faible et le plus égaré
en vous est le plus fort et le plus déterminé ".
Alors
, alors
, après de mûres réflexions,
il convient de passer à l'action, aux actes qui seuls sont déterminants
Il n'y a que le premier pas qui coûte et qui compte et il suffit,
ensuite, d'enregistrer les actes, travaux et actions comme le petit Poucet
qui mettait des petits cailloux sur son chemin pour s'y retrouver
JC
À tous les apeurés ;
Je vous reconnais dès que j'entre dans la pièce, vous regardez
rapidement qui arrive pour aussi vite, dès que vous êtes
rassurés, baisser les yeux sur lesquels on ne voit plus que les
paupières.
Quand vous circulez dans un couloir de bâtiment vous prenez la voie
la plus proche du mur, prenant ainsi le risque de vous y cogner si vous
faites un faux pas ou si vous êtes un peu bousculés.
En réunion les autres ont déjà
dépassé leur temps de parole, vous sentez que vous allez
bientôt réussir à placer votre propre parole rapidement,
oui juste après celui qui vient d'arrêter et qui en a dit
beaucoup, alors vous espérez fortement qu'il a vraiment fini pour
y aller à votre tour, mais non vous vous trompez, la voie qui semblait
libre ne l'est pas finalement. Le cur bat et s'accélère
: j'y vais ? je n'y vais pas ? j'attends un peu ? Je connais.
Quand on va parler de vous on dira en plus qu'il n'a qu'à prendre
sa place, et c'est bien connu : qui ne dit rien consent.Ce qui enfonce
un peu plus le couteau dans la plaie.
Pourtant vous vouliez dire des choses intéressantes et peut-être
différentes.
Et quand vous allez parler on va vous écouter et vous dire : oui,
mais
..et vous sentirez que les plus forts ont toujours le dessus.
EB
À tous les porteurs d'idéaux trop grands pour la vraie vie
:
Arrêtez de vous faire du mal tout seul
et enlevez les peaux de bananes qui vous bouchent la vue.
Faut pas péter plus haut qu'son cul me disait l'ami Paul qu'était
un vrai bon homme.
L'idéal nous paralyse, nous empêtre en nous-mêmes
plaçant nos vies sous la bannière qui fait barrière
" Y ARRIVER COÛTE QUE COÛTE ".
Mais arriver où ? Arriver à quoi ? Pour qui ? Pour quoi
?
Porter l'idéal comme un flambeau pour qu'IL condescende à
dire
" Oui c'est bien ", son regard enfin posé sur notre petit
être.
Long chemin pour déposer le fardeau et faire face à la joyeuse
vanité des choses et du monde.
L'idéal a, pour vous, remplacé la croix de vos aïeux
!
Posez-là tout ce fatras et voyez comme la vie est douce à
vos pieds nus
dans l'herbe fraîche des matins d'automne.
MDB
On vous réveille par des coups de pied alors que vous veniez de
vous endormir !
On vous met dans la chambre d'à côté alors que vous
aimeriez tant un lit douillet avec quelqu'un à vos côtés.
On vous conseille de vous tourner ou de mettre un pince-nez.
Mais d'abord, qui a dit que vous ronfliez ?
FB
À tous les grands de la terre
Vous qui souffrez de dépasser tout le monde d'une tête dans
un groupe on ne voit que vous cherchez un plus grand que
vous et restez derrière.
Tous les grands ne sont pas remarqués, certains par leurs paroles,
croient emmener les autres sur leur chemin, quelle désillusion
s'ils savaient !
La condescendance est une de nos qualités, " tu es plus
petit, passe donc devant
" "tu es le plus grand, prend
bien soin de
"
Nous les grands, nous avons une mission sur cette terre, c'est d'essayer
de se faire oublier, comment ?
Groupons-nous et prenons un bureau d'étude qui nous permettra de
trouver LA solution.
MML
À tous ceux qui pressent le pas Avez-vous peur de ne pas avoir
assez de temps pour tout faire ?
Est-ce la peur de s'arrêter car très vite rattrapés
par des pensées emmêlées, emberlificotées
Trop de choses à faire ?
Alors pourquoi vite les finir ? pour sauver un peu de temps pour soi :
pour soi seulement Y a t'on le droit ? Le vole t'on à ceux qu'on
aime ?
DC
Je
n'ai pas l'âme... je
suis...
Je
n'ai pas l'âme du rêveur, parti dans ses songes, la tête
dans les nuages, et espérant on ne sait quoi.
Je n'ai pas l'âme de l'enthousiaste, tout feu tout flamme, prêt
à s'envoler au premier vent qui passe.
Je n'ai pas l'âme de l'espiègle, se jouant des uns, des autres,
s'amusant pour un rien, baluchon sur l'épaule.
Je suis du clan des réalistes, de ceux qui ont les pieds su terre.
Je suis de ceux qui comptent et ne s'en laissent pas conter.
J'ai l'âme paysanne, la terre est ma patrie et mon refuge.
Mais peut-être suis-je aussi du clan des marins, attirée
par la mer et l'aventure ?
MJ
Je n'ai pas l'âme d'une solitaire qui se replie dans sa tanière
Je n'ai pas l'âme d'une comédienne qui s'enfonce dans ses
mensonges
Je n'ai pas l'âme d'une danseuse qui en oublie la réalité
du monde
Je suis du clan des bienveillantes de celles pour qui comptent les autres
Je suis du clan des curieuses pour qui rencontre est voyage
Je suis du clan des amoureuses, de celles pour qui la vie est tendre
CH
Je n'ai pas l'âme du poète romantique qui la traîne
derrière lui, errant au bord du lac, qui pleure, qui geint, qui
tristesse en grand soupir, qui, son regard las allant vers le très
lointain, désespère, désespère et mère
et tous les gens et le monde, qui marine dans les vagues de son âme
et dans ses larmes.
J'ai l'âme canaillouse dès qu'il s'agit de tripoter les mots,
de les caresser, de les enlacer et les entrelacer pour parler de la pluie
et du beau temps, de la pâquerette et du chiendent.
MLJ
Je n'ai pas l'âme d'un marin qui passe ses journées sur les
flots bleus. Celui qui, pour seule compagnie, n'a à longueur de
journées que les dauphins et n'a pour seules montagnes les vagues
pendant la tempête.
Je suis de ceux qui ont besoin de marcher sur la terre ferme et gravir
les sommets pour voir loin, curieux de découvrir l'autre versant
des collines.
Je n'ai pas l'âme d'un surveillant de baignade à rester sur
place pour observer avec des yeux de lynx et compter à chaque instant
si remontent de la piscine autant de têtes blondes que j'en ai vu
disparaître
Je n'aime pas ce " sur place " à
longueur d'heures et de jours
J'ai besoin d'aller voir ce qui se passe dehors dans la rue d'à
côté !
MTC
Je n'ai pas l'âme de l'aventurier qui avance tête baissée
Je n'ai pas l'âme des grands soirs et des lendemains radieux
Je n'ai pas l'âme du décideur qui agit sans peser le pour
et le contre
Je suis du clan des observateurs qui constatent la complexité de
toutes choses.
Je n'ai pas l'âme du casseur qui veut tout remettre à plat
Je n'ai pas l'âme de l'intellectuel qui théorise facilement
Je n'ai pas l'âme du polémiste qui bloque les situations
Je suis du clan de ceux qui posent de tout petits actes.
Je n'ai pas l'âme de l'énervé qui veut tout immédiatement
Je n'ai pas l'âme du farfelu qui fait n'importe quoi
Je n'ai pas l'âme du forcené qui fait violence
Je suis du clan de la tortue qui avance tranquillement, sereinement.
JC
Je n'ai pas l'âme de quelqu'un d'assuré qui en impose par
sa démarche et son élan.
Je n'ai pas l'âme de ceux qui parlent avec assurance.
Je n'ai pas l'âme de ces militants convaincus.
Je n'ai pas l'âme de ces penseurs qui débattent de leurs
idées.
Je suis du clan des discrets qui pensent et réfléchissent
beaucoup et qui se battent intérieurement contre l'extérieur
et contre les démons intérieurs.
Je suis du clan de ceux qui reprennent mille fois leur ouvrage pour avancer.
EB
Je n'ai pas l'âme de l'embaleineur de parapluie
qui, à longueur de jour, rigidifie les dentelles
pour se protéger de l'ondée
Je n'ai pas l'âme des charentaises
A quitter les sabots pour mettre ses pieds
Dans la douceur anesthésiante de la maison douillette
Je n'ai pas l'âme du chauffeur en livrée
qui transporte en silence les nantis capitalisant boursicotant
ruinant tout trace de l'Humain en H majuscule
Je suis du clan des accordeurs de piano et autres soprano
Ecoutant comment sonnent, bourdonnent, tintinabullent
Les cordes de nos vies chantant leur musique singulière.
Je suis du clan des sans famille
Qui vagabondent d'âme en âme cherchant la sur promise
Et accostant inopinément, apeurée émerveillée
Au milieu de tant de diversité d'êtres
Pour repartir toujours très vite.
Je suis du clan des gourmandises
Qui se révèlent dans la patience consentie d'un temps offert
A qui veut s'en donner la joie
En quelques précieuses minutes partagées.
MDB
Je n'ai pas l'âme d'une ménagère
Je n'ai pas l'âme d'un ermite
Je n'ai pas l'âme d'un j'm'en foutiste
Je suis du clan des bricoleurs
Je suis du clan des fignoleurs
Je suis du clan des bons joueurs
Je suis du clan des viveurs au grand air
FB
Je n'ai pas l'âme du caneur qui reconstruit sans cesse les fonds
Je n'ai pas l'âme de la rapetasseuse qui ravaude à longueur
de temps jusqu'à épuisement
Je n'ai pas l'âme du gonfleur de pneus qui prie pour que sa pompe
redonne forme au caoutchouc affaissé
Je n'ai pas non plus l'âme du médecin qui pense guérir
et nous redonner la vie
Je suis plutôt du clan de celles qui laissent venir le vent, la
pluie, le soleil, qui prend ce qui passe à portée de main,
" qui se promènent les mains dans ses poches trouées "
MML
Je n'ai pas l'âme d'une danseuse mais apprécie le déséquilibre
des moments de la vie, goûte le calme après le tumulte des
émotions et descend du fil tendu à travers les années
de la vie pour être une fourmi ouvrière, active dans cette
grande famille besogneuse.
Je fais partie de ce clan des bâtisseurs de tant de chemins secrets
construits sous les feuilles colorées de l'automne, à l'abri
du bruit : au chaud.
DC
Je n'ai pas l'âme du meunier qui regarde sa roue tourner en écrasant
les grains de blé.
Je n'ai pas l'âme du photographe qui cherche à faire un beau
portrait.
J'ai l'âme préoccupée du paludier qui scrute le ciel
pour savoir si demain sera meilleur qu'aujourd'hui et comme un serrurier,
je cherche les clés pour ouvrir des portes cadenassées par
trop de préjugés.
Plus que du bijoutier qui pare la misère, je suis du clan du cordonnier
qui ressemelle les souliers usés par trop de pas et de démarches
pour continuer à avancer...
JLB
23 septembre 2011
À la
manière de Raymond Queneau
raconter un fait de quatre styles différents
Subjectif
J'arrive au lycée un peu stressée parce que c'est dans ma
nature. Est-ce que ce que j'ai fait dans l'urgence est oublié sur
mon bureau? ai-je assez dormi pour être en forme? Je les vois tous
autour de la porte d'entrée, un petit " bonjour Madame "
en passant, un petit sourire de certains, une tête baissée
pour d'autres. Il fait froid et pourtant il faut qu'ils la fument cette
dernière cigarette, ils pensent que cela va enlever leur stress.
Tout à l'heure je verrai certains d'eux devant moi en classe. Je
serai un peu indulgente pour celui ou celle qui a oublié son cahier
mais seulement pour ceux qui semblent avoir un peu mal au ventre car on
se ressemble beaucoup finalement, mais je me garderai bien de le leur
dire et ils verront quelqu'un qui a de l'assurance et qui sait les aider.
Détaillé
8h du matin, il fait 11° et encore jour. Dans 3 minutes, la sonnerie
va retentir, ils sont combien sur le trottoir ?100 ? 200 ? 300 ? Je vois
une foule vêtue surtout de noir. Ils regardent l'heure toutes les
dix secondes sur leur portable, qu'elle se tortille sur un mètre
de long et sur 20cm de large. Certains ont l'air de rien, mais ils sont
stresssés : ils n'ont pas fini les questions 3) et 4) b) de l'exercice
à faire, ils n'ont pas appris le paragraphe A)b)bis) en histoire.
Ils parlent fort : 50 décibels ou 60 peut-être. Ils sautillent
sur place à la vitesse de 5 rebonds sur le sol en 3 secondes.
En colère
Ulcérée, ulcérée je suis : à 8h du
matin, ils commencent avec une clop !!! ça leur tourne la tête
! ils crachent leur mégot n'importe où, il faut faire attention
quand on passe à côté sinon le blouson neuf : il aura
une boutonnière de plus. Ils sont agglutinés comme des troupeaux
d'animaux et bougent à peine pour laisser le passage, on dirait
des piliers fixés au sol. Ils ont l'air de travailleurs mineurs
dans une mine avec leur pantalon noir qui tombe et leur tête baissée.
Vite sonnerie : je t'attends, tu vas faire l'effet d'une bombe qui va
disperser tout ce monde.
Admiratif
8h du matin devant le lycée : vous vous rendez compte à
quelle heure ils ont du se lever !
Certains que je ne connais même pas me disent bonjour, c'est drôlement
sympa, c'est du jamais vu !
Avez-vous vu ? ils ne fument même pas la cigarette jusqu'au bout,
ils jettent leur mégot ! quel gâchis !
Ils tremblent de froid alors qu'il fait si bon à l'intérieur.
Les pauvres ils sont vraiment courageux, moi je ne resterai pas ainsi
dehors.
EB
Subjectif
Elle s’arrête au stop. Précautionneusement, elle regarde à droite puis
à gauche peut-être encore à droite puis, avec appréhension, elle démarre
pour traverser ce carrefour qu’elle déteste. Quand tout à coup elle aperçoit
avec horreur, une voiture arriver ! Hésitation, affolement, l’issue est
fatale, elle se retrouve au fossé couverte de verre brisé. Après avoir
vu sa dernière heure arrivée, elle se demande ce qui a pu se passer.
Détaillé
C’était en janvier 2007, plus précisément le 17 janvier à 17 heures 23
minutes, je revenais d’une visite chez mes enfants. Au kilomètre 6 , entre
le carrefour de Kergoulinet et celui de Kerlagadec, face à une maison
aux volets bleus, j’aperçois une 205 blanche, conduite par une femme aux
cheveux blancs frisés, portant des lunettes et vêtue d’un manteau noir
qui démarre du stop. Je regarde mon compteur il indique 70 km /h. La distance
qui me sépare de la voiture est de 50m. Quelle pression dois-je………..
En colère
Un dimanche pourri où tout va mal, je roulais sur la route pourrie entre
St Molf et Piriac. Au carrefour pourri que la mairie n’a toujours pas
sécurisé malgré les nombreux accidents, une espèce de vielle rombière,
dans une voiture pourrie, déboule sans regarder. On devrait leur retirer
leur permis à ces vieux qui disent bien conduire sous prétexte qu’ils
n’ont jamais eu d’accident. Résultat, je l’envoie valser dans le fossé.
Qui est-ce qui la remplacera ma voiture ? Hein !
Admiratif
Quoi ! Comment cela a-t-il pu arriver ? Je roulais à la vitesse règlementaire,
ma voiture chaussée de pneus neufs et avec des freins neufs ! Au carrefour
une arrêtée au stop redémarre avec toutes les mesures de sécurité. Malgré
cela, la collision est inévitable. Étonnamment, les voitures n’ont presque
rien et les conducteurs sont indemnes.
FB
Subjectif
Et j'ai encore craqué. Un pain aux raisins pour le goûter. Un bourrelet
de plus, c'est sûr, à la fin du mois. Mon p'tit toubib m'a pourtant dit
de faire du sport régulièrement. Il court, lui, trois fois par semaine,
et il voudrait que j'en fasse autant. Avec les bonnes résolutions d'après
les vacances, plutôt sportives ma foi je me suis acheté une paire de chaussures
de sport spéciales course. Ça aide paraît-il d'avoir du bon matériel.
Je ne les use pas souvent. Toujours une bonne excuse…. Comme chaque jeudi
en fin de journée, au moment où je regagne ma voiture sur le parking autour
des remparts, je la croise. Elle court et je contemple : une foulée régulière,
légère, un short blanc, pas un gramme de graisse sur ses cuisses bronzées.
Non, je ne m'y vois pas comme ça ! Ah ! Le casque sur les oreilles ! C'est
peut-être ce qui me manque pour ne pas être essoufflée au bout de cinquante
mètres. C'est quoi la musique magique qui fait des cuisses de starlettes
?
Détaillé
Les cheveux noirs coupés courts, très courts, même pas un millimètre sur
la nuque. Elle porte un short blanc, immaculé qui lui couvre à peine les
fesses qu'elle a bien rondes. Un T-shirt noir complète l'ensemble. Chaussures
pointure 38, noires et blanches. Ses foulées font environ 1,50 mètre et
comme le tour des remparts est de 3, 780 km elle le parcourt en 5 minutes
28 secondes les soirs de grande forme, quand elle est bien entraînée,
et 5 minutes 37 secondes les mauvais jours. Elle fait donc environ 12
tours chaque soir. J'oubliais les décibels, son Ipod collé à son bras
par un brassard fermé d'un velcro noir, réglé sur 7, un casque rouge lui
couvre les oreilles ce qui permet une écoute attentive. Non. Pas de musique.
Elle m'a confié une oreillette lorsque j'arrivais essoufflée auprès d'elle.
C'est un programme d'entraînement sportif individuel qu'elle règle au
départ selon son heure de démarrage (ce soir 18 h 03), l'heure de fin
prévue (19 h 03 donc), son poids, 58,753 kg, sa taille 1, 75 m et sa pointure
je vous rappelle 38. Le reste des mensurations n'étant pas nécessaire
je n'en sais rien. Il était 18 h 33. J'avais encore raté la météo. Il
fera beau demain me dit-elle.
En colère
Non mais c'est pas possible ce monde de ouf. Y'en qui s'crèvent le cul
à bosser tous les jours dans une chaleur torride et un bruit d'enfer pour
fabriquer les joujoux technologiques de pointe que cette blondasse use
pour garder la ligne. Non mais tu crois qu'au fond de leurs usines en
Chine ils ont besoin de faire du jogging pour maigrir ? Elle doit rien
foutre de la journée cette bourgeoise. Y'a qu'à voir le look, du fric
qui déborde de ses Nike, elles aussi fabriquées à l'autre bout du monde
par des petites mains qui pourront même pas se payer un demi lacet après
trois années à bosser. J'te lui ferai faire un stage d'égalisation des
conditions de vie que ça lui ferait pas de mal. Après quoi ils courent
tous ces rougeaux autour des remparts, parce que y'a pas qu'elle. Le vendredi
c'est dingue, une ribambelle. Et moi qui ai bossé toute la journée - bon
pas l'usine ni la Chine mais du boulot qui fatigue quand même - je dois
poireauter pour pouvoir enfin sortir ma voiture du parking et rentrer
chez moi. Monde de dingues ! C'est quand que ça change ? C'est pas pour
demain….
Admiratif
Je regagnais ma voiture garée le long des remparts et tu devinerais jamais
ce que j'ai vu : une jeune femme bien faite qui courait en tenue légère.
Pas une tenue légère comme tu imagines, une tenue légère et élégante de
sportive. Une jeune femme sportive qui courait. - Après quoi elle courrait
? - Ben après rien figure toi. Il y avait bien un type avec son chien
qui étaient passés devant moi un peu avant elle et qui courraient aussi,
le type et le chien. Mais je ne crois pas qu'elle leur courrait après.
Non, elle courrait comme ça, pour rien. Enfin pour quelque chose mais
je ne sais pas quoi. Car je n'entendais pas. - Tu n'entendais pas ? -
Ben non, la voix qui la faisait courir était dans le casque, rien que
pour elle. Je ne sais pas ce qu'elle pouvait lui dire pour la faire courir
comme ça, apparemment pour rien. Parce qu'il n'y avait personne derrière
elle. J'ai rien compris, mais rien de rien.
MDB
Subjectif
" Aujourd'hui, j'arrive tard de l'entraide d'ensilage d'herbe. J'espère
qu'en allant chercher les vaches, je n'aurai pas d'imprévus, surtout qu'il
pleut des cordes. J'avance dans la parcelle, je me déplace. Je vois les
vaches se lever une à une sauf marguerite qui reste couchée. Comme son
terme est dépassé, je crains qu'elle soit en train de vêler. Je m'approche
doucement. Je m'interroge : pourrai-je la ramener avec les autres ou devra-t-elle
rester si les pattes du veau sont sorties ? Manque de chance, celles-ci
sont sorties et j'aperçois le museau. Donc, le vêlage s'effectuera dans
le pré. Je suis à quelques pas. Elle a besoin d'aide…
Détaillé
" Aujourd'hui 14 mai 1999, 18 heures 32 minutes et 40 secondes, l'éleveur,
Marc - 1 mètre 82, 35 ans - mince et maigre se déplace dans la parcelle
de ray-grass anglais/trèfle blanc . La variété de ray-grass anglais est
" Vigor " et " Liho " pour le trèfle blanc. Ici ou là dans la parcelle
cadastrée XY 105, dénommée " les combelles " (j'allais oublier de le préciser),
poussent, en plus des 2 espèces précitées, quelques adventices comme les
laiterons et pissenlits, quelques graminées comme les dactyles, pâturins
et vulpins et quelques légumineuses éparses comme le lotier corniculé,
le trèfle violet et la luzerne. Marc cherche ses vaches qu'il connaît
une par une et qu'il nomme. Eh ! debout majolie, majéhannie, majorque,
napolitaine… Eh oui, chaque année, on change la première lettre pour nommer
les génisses élevées lorsqu'on les déclare à l'EDE (Établissement Départemental
de l'Élevage), véritable état-civil pour les animaux ".
En colère
" Aujourd'hui, j'arrive très tard, fatigué et de très mauvaise humeur
de l'entraide d'ensilage herbe. J'en ai marre. Ce n'est pas le moment
de m'embêter, de me contrarier. Quelle journée, mon Dieu, quelle journée
maudite… Eh oui, le chantier s'est très mal déroulé : 2 pannes de la machine
et, en plus, 5 remorques se sont enlisées. Ce n'est pas possible : beaucoup
de temps de perdu pour les réparations et pour sortir les tracteurs/remorques
des enlisements ? J'espère, pour leur intégrité, que les vaches laitières
vont être coopérantes et dociles car il me reste la traite à effectuer…
".
Admiratif
"Qu'est-ce qu'il a, Marc, a être dans sa parcelle avec ses vaches
? Je vous le donne en mille. Figurez-vous que les vaches se lèvent dès
qu'il s'en approche. Eh mieux que ça, même, elles se mettent en marche
vers la sortie de la parcelle. Ça alors ? Pourquoi sortent-elles du pré
? L'éleveur ne pouvait-il pas les laisser tranquille à ruminer ?, à se
reposer ? Pourquoi les contrarier, ces braves vaches, elles ne réclamaient
rien… En plus, elles étaient couchées pour la majorité… Quel importun
ce Marc ! Je vais me renseigner à la Société Protectrice des Animaux.
JC
Subjectif
Le train est arrivé bien à l'heure. En traversant le brouhaha de la gare
je me demandais comment j'allais pouvoir trouver la station de bus qui
me mènera à la bonne destination car je n'avais jamais fait ce trajet.
Enfin d'ailleurs je n'avais jamais pris un bus à Nantes ! Un SDF rencontré
dès le passage de la porte vitrée m'adresse la parole en me regardant
à travers le petit crachin qui tombe sur la ville " C'est moi qui renseigne
tout le monde ici, il n'y a personne d'autre pour le faire ! " Le couple
à qui il venait d'indiquer l'arrêt de bus n'a pas l'air de comprendre
le français. Celui qui assurait le rôle d'agent de renseignement a donc
mimé avec ses bras les ailes d'un avion pour se faire comprendre…
Détaillé
Les deux battants avaient bien chacun deux mètres de large et au moins
autant de haut. Arrivée à 73 cm des vitres humidifiées par le crachin
nantais une ouverture de 95 cm se crée pour me permettre de sortir juste
derrière la jeune fille longue et aussi mince que si elle devait être
rangée dans une boîte d'allumettes. Ses chaussures rouges étaient parfaitement
assorties à la couleur de la mèche de cheveux qui lui couvrait l'œil droit.
Son long pull noir un peu trop large pour la baguette qu'il enveloppait
tranchait sur son bermuda encore plus rouge que les cheveux et les chaussures.
Ses mains étaient libres elle n'avait pas de sac, ni lunettes, ni bijoux…
rien ! Elle avançait lentement comme si elle devait réfléchir à chaque
pas s'il est nécessaire d'avancer…
En colère
Les voyageurs marchaient dans tous les sens. Dès la descente du train
il m'a fallut éviter ce mélange de valises rouges et de grands sacs verts,
jalonner entre tous ces mal réveillés indécis dont je ne savais jamais
si ils allaient enfin avancer ou faire du surplace… Les poubelles débordaient
toutes et le hall de la gare ressemblait à une place de marché juste après
le départ des derniers chalands. Arrivée enfin à la porte de sortie non
seulement je m'aperçois qu'il ne pleut même pas une vraie pluie mais un
petit crachin qui mine de rien arrive à rentrer partout et vous mouille
sournoisement sans en avoir l'air. Et voilà ! Non seulement il ne fait
pas beau mais je me fais accoster par un SDF qui traîne là… le seul qui
n'a pas été éjecté !
Admiratif
Il me semblait étonnant de voir que chaque voyageur formant la nuée descendue
du même train que moi savait parfaitement où aller. Sans hésiter les uns
se dirigeaient vers le quai N° 18 et d'autres comme moi vers la sortie.
Je n'en revenais pas de tous ces gens qui s'arrêtent à Nantes et ne vont
pas plus loin. Tous, leurs bagages à la main s'avancent vers les portes
qui s'écartent toutes seules pour les laisser passer. Personne ne s'en
étonne… Des portes qui s'ouvrent à l'arrivée d'une personne cela semble
normal pour tous. Un SDF que plus personne ne remarque … ça aussi ça ne
dérange personne. Mais qu'à t'il dans ses mains ? Une pochette avec des
cartes… il dessine… il a fait l'école des beaux-arts !
MTC
Subjectif
Lovée dans les bras réconfortants de mon père, je me mis à babiller avec
gaieté. Son regard me renvoyait le plaisir partagé des sons qui sortaient
de ma petite bouche jusqu'à nos oreilles. Oreilles étonnées pour moi d'une
telle prouesse, oreilles émerveillées pour lui de ce premier gazouillis
qui en promettait bien d'autres encore.
Détaillé
Le gros bébé de huit kilos deux cent cinquante, réveillé à neuf heures
trente, se mit rapidement à égrainer cinq ou six mots avec une gaité sans
retenue. La dizaine de personnes présente depuis huit heure dans cette
maison de cent quarante mètres carrés et de huit pièces, écoutait avec
stupeur cette profusion de gazouillis matinaux, qui si on y prêtait attention
n' en étaient pas mais bien de véritables mots.
En colère
À peine allongée sur mon canapé défoncé par les enfants, les cris du bébé
se firent de nouveau entendre. Des braillements insupportables qui allaient
réveiller toute la maison. - Bon sang, mais c'n'est pas vrai ! m'écriais-je
en me levant d'un bond. - Des vacances oui des jours et des jours de vacances,
sans cris, sans pleurs, sans couches à changer, voilà ce qu'il me faudrait
! Plus d'enfants, plus de mari, la liberté !
Admiratif
Il a ouvert grand les yeux, comme cela d'un seul coup, sans hésitation
aucune. Et tout de suite de petits mots colorés sont sortis de sa petite
bouche qui jusqu'à cet instant était restée muette comme le sont les bouches
à cet âge. On voyait à son regard tout l'émerveillement et le plaisir
que cela lui procurait. C'était comme si une bonne fée lui avait donné
la grâce du langage avant l'heure. Car petit, tout petit il était. À peine
six mois.
CH
Subjectif
Nous les pâtes, on nous jette toujours à la baille. Dès que ça bout, allez
hop ! Toutes ensembles ! toutes ensembles ! Ouais ! On y va… Puis la madame
grande cuillère elle arrive et nous, on s'déplace pour la laisser passer,
à droite, à gauche, en avant. " faut pas qu'on colle " qu'elle dit. Ben
hier, elle avait oublié de remuer. Elle est restée au milieu à cause d'un
coup de fil de sa patronne. Et ben on a toutes été collées : " 0/20 "
il a dit le chef.
Détaillé
Les nouilles, achetées au Superflu la veille, c'est-à-dire le 3 janvier,
jour de leur mariage - cela faisait en effet 36 ans maintenant - les nouilles,
dis-je, avaient violemment été jetées dans une eau tièdasse, à peine chaude
pour cause de bouteille de gaz en fin de course, pas salées puisque plus
de sel(*), avaient, disais-je donc, lamentablement gonflées au point que
c'en était de la poix. " Pouah ! " fit-il
(*) Sel de Guérande ramassé par son cousin paludier par
alliance dans les marais du Mès près du viaduc qui venait enfin, après
trois mois de travaux - il faut le dire interminables - , d'être terminé.
En colère
" Faire cuire un Saint-pierre accompagné d'une sauce ravigote, d'accord
! Préparer un goulasch parfumé au raifort, entendu ! Réchauffer les tripes
de Madame Duboeuf à la mode de Caen, je comprends ! Rissoler les petites
rates que nous donne Joseph, on peut trouver ça difficile ! Accommoder
une tête de veau avec du fenouil dans les narines, je comprendrais ! Faire
mijoter un ragoût comme le faisait ma mère, ça oui ! Mais des pâtes bon
Dieu, au bout de 36 ans de mariage, t'y arrive toujours pas ??? "
Admiratif
- Des pâtes, tu t'rends compte ? Pas des spaghettis, non, pas des coquillettes,
pas des…tu sais les petits nœuds papillon ?
- Non, j'vois pas.
- Enfin pas ça non plus, c'était des orichiette avec de l'ail et de l'huile
d'olive.
- Et du basilic ?
- Oui, du basilic frais et de la ciboulette ciselée juste avant et un
petit peu de parmesan… - Arrête, tu me fais envie !
- Oui, c'était super, j'en rêvais. Depuis le début de l'après-midi j'y
pensais !
- Oh ben j'te comprends…
- Le problème, c'est qu'elle les a laissées coller, le fond de la casserole
accrochait même, tu te rends compte, elle a même réussi à brûler le fond
de la casserole ! C'est extraordinaire tout de même !.
MLJH
Subjectif
Ce que j'ai eu du mal à quitter la maison ce matin. Ma femme, mes enfants,
c'était infernal… bruits, chamailleries, le petit déjeuner durait et cela
m'était de plus en plus insupportable. Heureusement, c'est samedi et je
peux prendre le prétexte des courses à faire et en plus avoir bonne conscience.
Ouf ! enfin dehors. Plaisir de prendre la voiture, de rouler seul. Voilà
le parking. Toujours aussi difficile de trouver une place. Ah ! une voiture
qui s'en va, je me gare. Un chariot, un sac, et je rentre dans le magasin.
Tranquille pour un moment.
Détaillé
Un homme âgé de 35 ans, brun, les yeux bleus, mesurant 1m92 est assis
bien droit sur le siège de sa voiture. C'est une Xantia foncée, pratiquement
noire, affichant ses 115231 kilomètres au compteur, sièges un peu usés,
carrosserie rayée par endroits, climatisation pas très au point, radio
crachotant un peu. IL est 9h12 du matin. Il arrive sur le parking de l'hypermarché
ULUBERLU où sont déjà garés à cette heure précise 217 véhicules. Il fait
une manœuvre, trouve une place, se gare, arrête le moteur. Il prend son
jeton, le sac pour les courses, vérifie qu'il a bien sa carte bancaire
et sort de sa voiture. Un clic pour fermer les portes, et il se dirige
vers les trois files de chariot les plus proches. Il choisit la file la
plus à droite, met son jeton, prend le chariot qui ne roule pas très bien
et se dirige vers la porte d'entrée.
En colère
Quel abruti ! Il vient de se garer sur la place que je convoitais, mine
de rien, comme s'il n'avait rien vu et que le monde alentour n'existait
pas. Pourtant j'étais là, ce n'est pas possible qu'il ne m'ait pas vu.
Et le voilà qui sort tranquillement de sa voiture minable. Non mais, regardez-le
! Si encore, il était beau ! Mais non, on ne fait pas plus moche et mal
habillé avec ça !
Admiratif
Un samedi matin de rêve. Il fait beau comme jamais. Le moteur de ma voiture
tourne sans bruit avec une régularité exemplaire. J'arrive sur le parking
où comme dans un ballet bien réglé, chacun trouve une place qui lui convient.
Extraordinaire ! Un chariot tout près, je n'y crois pas. Les miracles
existent. Je n'ai plus qu'à me diriger vers les portes étincelantes du
magasin. Un rêve, je vous dis ! Pourvu que le reste de la journée soit
à la hauteur.
MJ
Subjectif
Je revenais juste du marché quand je l'ai aperçue. Elle semblait très
inquiète cette petite jeune fille qui tournait en rond autour de la maison.
Que cherchez-vous, dis-je doucement ? Je cherche ma petite chatte, elle
a dû venir faire ses petits par-là, me répondit-elle en tendant la main
vers le bûcher. Elle cherchait son chat et moi, je cherchais vainement
qui elle était ! Lorsque je l'ai reconnue : c'était C., une petite voisine
partie faire ses études à Nantes et que je n'avais pas revue depuis très
longtemps... Nous nous sommes mises à chercher ensemble...
Détaillé
Il était 11 heures 48 quand je l'ai aperçue par le velux ouvert du premier
étage : la petite chatte tigrée, aux yeux verts et au petit collier rouge
et appartenant à mes voisins de gauche, les deuxièmes dans le petit chemin,
se faufila silencieusement dans l'espace que je viens tout juste de finir
de bricoler et où j'ai rangé hier après-midi, jusqu'à 18 H 30 plus d'une
centaine de bûches ( de quoi tenir au moins un mois et 20 jours en faisant
du feu dans la cheminée, mais seulement à partir de 18 h19 ou mieux de
19 h18 d'ailleurs...) Mais je m'égare...
La chatte : il faut que j'aille voir ce qu'elle cherche là-dedans. J'avais
juste refermé la porte blanche à l'arrière de la maison quand je l'ai
vue ressortir avec quelque chose de gris dans la bouche. J'ai sursauté
sur mon paillasson vert qui se trouve juste devant la porte vitrée et
blanche, car j'ai crû qu'il s'agissait d'un rat, mais non ce n'était qu'un
petit chaton gris de 10-12 centimètres de long, écartant ses quatre petites
pattes qui ne faisaient pas plus de 4,03 centimètres et que sa mère chatte
rapportait délicatement entre ses deux mâchoires, jusqu'à la maison aux
volets rouges qui appartient à mes voisins, oui ceux qui ont un Berlingot
jaune qui fait du bruit, comme dit ma voisine d'en face...
En colère
Depuis deux jours que je la vois cette petite chatte tigrée qui fait ses
crottes dans mes parterres... Elle vient encore une fois, de passer en
me narguant juste au ras de la porte-fenêtre. Je cours pour voir où elle
va. Elle se faufile dans le bûcher, non mais ! c'est pas possible, elle
va l'empester ce petit bûcher que je viens juste d'installer... Non et
non, sacré nom d'un chien ! Je me précipite en chaussettes pour l'en empêcher
quand soudain, j'aperçois ces deux boules de poils gris sale installés
dans un petit cageot, je crie alors va-t-en avec tes rejetons, sale chatte
de malheur...
Admiratif
La chatte qui attendait ses petits, t'imagine cette chatte, elle a fait
ses petits, cette nuit, chez moi, dans mon bûcher et moi qui n'ai rien
vu rien entendu ! Sauf quand j'ai remarqué ses allées et venues entre
la maison de ses maîtres et le petit bûcher derrière ma maison. Comme
je ne comprenais pas pourquoi elle allait et venait ainsi, je suis sortie
pour voir ce qu'elle cherchait. Et bien, tu me croiras si tu veux, elle
avait fait ses petits sans bruit, à deux pas de la porte de ma maison,
c'est incroyable quand même...
JL
Subjectif
Depuis quelque temps, papa me dit que je vais rester à la cantine car
maman sera absente pendant quelques jours. Eh oui ! j’ai une petite sœur...
elle est drôle, elle ne marche pas, elle est jolie, je crois que je lui
plais bien… Mais voilà, il n’y a personne à la maison le midi et l’école
est recommencée !!! Mes copains me disent qu’à la cantine on ne mange
pas bien, qu’il faut tout goûter, qu’il faut desservir la table… et puis
quoi encore… de toute façon, dès mon arrivée à table, je vais leur dire
que ce n’est pas bon et que je ne veux pas manger.
Déaillé
À 12H06, nous arrivons, les 10 filles et les 15 garçons de la classe
du C.P. à la cantine municipale, située à quelques 456 m de l’école J.
Prévert, ou mes parents m’ont inscrit depuis l’âge de 3 ans et 365 jours.
D’autres enfants étaient déjà là. Il y avait au moins trente tables de
6 couverts ( je les ai comptées en sortant) – là, les dames qui nous servaient
m’ont demandé de me servir, j’ai mis une rondelle de tomate dans mon assiette
– le rond mesurait bien 5 cm, maman m’a montré comment mesurer – j’ai
décidé que je ne la mangerai pas, et pourtant j’aime bien les tomates…
Même thème : colère, ulcéré
En colère
Mon père veut que je reste à la cantine Ce n’est pas juste… parce qu’une
petite sœur arrive – moi, je n’ai rien demandé – je serai une journée
entière à l’école sans pouvoir retrouver mes jeux et mon doudou dans ma
chambre à midi, je ne vais pas me laisser faire et je ne mangerai pas,
je serai malade et j’irai à l’hôpital avec ma maman…
Admiratif
Tu te rends compte, mon père veut que je mange à la cantine ! Il ne doute
de rien, que mange-t-on dans une cantine ? En entrant, je vois les tomates
dans un plat ,bien présentées ! Ils servent des tomates dans une cantine
? Elles sont jolies avec leurs brins de persil qui fait ressortir leur
jolie chair rouge… C’est ahurissant ! ils servent des tomates à la cantine…
comme à la maison !!!!!
MML
10 septembre 2011
La raison et la créativité
La raison et la créativité
sont assises sur un banc de pierre dans le jardin. Elles ont décidé
de faire le point sur leur cohabitation.
La raison est toute penaude, la créativité fulmine
et murmure sa colère en gromelot.
La raison : Mais tu sais, moi je ne veux
pas t'empêcher de vivre, je ne demande qu'à te faire de la
place. Si je te perturbe ce n'est pas volontaire de ma part !
La créativité : non, mais
je rêve ! C'est toi qui dit ça alors que tu envahis l'espace
à longueur de temps : et que j'te prévois les heures et
les jours à venir, et que je t'anticipe ce qui va se passer, et
que j'te calcule et planifie les actions à mener, et que j'te maîtrise
tout ça à la baguette !! et si jamais il y a un loupé
on en rajoute pour revenir au prévisionnel initial !
C'est pas dans mon intention de te mettre sur le flanc mais je voudrais
te faire comprendre que j'étouffe, je pue l'air vicié, je
m'affadis jusqu'à ne plus pouvoir aligner un mot, un pas ! Je sens
que je vais devenir grabataire ! Tu vois comme c'est grave !
La raison : Non, je n'avais pas réalisé
que c'était si grave. J'avais bien vu ton silence mais je me disais
que c'était passager et que tu ferais un retour d'autant plus fulgurant
et nouveau.
La créativité : Je crois
que tu n'y es pas. Ca fait longtemps que ça dure cette sensation
de dessèchement comme si je n'avais plus la possibilité
d'accéder à la bouteille d'eau tellement tu règnes
en maître sur notre territoire.
La raison : Je suis sincèrement
désolée et triste de cet état de fait
Mais
le pire c'est que je ne vois pas ce qu'il faut faire.
La créativité : Je ne sais
pas non plus
Mais c'est déjà bien qu'on en parle.
On va pouvoir examiner de plus près ce qui se passe et se donner
des exemples concrets.
Tiens un exemple concret : pourquoi est-ce que tu remplis ton agenda comme
une folle jusqu'à ce qu'il n'y ait plus un seul interstice pour
s'ennuyer un peu et me laisser prendre quelques initiatives ? Tu sais
qu'il me faut du temps avant de surgir de ma léthargie et
c'est vrai
je suis peut-être un peu flegmatique parfois
Je ne sais pas
La raison : Oui ! Mais m'ennuyer, moi,
ça me fait peur. J'ai envie de voir des gens, d'agir, de faire
des projets, de caler des rendez-vous, d'avoir une vie pleine quoi ! En
plus j'ai toujours en ligne de mire le fait que ma vie a une finitude
et que chaque minute qui passe m'en rapproche...
Est-ce que tu crois vraiment que c'est une fuite, une addiction !!
La créativité ; Oui en partie.
Je dirais à vue de nez que tu pourrais réduire ton activisme
d'un tiers, ça devrait me donner du souffle déjà
!
La raison : Ca va être dur, mais
je suis prête à essayer surtout si tu me fais participer
à ce que tu entreprends toi.
La créativité : Ce n'est
pas une question de participer ! Bien sûr que tu peux être
là quand j'ai un petit espace pour vivre. Mais surtout ce que je
te demande c'est d'avoir confiance en moi et en ma différence.
Un exemple pour te faire comprendre : Je ne suis pas productive comme
toi, du moins en apparence, moi c'est plus du gratuit, ce sont des petits
riens qui me font chanter, vibrer, être émue, aimer
La raison : Oui je comprends et je crois
même que je t'ai aperçu dans ce que tu décris, mais
je ne pensais pas que je te gênais à ce point là.
La créativité : Alors maintenant
si je t'ai convoquée ce n'est pas seulement pour se rafraîchir
les fesses sur un banc de pierre, c'est vraiment pour te demander de me
laisser du temps pour essayer des trucs nouveaux parce que je tourne en
rond comme un lion en cage.
La raison : Oui vas-y !! Dis-moi ! Tu
veux essayer quoi ?
La créativité : Ah non !
ça c'est mon affaire. Je n'ai pas du tout envie que tu m'observes
et que tu donnes ton avis pour un oui ou pour un non. Alors tu t'éloignes
un bon moment et tu me lâches les baskets. Et quand on se croise,
tu évites s'il te plaît d'émettre des jugements dubitatifs.
Tu me laisses " perdre mon temps " comme tu dis. Je te signale
que toi tu ne gagnes pas ton temps et que de toute façon tu le
perdras un jour ton précieux temps.
La raison : Écoute !! Tu me déroutes
mais je vais faire de mon mieux et on se redit des nouvelles dans deux
semaines. OK ?
La créativité : D'accord
et entre les deux, quitte à perdre quelque chose, tu peux perdre
ton agenda !
MFO
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" Plumée d'encre, ce qu'on peut prendre d'encre avec une
plume pour écrire "
Nouveau dictionnaire encyclopédique universel illustré,
Jules Trousset (dir.), tome 4, La librairie illustrée, 7, rue du
Croissant, Paris, 1875

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18 mars 2011
Un moment qui
a compté
Il faisait beau, beaucoup trop
beau, le ciel bleu, beaucoup trop bleu, sans aucun nuage. La route était
large, trop large, j'aurais préféré un ciel bas et
gris plus fermé, plus enveloppant. J'aurais préféré
un petit sentier étroit bordé de haies. Cette immensité
me paralysait, ce ciel bleu était froid, il y avait beaucoup trop
de lumière, trop de luminosité. J'aurais voulu qu'il fasse
plus sombre. J'étais pétrifiée, le cur s'emballait
et les picotements dans l'arrière du cou s'amplifiaient. Je ne
me sentais plus maître de mon volant. C'était une angoisse
qui surgissait, elle était plus forte que moi et elle me tétanisait.
Le moindre mouvement pour continuer ou même pour arrêter,
étrangement me paraissait extrêmement dangereux. Cette immensité
plate et large semblait vouloir m'entraîner et me tirer dans un
gouffre.
LB
Comme d'habitude, je commençais ma journée
avec en tête un emploi du temps et, voilà un appel : "
j'ai le bourdon est-ce que je peux passer te voir, j'ai un bus en début
d'après midi ". J'ai répondu : " mais viens donc
déjeuner avec moi, il me reste quatre galettes d'hier je t'attends
".
Juste le temps de préparer un plat de pommes cuites.
Ce repas partagé fut un régal, et après, marche à
pied en campagne, ce qui nous a permis de faire la connaissance de jeunes
ânesses dans leur enclos qui sont venues vers nous et là,
nous avons pu les caresser et enfoncer nos mains dans leur pelage d'hiver
hirsute et dru.
Elles nous ont suivies jusqu'à la limite du pré. Le ventre
rond et bas de l'une d'elles laissait prévoir une naissance prochaine.
Rencontre de plusieurs solitudes et moment de partage en toute confiance.
MH
Quand je regarde, au dessus de mon lit, ce tableau de
Cornélius intitulé Le baiser,
que je vois cet homme enlaçant cette femme dans un tourbillon orangé,
en dehors du monde, c'est comme si je sentais sur ma peau la fraîcheur
de l'air, que j'entendais le vent. Et cela me ramène à l'Italie.
Je me revois à cette fenêtre dans le petit matin attendant
Jean désespérément. Avait-il réussi à
passer la frontière par la montagne ? Je n'étais pas à
l'adresse indiquée car il n'y avait plus d'hôtel à
cet endroit. Comment allait-il me retrouver ? Et soudain, il apparaît
dans mon champ de vision l'air épuisé, il ne m'a pas vu,
je l'appelle, il n'entend pas, il s'éloigne. Je descends rapidement
l'escalier, sors dans la rue, cours après lui, l'appelles. Il se
retourne et je me retrouve dans ses bras, hors du monde, comme dans le
tableau de Cornélius.
MJ
Je m'étais inscrite à ce stage de cinq
jours dans un lieu sublime, hors du monde. La consigne était de
ne pas parler du tout. Faire silence, tel était le propos. Finis
les blablas, les " passe-moi le sel ", " d'où viens-tu
? qui es-tu ? que fais-tu ? "
Le regard prenait de l'ampleur dans les rencontres. Le brouhaha intérieur
enflait parfois à s'en boucher les oreilles. Cependant au fil des
jours, les temps de contemplation aidant, le silence se fit en moi de
plus en plus souvent.
Puis vint le temps de conclure. Quelle surprise finalement d'entendre,
lors du repas de clôture, la voix de ces gens rencontrés
en silence. Harmonique, décalée, musicale, dissonante, surgissement
d'un point de vue sur l'autre tout neuf. À travers la voix, les
mots ont pris en moi, après ce mutisme consenti, une réelle
présence vibratoire.
Oui, au commencement était le Verbe, je l'expérimentais
ce jour-là avec ravissement.
MD
Sous un crachin glacé, dans les années
60, nous effeuillions les choux pour alimenter les vaches et génisses.
Avec mes parents, nous avions un sac de phosphate plié en deux
pour nous protéger, très faiblement, de la pluie froide.
Nos mains étaient gourdes et nos vêtements trempés.
Nous avions hâte que cela se termine pour rentrer à la maison
afin de nous réchauffer et nous sécher au coin de la cheminée.
Nous goûtions, aussi, un café au lait bien chaud. Judith,
notre jument, partageait notre inconfort mais attendait, stoïquement,
avant de regagner, elle aussi, l'abri dans son écurie.
Ce soir, à l'atelier d'écriture, nous vivons en pleine conscience
en rentrant en nous même avec les cinq sens. Le partage entre nous
sera riche d'émotions. L'instant présent sera notre bonheur.
Et, comme dans une auberge espagnole, chacune y apportera son présent.
JC
Février
2011
Interview
imaginaire...
" Ami des
SIVRES ET DES LOURCES bonsoir et bienvenue à notre cinquantième
rencontre autour de l'écriture. Notre invitée de ce soir
est une très vieille dame toute jeune encore, en fait on ne sait
pas quel âge lui donner. Elle a au bout de sa plume des millions
de mots. On peut dire d'elle qu'elle ne tarit pas depuis la nuit des temps
et que cela ne semble pas prêt de s'arrêter. Je me tourne
vers elle avec déférence et émotion, Rachel Fécondité
bonsoir ! "
" Bon soir "
" Merci d'être venue de si loin pour être avec nous ce
soir Rachel. Je voudrais en premier lieu vous dire mon admiration puis
vous demander de nous parler de ce mystère qui vous accompagne
"
" Pardonnez mon embarras mais je ne vois pas ce que vous voulez dire
par mystère, je suis claire comme une eau de source vous savez.
Ce qui est fécond est simple, si simple que parfois les hommes
n'y attache pas d'importance. Je suis petite, pas plus grosse qu'une graine
de sénevé, et cela vient, cela grandit et prend forme partout,
dans la terre, dans l'esprit, partout
"
" J'entends bien ce que vous dite Rachel mais il me semble que cela
relève tout de même du miracle
"
" Oh non monsieur, vous n'y êtes pas, prenez un pollen, un
papillon passe l'emmener se promener et voilà, c'en est fait d'une
pomme. Prenez une lettre même minuscule, qui en rencontre une autre,
ça y est, le poème est là. Prenez une parole toute
vraie, elle tomme sur une enclume et un marteau et elle est un oui à
la vie
"
" Vous me laissez pantois Rachel, je ne sais que dire, les invités
de notre émission vont-ils comprendre ? "
" Ne vous en faites pas mon ami, acceptez de n'avoir pas de réponses
telles que vous les attendiez et le fécond germera
"
" Mais Rachel
"
" Bonsoir "
MLJH
" Nous sommes quelques uns, réunis aujourd'hui, pour mieux
vous cerner, sur cette plage où la mer et l'horizon nous permettent
de vous cerner cher INFINI. Vous nous dites être sans limite et
pourtant notre regard terrestre aimerait vous emprisonner dans un espace.
Aussi, ce soir, nous essaierons de mesurer, de déterminer, de limiter,
d'enfermer ce que vous refusez, car, est-ce possible de ne pas avoir de
début et de fin ? Pour commencer, comment vous situez-vous dans
notre monde ? Votre petitesse m'effraie, vous ne voyez pas plus loin que
le bout de votre nez, alors que l'immensité de la galaxie est superbe,
je vous invite à voyager avec moi. Comment faire pour que l'on
vous reconnaisse ? "
" Je porte un pantalon sans fin, quant à ma chemise, quelques
pans sont de la couleur des nuages, vous ne pourrez jamais me saisir dans
ma totalité. "
" Justement, n'êtes-vous pas seul dans cet espace ou personne
ne peut vous voir en entier ? "
" Bien sûr que non, je rencontre tous les siècles, j'ai
bien connu Charlemagne qui vous permet d'écrire aujourd'hui, j'ai
entraperçu Dieu
mais je ne me suis pas arrêté,
je souris aux scientifiques qui pensent connaître la vérité,
je virevolte autour du soleil, de la lune, des astres, mes relations sont
inépuisables
"
" Vous vous reposez parfois ? car sans début ni fin, vous
êtes toujours actif ? "
" Oui, j'aimerais, comme vous, pouvoir terminer une entrevue, arrêter
devant un paysage, mais je m'étire, je m'étends, je file,
je m'e f f i l e
"
" Mesdames, Messieurs, nous allons rendre l'antenne, car notre invité
s'est volatilisé, nous avons perdu le contact. Merci d'être
venu pour témoigner de la difficulté de définir l'INFINI,
de le cadrer, le posséder, le limiter. "
MML
" Nous voici sur la place
WXYZ où les manifestants sont réunis avec des banderoles.
Les chars se pressent un peu partout, j'ai réussi à me faufiler
dans une petite ruelle entre deux maisons avec Mademoiselle Révolution
qui a accepté de me parler, mais pas trop longtemps, car elle est
très occupée ces temps-ci. Et cela dans le cadre de notre
émission Avec qui voulez-vous parler aujourd'hui ? "
" Bonjour. Je suis heureuse de vous avoir en face de moi. Vous semblez
particulièrement en forme, vive et pétillante. Comment vous
définiriez vous ? "
" Vous savez, j'ai plein de casquettes. Ne vous fiez pas seulement
au cadre où vous me voyez aujourd'hui. "
" Pouvez-vous être plus précise ? "
" On m'a traitée quelquefois de culturelle, d'industrielle,
pourquoi pas ? On parle même de moi quand la terre tourne autour
du soleil. J'ai à voir aussi avec les astres. "
" Oui, mais là aujourd'hui, j'attends plus de vous, que vous
me disiez comment vous vivez. "
" Vous savez, c'est au cur de chacun que je m'adresse. On peut
me dire personnelle et j'en suis très fière. C'est sans
doute sous ce titre que je me reconnais le mieux. Là, d'ailleurs,
je suis discrète. Mais il est des moments, où je deviens
très expansive, apportant l'espoir, rêvant de liberté,
comme vous me voyez aujourd'hui. "
" Peut-on savoir quels sont vos projets ? "
" Je me souviens des très beaux moments que j'ai vécus
chez vous, il y a bien longtemps. Aujourd'hui, je me sens très
bien sur cette terre africaine où je pense continuer à voyager
un peu. "
" Que pensez-vous de ce qui reste après votre passage ? "
" C'est vrai, il peut m'arriver d'être violente, je bouscule
tout sur mon passage, mais c'est mon rôle et ma façon d'exister.
Rassurez vous, je ne fais que passer, comme un souffle, mais on se souvient
de moi et j'en fais rêver plus d'un. "
MJ
" Je reçois ce soir
la fille d'un acteur célèbre. La fille de notre très
connu désordre est l'organisation.
Nous sommes en plein milieu de la foire de l'innommable sous un radieux
soleil. Pour notre cinquième émission consacrée à
" chaque chose à sa place " une première question
me vient : "
" Comment se fait il que vous ne soyez pas mieux connue ? "
" A vrai dire j'ai parfois le sentiment que certains n'ont jamais
entendu parler de moi. "
" Comment mener une action à son terme sans vous ? "
" Oui bien sûr je comprends votre étonnement. Mais vous
savez tous ne cherche pas à mener des actions. Beaucoup savent
bien que d'autres agissent pourquoi iraient-ils contrarier ceux qui sont
en si bon chemin ? "
" Oui mais ne pensez vous pas que la charge est un peu pesante pour
ceux qui seuls se trouvent comme une lourde locomotive à vapeur
tirant derrière elle des wagons qui dès qu'elle arrête
de les tirer de toutes ses forces s'arrêtent net ? "
" Mais personne n'oblige qui que ce soit à tirer quoi que
ce soit ! "
" Je vous sent un peu défaitiste. Un peu comme si vous sous-estimeriez
votre importance. Réalisez-vous que certains ne peuvent se passer
de vous ? "
" Oui je sais. Malgré les apparences j'ai de nombreux amis.
Ceux avec qui je suis le plus à l'aise c'est ceux à qui
personne n'a jamais parlé de moi et qui semble pourtant me connaître
dès leur naissance. C'est comme un don. Jamais ils n'ont même
entendu mon nom et pourtant ils me respectent. Parfois c'est même
un peu trop
Je suis fière lorsque l'on fait appel à
moi, mais j'aime aussi pouvoir souffler
"
" Peut-être voulez vous dire que dans la vie il faut laisser
un peu de place pour la fantaisie ? "
" C'est un peu cela
IL ne faut pas tout prendre au pied de
la lettre. Il y a des règles à respecter mais il faut oser
parfois les adapter à soi. "
" Contourner les lois en quelque sorte ? "
" Non ce n'est encore pas tout à fait cela. Mais voyez-vous,
ne vous est il jamais arrivé de ne pas savoir entre deux actes
importants qui se présentent au même moment lequel est vraiment
le plus indispensable des deux ? "
" Si bien sûr. Il n'est pas toujours facile de choisir entre
deux émissions intéressantes
"
MTC
" Bonsoir, nous sommes, comme
chaque mois, en direct depuis notre studio pour cette heure d'échanges
avec un invité de choix pour notre Pensées Libres ".
Musique du générique.
" On vous oppose trop souvent à votre partenaire de jeu, votre
presque jumelle, jamais sans elle, expiration - inspiration. Ce soir j'ai
choisi de vous rencontrer seule, en ce début de printemps, pour
laisser place à l'esprit, l'imagination plutôt qu'à
la fin que nous associons trop souvent à votre partenaire. "
" Oui, bonsoir
euh
attendez, je reprends mon souffle.
Non, je ne sais pas. Pourquoi vous nous associez comme cela. C'est un
peu restrictif d'entrée de jeu, car pourquoi ne pas me faire intégrer
la vaste famille spiration, avec tous ses trous, spires, spirales, qui
n'en finissent pas de m'étourdir. Transpiration aussi comme la
trans sibérienne ou le trans Europe express qui toujours nous incitent
à regarder plus loin. Un spiration, deux spirations, trois spirations
cela ne finit pas
C'est cela, j'aime ce lien avec le plus grand
que moi, l'immensité, l'au-delà. Bon je m'égare,
non ? N'hésitez pas à m'arrêter si je divague. "
" Restons un peu concret oui. Pourquoi ce léger vent qui vous
suit partout ? "
" J'ai besoin d'air voyez vous. Imaginez-moi sans R - INSPIATION.
J'aurais l'air de quoi ?
L'air me ramène au grand large d'où je viens. "
" Oui. D'où venez-vous ? Votre anglais est sans accent, je
vous croyais pourtant française. "
" Je viens d'un pays où il ne pleut pas. Quand je te regarde,
d'aussi loin que je me souvienne il n'y a que toi, et moi. Vague à
l'âme, vague dame, duchesse des immensités sans nom, je vais
parmi les hommes à la rencontre de l'inspiré. Ma langue
est celle du cur, sans accent sinon le circonflexe qui me protège
du soleil. "
" Vous protéger. Je n'imaginais pas cela de vous. "
" Mon pauvre petit monsieur, quelle étroitesse, quelle petitesse.
Où est la poésie dans votre pauvre libre pensée ?
Pardonnez-moi mais rien ne m'arrête, rien ne me retient ni ne restreint
mes possibles. Me protéger
Ce n'est qu'un jeu
un jeu
de mots
"
" Vous me tendez la perche, merci. Jouons alors. Il est temps de
prendre une question d'auditeur. Ah, c'est une auditrice me dit-on. Madame,
inspiration vous écoute en direct de " Pensées libres
" vous pouvez poser votre question. "
" Bonsoir et merci de prendre ma question. Moi de l'air j'en ai un
peu aussi mais cela ne suffit pas à soutenir ma vie. Je fais de
l'asthme en plus alors là
"
" Madame, merci de poser votre question. "
" Oui. Alors, inspiration, je vous admire beaucoup ; ce laisser être
qui vous caractérise, j'aimerais bien y arriver. Pouvez-vous me
donner un petit truc pour être un peu plus libre ? "
" Lâchez-vous ma petite dame. Soufflez, oui tout est dans le
souffle. Il faut vider, vider vos poumons, faire le vide. Oui c'est cela.
Souffler pour laisser le neuf de l'inspir venir en vous, assouplir vos
méninges, vous exercer. Lâchez la bride à vos pensées,
oser être. "
" Merci, c'est pas facile d'être. Je vais essayer. Merci. "
" Avoir ou être, c'est toujours la question. Nous y réfléchirons
ensemble dans un mois avec notre prochain invité que vous découvrirez
alors. Un mot pour conclure, inspiration. "
" Merci. Bonsoir. C'est déjà fini. J'avais tant à
dire encore. Mais bon il faut laisser la place aux infos paraît-il.
Pas très inspirés là les causeurs. Ils feraient bien
de s'aventurer dans les joies sans pareilles de l'abandon total aux mots
qui nous submergent en un flot incessant
"
" Merci Madame, merci. Il est temps de nous quitter. "
" En un flot incessant. Et ma barque s'embarque. Sur les baraques
imbriquées. Dans les villes noires de ce tourment mélancolique
qui... "
" Coupez. Coupez. "
Off : " désolé, vous êtes intarissable, l'antenne
est rendue. "
On entend inspiration qui n'en finit pas d'aligner des mots
Poésie sans fin qui jamais ne s'arrête attendant un pèlerin
inspiré à envahir, un écrivain fatigué à
soutenir, un
.
MDB
Janvier
2011
Comment rater
...
Une séance de psychothérapie
:
Arriver le sourire aux lèvres en disant
: la vie est belle, tout va bien !
Et vous ?
Arriver en pleurant tellement que vous n'arrivez
même plus à parler et cela dure, dure ...
Arriver avec un quart d'heure de retard, essoufflée, toussant,
au bord de la crise d'asthme, avec impossibilité d'aligner trois
mots cohérents.
Vous mettre à parler de la pluie et
du beau temps, enchaîner sur le réchauffement climatique,
la déforestation ...
Venir avec votre petite souris apprivoisée
et lui parler en ignorant le thérapeute.
Apporter votre carton à dessin et
vous mettre tranquillement à faire le portrait du thérapeute.
MJ
Une rencontre
importante :
en oubliant le rendez-vous ou si possible en perdant les informations
sur ce rendez-vous, l'heure, le lieu exact...
En cherchant, au moment de partir les clés de la voiture, puis
en constatant quand je les ai retrouvées que je suis sur le réserve
d'essence...
Que la station service où je fais le plein habituellement est hors-service
pour cause de grève...
Alors là, je suis en panne de sens, toute sens dessus-dessous,
incapable d'aller au-devant de cette rencontre importante...
Mais, c'était quoi ou peut-être c'était qui, cette
rencontre importante ?
Finalement, je me rends compte que ce n'était pas si important
de rencontrer quelqu'un de si important, car toute rencontre est importante
même si je ne la qualifie pas comme cela.
Au bout du bout du compte, j'ai fait une découverte ou j'ai dû
rater un épisode mais comme la vie est un feuilleton, je me rattraperai
demain...
JL
Un rendez-vous
amoureux :
De toute manière je ne vais pas au bon endroit. Un quart d'heure
après le moment du rendez-vous, je ferai son numéro de portable
et lui demanderai si je dois poireauter encore longtemps.
Je le connais, il va être à l'heure, il sera sur le lieu-dit.
Il essayera de me persuader que c'est lui qui attend. " Non c'est
moi, ça fait une demi-heure que je suis là dans le froid.
En plus il neige c'est pour cela que tu ne me reconnais pas. Je suis couverte
de neige ! "
Comment peux-tu être couverte de neige ? Moi j'ai bien trop chaud
! Depuis que je suis sorti de l'aéroport de Dakar, je transpire
!
Que fais-tu là-bas, tu m'as donné rendez-vous au lac d'Annecy.
J'ai cru comprendre que nous allions aux sports d'hiver !
Bon nous nous sommes mal compris, je prendrai l'avion demain, j'adore
la neige !
Le lendemain je vais l'attendre à Lyon Saint-Exupéry : "
Il fait bien trop froid ici, nous ferions mieux d'aller dans un pays chaud
" maugréais-je.
On ne saura jamais comment cela s'est terminé
!
MTC
Le dessin d'un petit pois :
En prenant une boite de crayons de couleur et en retirant le vert puis
le jaune et le bleu qui font aussi du vert.
En dessinant " Les demoiselles d'Avignon ", pensant qu'ainsi
se serait surréaliste en même temps que cubiste.
En lisant le Guide Vilmorin et en laissant tomber sa tasse de café
à la lettre P.
En décidant d'utiliser une balance Roberval trouvée à
la brocante et n'ayant plus que le Kg, le Dg et le Cg.
En dessinant une grosse citrouille car on pense que la personne à
qui on offre le dessin est myope.
En voulant dessiner un pois d'un rayon de Pi puissance 10 alors qu'on
a plus qu'un petit bout de bristol.
MLJH
Ma couleur de cheveux :
Pour rater une couleur de cheveux, vous prenez une truelle de maçon
que vous nettoyer au préalable - le ciment doit être entièrement
ôté - elle vous servira pour faire les raies.
Ensuite, vous prenez un bol dans lequel vous cassez un uf, vous
versez de la levure de bière (très bon pour les cheveux
frisés), une pincée de terre de votre jardin, celle qui
est bien noire, car n'oubliez pas que vous faites une couleur
et
vous délayez avec un bon vin rouge, le Pomerol, mais il est très
cher et vous n'avez sûrement pas les moyens
. donc un autre
de votre choix.
Délicatement, vous versez cette mixture sur votre belle chevelure
(votre fierté), je vous promets un ratage primé au concours
des " meilleurs loupés " de la planète.
MML
Si on me
parle...
De la première fois que
j'ai vu la mer sans être en vacances je pense à ce jour de
1992 où je suis allée à la sous-préfecture
de Saint-Nazaire. Quoi que laissant ma 4 L à ma fille il me fallait
faire le changement d'adresse de la carte grise. Sortant de là
je continue jusqu'au bout de la route. Et là
devant moi se
trouve
l'Océan. J'étais venue là pour une démarche
administrative et je vois cette immense étendue d'eau. Qui sait
? Quelqu'un ayant une vue excellente ou de bonnes jumelles arriverait
peut-être à voir l'Amérique ? En tout cas je
suis étonnée
La mer c'est réservé aux
vacances ! Elle ne peut pas être là
tout le temps
là
si proche ! À quelques kilomètres en
voiture ?
MTC
Si on me parle d'excitation, de fierté,
de sentiment d'exister dans le cur de mon père, je pense
à ces moments avec ma sur et mon père dans la mer
à St Brévin.
Notre père infiniment patient passait beaucoup de temps à
nous apprendre à nager, en nous tenant sous le ventre d'abord puis
sous le menton. Longtemps après (me semble-t-il) il ne mettait
plus qu'un doigt sous mon menton.
Jusqu'au jour tellement exaltant où j'ai fait au moins dix brasses
pour le rejoindre à plusieurs mètres de là où
j'étais.
C'était trop d'émotion et comme j'étais restée
en apnée, j'ai éclaté en gros sanglots alors que
j'étais tellement heureuse de mon exploit.
Quelle victoire de débrouille et d'autonomie !
MFO
Si on me parle de
liberté, de libre choix, je pense à la période très
animée de l'après 68, de la loi de Simone Veil qui a été
un moment riche en histoires, en amitiés, en réflexion ;
où tristesse et gaieté se mêlaient et où, malgré
les épisodes de vie assez durs pour certaines d'entre nous, une
étoile brillait : l'espoir d'une vie maîtrisée.
M.M.L.
Si on me parle d'informatique, je me souviens
de ce stage de formation pour débutant, c'était juste après
le décès de quelqu'un qui avait partagé ma vie très
longtemps, je faisais l'apprentissage d'une solitude insurmontable et,
cependant il me fallait trouver une raison pour continuer la route.
M H
Si on me parle de pâté de lapin,
ce sont ses mains que je revois qu'elle enfouissait dans la viande hachée
menue, salée et poivrée. Elle pétrissait longuement
puis, ce qui me dégoûtait quelque peu, portait son index
à sa bouche et goûtait.
La première fois que j'ai fait un pâté de lapin maintenant
que j'y repense, c'était après la mort de ma mère,
enfin je crois. En tous cas même si je reconstitue après
coup, il me semble que cela est vrai. Elle en faisait une à deux
fois l'an et tout le monde disait que c'était bon en un silence
engourmandé.
Lien culinaire en apparence qui me la fait revivre en une pensée
douce. Une résurrection qui s'en retourne à l'enfance. Puis
je reviens à mes mains qui sont elles aussi à pétrir.
Pour ne pas rester dans la mort du passé, j'y mets une rangée
de pruneaux au centre : ainsi c'est le mien après avoir été
le tien, vois-tu ma mère ?
MLJH
Si on me parle de tristesse, je me revois
chez mon frère et ma belle soeur, parent d'un petit garçon
atteint de la maladie bleue, qui est mort à 10 mois. Comme c'était
injuste, mon frère avait déjà perdu sa mère
lorsqu'il avait 7 ans. Puis naquirent Claudine et Christian. Ce dernier
est né 5 ans, jour pour jour, après son frère aîné
et 300 ans, toujours jour pour jour, après Pierre C
, un ascendant
de la 11ème génération né à Rouans
le 06 juillet 1663.
J.C.
Si on me parle de fierté, de plaisir,
je me retrouve à 13 ans dans cette salle de bal où je suis
venu avec mes parents pour le mariage d'une voisine. J'ai déjà
dansé un peu avec les copines pour m'amuser, mais c'est la première
fois que je vais à un vrai bal. Mon père me fait danser.
Il est grand, beau. Je suis fière de lui, fière d'être
dans ses bras. Il me guide d'une manière solide et rassurante et
je ressens le plaisir de sentir mes pieds, mon corps suivre le rythme
de la musique.
M.J.
décembre
2010
Lettre à
Ma chère discrétion,
Te souviens-tu de nos lointaines amitiés?
Tu m'accompagnais chaque jour pendant les repas en particulier en présence
de plusieurs personnes. Quand mes frères et mon père étaient
là.
Notre lien se renforçait quand quelqu'un venait à la maison
ou quand rarement nous allions chez des gens.
Je n'étais pas seule puisque tu étais là au plus
profond de moi, tu me parlais beaucoup mais sans un bruit.
Tu étais sûrement une contrainte mais nous avons appris à
bien nous entendre et à tirer profit l'une de l'autre.
Avec toi les risques diminuaient.
Tu me protégeais.
Tu me permettais d'écouter, de réfléchir et de comprendre.
Tu me permettais d'avoir un monde un peu à part et de me construire
par moi-même.
Tu me permettais de regarder les autres et de me faire une idée
de ce qui se passait.
Tu me permettais d'être attentive aux autres et de les comprendre
un peu.
Tu me permettais de gagner la confiance de personnes que j'aimais.
Je souhaite que tu ne me quittes pas car
tu fais partie de moi.
Je souhaite cependant que tu me libères parfois, que tu prennes
un peu de distance quand j'ai envie de te laisser un peu, quand l'envie
d'exprimer devient plus forte que l'envie de rester discrète.
EB
Ma chère Bienveillance,
Depuis longtemps j'aurais dû
le faire ! Enfin je viens te remercier d'avoir si souvent été
là avec moi. Déjà enfant lorsque Maman me préparait
une tisane quand j'étais un peu malade
Et plus tard les sourires
de tous ces enfants autour de moi, la gentillesse des collègues.
Et tous ceux qui admiraient ma patience ?
Maintenant encore je sens que tu es toujours à mes cotés.
Tu me demandes de t'imiter ! Saurais-je le faire sans me limiter ?
Si nous les humains nous saurions t'ouvrir les portes, te laisser rentrer
dans tous les curs
que de bonheur tu nous apporterais. Chacun
aurait autour de lui d'innombrables petites mains pour le servir : l'une
pour lui amener la joie, l'autre l'Amour, une autre encore la sagesse.
Si nous te laissions plus de place la terre ne serait qu'un immense paradis
!
Ma chère Bienveillance, je sais bien que je ne t'offre pas toujours
l'accueil que tu mérites, mais si tu pouvais patienter encore un
peu j'essaierais de faire de mon mieux. Parfois c'est difficile de faire
comme toi, d'avoir cette compassion toujours avec tous, mais petit à
petit j'apprendrai. Je n'ose pas te promettre fermement de te rejoindre
mais je ferai de mon mieux, c'est promis.
MTC
Coucou Joyeux, coucou le petit nain !
où tu es ? Vous êtes 7 et presque tous pareils, c'est pas
facile de te trouver parmi les autres
Prof c'est celui qu'a des
lunettes, Simplet, il a l'air neuneu, Timide il est derrière, Grincheux
c'est le grognon mais toi joyeux où tu es ? Ah oui te voici ! Je
t'entends, tu ne peux pas t'empêcher de rire, c'est que tu es triste
peut-être : Jean qui rit Jean qui pleure c'est pareil, juste les
deux petits coins de la bouche qui se lèvent ou qui se baissent.
Hein Joyeux c'est vrai ?
Je t'aime, je t'aime mon Joyeux, tu caches bien ton jeu, tu fais pas voir.
Si je t'écrire ce petit mot ce soir
t'as vu le lapsus ? Y'a rire dans écrire mon joyeux, t'as remarqué
? C'est pour te dire bravo petit clown, tu es un drôle de petit
d'homme, enfin un petit homme drôle, drolibus.
Tiens je te prête ma plume à écrire pour chatouiller
les bileux, les stressés, les tristes à mourir, chatouille-les
avec, vas-y mon Joyeux, vas-y, chatouille, qu'ils en éclatent d'écrire !
MLJH
À toi, ma chère écoute,
Je ne sais pas bien d'où tu viens ? Peut-être de désirer
qu'autour de la table des repas à sept, tout le monde soit bien,
une sorte de désir d'harmonie. Il me fallait donc observer et écouter
pour percevoir les tensions, les malaises ou les joies des uns et des
autres. Et puis, tu m'arrangeais bien, car je n'étais pas très
bavarde.
À l'école, tu m'étais vraiment très utile.
Je te dois certainement d'avoir été une bonne élève,
puisque tu me rendais très attentive. Et après dans mon
métier de professeur, tu m'étais d'un grand secours pour
sentir l'élève qui avait des difficultés de compréhension
ou qui n'allait pas bien.
Je t'appelle écoute, je pourrais aussi t'appeler attention à
l'autre. Cela veut dire être là, présente, faire le
vide dans ma tête pour mieux entendre l'autre.
Pour moi, tu es une sorte de quête : aller toujours plus loin, faire
mieux. Mais comme tu me combles !
Tu fais partie de moi. Sans doute, m'empêches-tu quelquefois de
parler, ou justifies-tu mes fuites, mais je souhaite te garder et t'approfondir.
MJ
Chère toi, ténacité,
Je viens de te découvrir alors que je ne te connaissais pas.
Tu étais sans doute cachée derrière mon enfance,
je t'apercevais chez les uns, chez les autres, je les trouvais alors têtus,
voire entêtés, cela ne valait pas la peine - me semblait-il.
Et puis tu as pris possession de moi - à mon insu - et tu m'as
permis de réaliser quelques rêves.
Maintenant que je te connais un peu, tu es une qualité exigeante
!
Comment t'être fidèle sans être autoritaire ? Tu m'obliges
à croire, à argumenter pour te défendre, mais aussi
à te lâcher parfois, car tu m'emmènerais avec toi
dans l'erreur
Quelle expérience et que de frottements avec
les autres.
Tu fais désormais partie de ma vie conflictuelle, et j'aime me
chamailler avec toi afin de me démontrer que je vis.
MML
Très chère douce
heure,
Mais pourquoi t'ai-je choisie pour cette missive ? Sans doute parce que
tu m'as si longtemps manqué, j'ai peut-être peur de te perdre.
Ainsi c'est avec espoir que je m'adresse à toi, comme antidote
espérée à continuer à faire grandir en moi.
Oui, je t'appelle à la rescousse pour lutter contre mes piquants
et autres aspérités d'âme. Car, vois-tu, depuis mon
plus jeune âge mes proches ont chanté pour moi la mélodie
du hérisson qui piquait, qui piquait et qui voulait qu'on le caresse,
mais qu'on ne caressait guère !
Ah douceur, douce heure, tu rimes avec bonheur, bonne humeur, à
la bonne heure. Tu contiens en ton nom même cette présence
du temps qui passe avec sérénité. Tu évoques
en moi la douceur des mains de ma grand-mère, de la soie des petits
sacs parfumés qu'elle mettait sous nos oreillers, la voix feutrée
de ses mots doux murmurés pour apaiser mes pleurs, mon si grand
chagrin qui noircissait mes nuits d'ombres terrifiantes.
Grâce à elle, cette mamie chère à mon cur,
tu ne fus plus si loin de moi et parfois je sentis comme une " transfusion
" d'âme. Oui, je pouvais aussi te cultiver en moi. Et l'autre
jour, magie des générations, ma petite fille me demanda
un massage en me disant : " Tu as la peau si douce Mamido chérie,
si douce
"
Les piquants sont recouverts, un peu
Je n'ai plus besoin de me gaver de bonbons pour savourer pleinement ta
présence autour de moi, en moi
Serais-tu vraiment contagieuse ? Tant mieux !
Alors continues, s'il te plaît, à envahir mon être
pour que, là où je passe, où l'autre croise ma route,
il emporte avec lui un peu de ce doux (doudou) qui manque tant dans la
brutalité des rapports humains aujourd'hui.
MDB
Chère spontanéité,
C'est bien la première fois que je t'adresse ces mots.
Qui es-tu? Quelle place as-tu dans ma vie? Il m'arrive bien de te trahir
avec des tas de bonnes raisons ; il faut voir à quelle sauce je
t'accommode parfois.
Bien entendu, il me manque un peu de lucidité.
D'où viens-tu ? Je crois que ce sont mes parents qui me l'ont inculquée.
C'était alors l'époque d'une vie toute simple à la
campagne - où tous les gens de la commune se connaissaient - et
c'était un point d'honneur pour les personnes de cette génération
: leur réputation en dépendait.
Tu es très importante car tu comportes : la bonne foi, la loyauté,
l'honneur, le bon sens, l'impartialité.
Enfin, tu es une règle pour toute la vie, mais je le reconnais
pas très facile à appliquer.
Si j'ai un souhait à formuler c'est bien que je continue à
te mettre en pratique jusqu'à ma fin de vie, sans compromission,
mais que je sois lucide et réfléchisse un peu plus avant
d'agir.
MH
Cher bon gestionnaire,
Dans la prime enfance, avec l'insouciance, c'est un domaine qui n'existait
pas encore. Mais très vite, à l'école où il
fallait, à tout prix, arriver à l'heure, je quittais la
maison de bonne heure pour faire le trajet en vélo. Mes parents
me réveillaient à heure fixe. Pendant les vacances, c'étaient
les travaux aux champs pour aider : ceux-ci variaient selon les saisons.
À l'époque, tous les ouvrages s'effectuaient manuellement
ou presque.
Ce fut une gestion, en obéissant aux lois de la nature, qui se
perpétua durant ma vie active.
Heureusement que j'ai un agenda, un planning pour gérer mes occupations
professionnelles et mes responsabilités, en sachant suivre le fil
d'Ariane : pour remonter vers les années passées et, aussi,
tenter de se projeter vers l'avenir : tout cela dans le respect de l'environnement
et en ménageant au maximum les ressources et énergies fossiles.
Je dois, aussi, gérer avec des imprévus et des choses qui
ne dépendent pas de moi. Je dois être prudent dans les innovations
ou certains projets.
Je souhaite que cette gestion se fasse avec la plus large ouverture d'esprit
possible et, aussi, si possible une vision qui dépasse l'horizon.
Seule une gestion inscrite dans le développement durable, en économisant
les ressources fossiles et en utilisant les énergies renouvelables,
permettra aux générations futures de vivre dans un environnement
sauvegardé.
JC
novembre 2010
Les p'tits bonheurs
du quotidien
Chaque matin est un appel à
la vie avec les chants d'oiseaux, la végétation qui évolue
avec la saison
Ce sont les floraisons des arbres fruitiers au début du printemps,
puis d'autres arbres, arbustes, végétaux, plantes prennent
le relais pour un cycle qui se déroule sur une année, avec
au fil des saisons et du temps, les fruits qui grossissent puis mûrissent
Ce sont les naissances des agneaux lorsqu'elles se déroulent sans
encombre. Les nouveaux nés se mettent sur pied dès le premier
jour avec, toutefois, des aplombs mal assurés pour commencer
Ce sont les odeurs des fleurs qui exhalent leurs parfums dans leurs proximités
C'est la chienne qui vient quêter des caresses
C'est la pluie qui revivifie la végétation après
une période de sécheresse
Ce sont les rayons du soleil qui viennent me réchauffer
JC
Du matin au soir, où sont donc ces petits bonheurs du quotidien
dont on ne cesse de nous rebattre les oreilles.
Chacun a les siens, j'imagine !
Les miens souvent, je n'y pense pas et pourtant ...
C'est le petit déjeuner, mon petit déj. dans le séjour
au soleil devant le jardin plein de fleurs, la table encombrée
de livres que je lis ou relis et dans lesquels parfois même je prends
des notes car ils m'inspirent...
Puis plus tard, c'est la promenade à bicyclette lorsque je vais
chercher le pain au bourg en passant par la plage pour voir si "
la mer est toujours là" : alors rien, ne presse..., c'est
un chemin un peu plus long, mais quel plaisir de voir et revoir les oiseaux,
la mer : tout bouge plus ou moins bruyamment selon les jours ...
JL
octobre 2010
À la manière de
" Je voudrais pas crever " de Boris Vian...
Je n'voudrais pas crever avant de voir l'avènement d'une ère
sans misère, tous les oiseaux roule-raient en 2 CV et tous les
ânes seraient intelligents
Je n'voudrais pas crever avant de connaître les fonds marins, les
poissons ayant des formes fan-tastiques, notre corps se mouvant dans ce
milieu, de manière naturelle, grâce au procédé
aquana-turatum,
Je voudrais partir dans un élan de joie
..
MM
Je ne voudrais pas partir avec un sentiment d'amertume parce que je n'ai
pas eu le courage de faire telle démarche un peu difficile
Je ne voudrais pas partir à l'état de légume.
Je ne voudrais pas voir partir les jeunes, tant de jeunes, alors que ma
vie semble inutile.
Je ne voudrais pas partir idiote et bornée - campée sur
mes certitudes.
Je ne voudrais pas partir obsédée sur mes problèmes,
alors j'essaie d'écouter les soucis, les peines de me proches,
compatir, et si besoin est leur rendre service tout en plaisantant, pour
ne pas dramatiser leur situation et les faire croire à la vie,
à l'amitié.
MH
Je ne voudrais pas mourir sans avoir vu comment tout cela va finir.
La prochaine fois qui allons-nous élire ?
Et la fois d'après qui va me le dire ?
Je ne voudrais pas mourir sans les avoir vues toutes les deux grandir,
s'installer dans leur vie et venir me le dire.
Je ne voudrais pas partir avant que vous n'ayez pu lire tout ce que j'ai
à vous dire .
Je ne veux pas mourir, pas maintenant, j'ai encore tant de choses à
finir.
Tant que dans ma tête foisonnent les projets, pitié pas de
rejet !
MTC
septembre 2010
Il s'en écrit des choses à
l'atelier de MFO !
Un
à la manière de " Je voudrais pas crever " de
Boris Vian...
Je ne voudrais pas crever avant
Je ne voudrais pas partir avant d'avoir pris tout mon temps.
Je ne voudrais pas partir suite à un accident, ce serait dommage.
Je ne voudrais pas partir avant d'avoir tout bien rangé.
Je ne voudrais pas partir avant d'avoir encore profité de ces petits
bonheurs de tous les jours.
Je ne voudrais pas partir avant d'avoir effacé encore un peu de
souffrance.
EB
Je voudrais pas crever avant
C'est ça, je ne voudrais pas crever, pas maintenant, attendre encore
un peu avant.
J'ai tant à découvrir, des terres inconnues, des injustices
à réparer, des retrouvailles à espérer.
Je voudrais pas crever avant d'avoir vu le rayon vert sur la mer, en Australie,
la tête en bas et l'eau qui s'écoule à l'envers dans
le lavabo.
Je voudrais pas crever avant d'avoir vu le féminin au pouvoir histoire
de vérifier un peu si, même sur ELLE, le pouvoir pervertit
l'humain, ou pas.
Je voudrais pas crever avant d'avoir vu la fin des énergies renouvelables
et enfin le temps retrou-vé, avant la retraite à 50 ans
et la taxation des revenus boursiers.
Je voudrais pas crever avant d'avoir trouvé un germe de paix en
moi pour que le monde en porte la petite trace.
Je voudrais pas crever avant que les couleurs ne se mélangent toutes
et que sur la surface de la terre le métissage soit la norme.
Je voudrais pas crever avant lui, j'ai pas envie de le laisser tout seul.
Je voudrais pas crever avant que les poules aient des dents et que l'inventeur
du fil à couper le beurre ait la légion d'honneur à
titre posthume, avant la saint Glin-glin
Et de toute manière j'ai pas fini mon tricot alors c'est pas le
moment hein !
C'est qui qui décide ?
MDB
Je ne voudrais pas mourir sans avoir vu le soleil se coucher sur le Fuji-Yama,
sans avoir flâné sous les cerisiers en fleurs de Kyoto, sans
avoir contemplé les jardins zen de Nara. Je ne voudrais pas mourir
sans avoir marché sur les chemins de latérite rouge d'un
village béninois et m'être émerveillée devant
la beauté des visages des enfants. Je ne voudrais pas mourir sans
avoir vécu un grand amour, sans avoir partagé de manière
intime et profonde avec ceux qui me sont chers. Je ne voudrais pas mourir
sans avoir donné ce que j'avais à donner et pris ce que
j'avais à prendre. Mais j'ai fait et vu tout cela. Alors je peux
mourir.
MJ
Je ne voudrais pas mourir sans donner le plus vrai de vrai que j'ai en
moi, car l'ai-je jamais fait véritablement ?
Je ne voudrais pas mourir bêtement, religieusement, cruellement,
vieillardement, machinalement
Plutôt en faisant les choses sérieusement, j'chai pas moi,
en cueillant les mûres, en riant - ne dit-on pas morte de rire -,
en regardant les hirondelles, en buvant d'la prunelle, etc., etc.
MLJH
août 2010
Le grand
élan !!
Au petit théâtre de mon été, il y a une scène
de vie " ordinaire " que j'ai regardée plusieurs fois
avec beaucoup d'émotion. Je voudrais essayer de la décrire
avec exactitude :
Ça se passe au cours de ballades dans les allées d'une station
balnéaire. Je suis en compagnie d'une petite fille de 2 ans et
demi Clara et de sa maman Élise. Clara commence parfois la promenade
par un moment en poussette, elle suce son pouce et semble faire un petit
repos comme en attente. Et tout à coup une énergie semble
la saisir : elle veut sortir, marcher et le fait comprendre. La voici
sur la route, marchant courant ici et là.
Et voici la scène que j'aime tant : Élise s'en va loin devant,
se retourne et dit : " tu viens Clara ! ". Ni une ni deux, Clara
part au quart de tour, sourit, court de plus en plus vite vers les bras
tendus de sa maman. Plus elle s'approche, plus l'excitation la fait rire,
c'est comme si elle courait vers le bonheur total. Puis c'est le grand
moment où elle se jette littéralement dans les bras de sa
maman qui la prend et la soulève à bout de bras vers le
ciel. Clara continue ses éclats de rire, cela semble une expérience
incroyable.
Il y a eu parfois une version différente de la même scène.
Le départ est le même : Élise est devant et appelle
Clara. Même départ fulgurant vers sa maman. Mais sur la route,
sa chaussure accroche un petit obstacle, et c'est la chute, de tout son
long. À peine une seconde de silence de surprise et la petite fille
pleure et crie. Élise est déjà là, tout près,
pour la relever. Elle la prend, lui parle, la console avec ce secret qu'elle
a des gestes qui sécurisent. Ça se calme. Élise dit
: " Montre-moi où tu as mal, on regarde ensemble ". Clara
cherche sur ses mains, ses genoux, ses jambes. Cette fois-ci elle ne trouve
qu'une ancienne éraflure et dit en larmes : " ici bobo ".
Élise lui sourit : " ça c'est un vieux bobo, il est
fini ". Et elle repose Clara par terre, pour d'autres aventures.
Allez savoir pourquoi cette scène ne cesse de me mettre le cur
en émerveillement et me revient avec un cortège de questions
pour l'adulte que je suis :
- mais qu'il est beau cet élan de confiance intact de l'enfant
pour sa mère, qu'il est éblouissant de simplicité
!
- où est-il mon élan de confiance quand je rencontre quelqu'un
qui m'aime ? Est-ce que je me laisse entraîner par son énergie
? Bien sûr je prends le risque de tomber (mauvais moment, incompréhension
),
est-ce que ça n'en vaut pas le coup ?
- et ces vieilles misères que je recycle pour me faire consoler
! Élise a raison, elle sont finies.
- mais comment faut-il s'y prendre : secouer la léthargie qui endort
l'élan relationnel ou bien ouvrir la porte à ce dynamisme
qui nous porte vers les autres ? Ou les deux d'ailleurs ?
Petite Clara, tu me donnes envie de les vivre ces multitudes
de mises en relation avec la fraîcheur et la simplicité d'une
petite fille comme toi.
juin 2010
Un poème
au jour le jour
Faire un poème du quotidien
Prendre la vie comme elle vient
Le ciel est beau ce matin
Il me fait lever le coquin
Prendre la vie comme elle vient
Dans la glace sourire à mon chagrin
Et puis sortir par temps frais
Toucher la vie de près
Serrer des mains
Pour dire les liens
Faire un poème du quotidien
Prendre la vie d'où elle vient
De toi qui gémis regard éteint
De toi qui fait face à coups de poing
De toi que j'entends rire
De toi qui n'en finis pas de partir
C'est toi qui me dis ce poème
Toi qui erres ou toi qui aimes
Faire un poème du tous les jours
Trouver la vie là où elle sourd
Surtout en goûter le cours
Les méandres et les détours
À toi l'enfant qui profite de
l'instant
À toi la femme qui laisse sans cesse filtrer
Des tonnes de bonté
À toi l'homme pressé
Pour la minute de beauté
Quand ton regard s'est arrêté
À ces instants recueillis
Qui sont mon bouquet du soir
Quand arrive le noir
Je dis : merci
Salut mon quotidien, à demain
!
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avril 2010
Une journée d’enfer !
Me
voici, ce matin au garde-à-vous à 7h30, regardant sur ma table
une liste de choses que « je dois absolument faire » :
-
passer au garage
-
refaire ma carte d’identité
-
préparer une réunion
-
téléphoner à un tel
-
acheter un cadeau d’anniversaire,
-
…
liste longue,
que je me propose d’ordonner par ordre d’urgence, avant de foncer tête
baissée au charbon !
Puis vient
me frapper l’image que je vais en effet me précipiter à ma porte, déjà
heureuse à la perspective de rayer plusieurs lignes de ma liste en revenant.
C’est le début de la journée et je suis mentalement déjà arrivée à la
fin ...
Puis-je
m’asseoir un instant s’il vous plaît pour envisager le milieu ?
Et
si, au lieu de pratiquer la redoutable efficacité que je me connais,
c’est-à-dire de faire, de faire et d’en finir vite et bien, si donc je
profitais de ces tâches comme des occasions de relations humaines gratuites.
Si je laissais de la place pour désirer rencontrer les gens sur
mon parcours et apprécier ces rencontres si brèves soient-elles.
Je
pars donc avec ce goût d’un autrement pour effectuer mes démarches en
entretenant même l’idée d’inattendu possible, de surprenant même.
Ce
soir, ma récolte est bonne. Mon envie de connaître celui ou celle que
j’ai rencontré a fait jaillir multitudes de petites phrases, sourires,
rires, écoutes … qui ont transformés ces choses-qu’il-fallait-absolument-faire en une succession de
petits bonheurs :
-
je sors en même temps qu’une voisine (il fait froid … oui c’est vrai …
et c’est parti … justement elle voulait me reparler de sa petite-fille,
la fille de sa fille, qui a 5 mois et qu’elle a gardé le week-end dernier,
elle a même une photo dans son sac, c’est qu’elle a grandi ! Oui
elle est adorable votre petite Madame et c’est chouette de commencer la
journée avec elle)
-
j’ai pris un ado en stop (ce que je ne fais jamais), il m’a raconté sa
vie sur 5 km
(galère au collège, il est à l’école d’horticulture, il s’y plaît, il
est content, me dit-il, d’avoir trouvé un lieu où il peut retrousser ses
manches …) super ! ça donne la pêche à une ex-prof !
-
la dame de la mairie est grognon, son ordinateur ne fait pas du tout ce
qu’elle lui demande. Je m’entend lui dire de prendre son temps que je
ne suis pas pressée. Ce n’est pas mon genre du tout de dire ça !
Du coup elle se détend et finit par oser demander à une collègue malgré
la file d’attente. Me voilà à discuter technologie avec la dame de derrière.
Du stress en moins pour 3 personnes du coup !
-
l’homme à qui je demande un renseignement dans la librairie se met en
quatre pour retrouver le titre d’un livre dont je ne connais que le nom
de l’auteur, tout en m’expliquant comment marchent les recherches sur
son logiciel. Du coup, j’apprend le titre du livre et la façon de le trouver
sur l’ordi du magasin !
-
…
Comment
un désir du matin peut modifier la face d’une journée !
mars 2010
Le
Congrès des Crevettes Grises
Quand j'étais enfant, mon
père m'emmenait fréquemment à la pêche aux
crevettes. Accroupie sur un rocher, je regardais avec éblouissement
la vie grouillante des trous d'eau. C'est ainsi que j'appris la chose
suivante :
Chaque année, depuis des générations sur la côte
de Jade, les tribus de crevettes grises tiennent leur congrès annuel
dans un grand creux de rocher de la Boutinardière. Le Congrès
des Crevettes Grises (CCG) rassemble les crevettes grises de toute la
côte de Quimper à La Rochelle, au moment de la marée
de morte-eau, au début de janvier, quand les pêcheurs ont
rangé leur haveneau.
Les crevettes débarquent par paquets de frétillements et
de galipettes, les moustaches lissées, la queue brossée
en l'air ou coupée à la punk. Bien que la mode en brosse
soit assez prisée chez les crevettes grises (ou boucau), jamais
aucune d'elle n'avait encore osé se faire une mèche rose.
Pourtant on murmurait dans les vagues que le fils de " Boucau Hardi "
avait fait, sans se soucier du " qu'en-frétillera-t-on ",
un stage dans un banc de crevettes roses. Au CCG, on les appelait les
grosses queues roses car c'était la guerre de rivalités
sur la couleur, la transparence, la taille, la vitesse, le tourbillon.
Cette année là, le congrès est particulièrement
fréquenté car la cause est préoccupante : le changement
climatique a fait surgir des problèmes inattendus. L'Océan
Atlantique est monté de 5 mètres et les eaux salées
ont recouvert une bande de 10 km vers l'intérieur des terres.
Il y a donc de nouveaux territoires à occuper, et les grises tout
autant que les roses ont fait des plans sur la comète. Les roses
avec leurs immigrés espagnols veulent établir leur résidence
principale dans l'ex-Pays de Retz car les eaux y sont plus chaudes qu'au
nord de la Loire. Les crevettes grises bretonnes qui ont la coquille ferme
préfèrent les eaux plus fraîches et convoitent celles
de La Turballe et Piriac.
" Boucau Hardi " a justement été élu président
du congrès. Il ouvre la séance dans un grand déploiement
d'antennes.
" Mes chers amis, nos prédateurs principaux, les hommes, nous
offrent à leur insu un espace nouveau. Qu'allons-nous en faire
? Il ne s'agit pas de se disperser et de la jouer perso avec des ambitions
cachés sur de nouvelles immensités comme au far-west ! Une
crevette isolée est une crevette perdue ! Nous vivons par bancs
depuis des siècles et nous continuerons à le faire, foi
de Boucau Hardi !
Cependant, il nous faut envisager une alliance avec les tribus de crevettes
roses pour organiser cette nouvelle occupation des eaux ".
Cette dernière phrase provoqua un bouillonnement des eaux au creux
du rocher car une grande partie des crevettes grises étaient syndiquées
à la cellule " Pour la défense de l'espèce grise ".
Elles ne pouvaient s'imaginer frayer dans les eaux troubles des roses,
ni même côtoyer celles-ci dans leurs déplacements.
Antenne-zen prit la parole, les yeux fixés sur deux au-delà
de chaque côté de sa tête :
" Je pense qu'il faut vivre un cycle de saisons avant d'investir
ces nouveaux espaces, le temps qu'une faune marine s'installe. Puis nous
enverrons ceux d'entre nous qui sont experts en naturologie explorer les
mutations de l'herbe en algues. Car nous ne connaissons pas à ce
jour le monde animal terrien. Nous avons tous aperçu déjà
les puces de sable sur les plages ! Quelle cohabitation aurons-nous ?
Comment ne pas imaginer des bestioles terriennes qui s'adapteront au milieu
marin. La tradition orale nous parle d'animaux de taille surprenante ".
L'assemblée ondulait maintenant calmement. Antenne-zen avait cette
autorité naturelle qui allait permettre à ce congrès
d'aller vers la meilleure issue. On conclut donc sur un accord unanime
avec cette suggestion d'attendre quatre saisons.
Contrairement aux hommes, les crevettes grises ne terminent pas leur congrès
par un verre de l'amitié, mais par une danse collective dans les
flots.
Il s'en suivit donc un spectacle improvisé de toute beauté,
sous les yeux écarquillés d'une petite fille.
mars 2010
Mes amis,
Je vous écris
- d'un atelier d'écriture
- et du bord de l'Erdre
Je sais, certains d'entre vous n'ont pas la moindre idée de ce
qu'un atelier d'écriture peut engendrer de plaisir ou de stress,
c'est selon. J'avoue que moi-même Je suis perplexe.
L'invitation est d'écrire.
Que faut-il pour écrire ?
Auparavant, vous vous souvenez, je vous envoyais ces mails de boutades
surgies d'un instant de création taquine à l'égard
de l'un ou l'autre. Pourquoi ne pas écouter autre chose ce jour
même puisque j'ai devant moi une vue devant laquelle je retiens
mon souffle et que je suis en compagnie d'une bande " d'écrivains
" qui je le devine sont comme moi réjouis par les mots et
le langage.
Permettez que je vous donne un coup d'il sur la grâce de ce
lieu. D'immenses saules pleureurs laissent passer en finesse la lumière
d'un matin déjà chaud. Les larmes de ces pleureurs coulent
jusqu'à la rivière. Oh ! si j avais le don de la peinture,
comme j'aimerais vous peindre ces 5 petits bouts d'herbes au milieu de
l'eau. Comment font-ils pour tenir à 5 cette harmonieuse posture
de danse à laquelle le vent donne un imperceptible mouvement.
Comme Je voudrais vous mettre le son de ce lieu. Je ne sais plus où
donner de l'oreille pour recevoir les chants d'oiseaux même en fermant
les yeux. Certains sont dans les sons très hauts, d'autres donnent
dans un " croua " qui rythme, le fond est un bruit d'eau calme.
Je rêve qu'un jour je puisse dans un courrier électronique
vous donner les mots, l'image et le son en même temps. On n'en est
pas si loin que ça d'ailleurs. Ainsi je pourrais vous installer
là où j'ai passé un moment avec vous.
Je reviens à mon interrogation du début: que faut-il pour
écrire ? Et maintenant ma question devient : que me faut-il pour
écrire ?
a) J'aime bien être en relation quand j'écris comme
si mon écriture devenait plus imaginative et créative si
c'est un acte d'amour à quelqu'un ou quelques-uns.
b) Et puis il me faut du silence, bien plus que je ne le pense
pour faire s'arrêter tous les " il-faut-que, il faudrait-que,
ça-serait-pas-mal-si ", ce brouhaha qui se présente
à moi comme s'il y avait tout d'un coup un carrefour sur ma route
qui me surprend tellement que je prends au hasard à gauche ou à
droite. Et plus tard je m'aperçois que c'est juste ou pas.
c) Une autre condition sine qua non pour écrire gratuitement, c'est
de n'avoir aucune attente sur mon inspiration, car ici même, dans
cette lettre que je vous adresse, je suis pour une part en train de disserter
sur l'écriture. Ce n'est pas l'écriture-élan-direct,
mais c'est une autre forme. Pourquoi pas ? A bas la censure ! Laissons
vivre les désirs successifs.
Je vous écrirai encore d'autres lieux qui diront d'autres élans,
d'autres arrêts, d'autres rencontres. La vie est trop belle !
MFO
mars 2010
La porte-fenêtre
Arthur s'approche de l'unique porte-fenêtre de son appartement.
Il s'appuie doucement sur !a barre du balcon. La tiédeur lourde
de la ville monte jusqu'à lui. Ça circule en bas : c'est
un soir où les gens se promènent pour goûter la longueur
du jour.
Arthur regarde dans le flou le mouvement des passants. Et puis un flash
de présence focalise l'image sur un couple d'Indous, ils sont peu
nombreux dans cette ville d'occident, c'est étonnant d'en voir
ici. Bien qu'ils soient assez loin dans la rue, Arthur distingue les couleurs
en variations d'ocres sur les vêtements de la femme et une bombe
de tissu sur la tête de l'homme. Ça y est, ils ont tourné.
Cette image a mis Arthur en arrêt, puis quelque chose commence à
s'agiter en lui. L'Inde, l'Inde, l'INDE, l'INDE ! ...
Il en rêve depuis sa plus tendre enfance, depuis qu'il a su lire
Darjeeling sur la boîte de thé de l'étagère,
depuis qu'il a trouvé ce nom de ville dans les gros dictionnaires.
Un sachet de thé pour lui est loin d'être une classique infusion
qui peut désaltérer. Darjeeling est une ville entière
de thé là-bas tous les magasins vendent du thé :
en bouquet, en feuille en poudre, en morceaux. Les enseignes des magasins
sont en formes de boîtes de thé ! À toutes les portes
ici on tend un verre ou une tasse, une coupe ou un bol d'un thé
dont le goût laisse admiratif.
Ira-t-il un jour en Inde et plus précisément à Darjeeling
? Partira-t-il vers cet inconnu si loin de sa vie ?
La question vient en doubler une autre dans sa pensée : ouvrira-t-il
tout grand sa porte-fenêtre à ce flot d'imaginaire sans craindre
son étrangeté, son langage, ses gestes ?
février 2010
Le
loup et l'agneau
Il s'agissait d'apporter un texte
que l'on savait par coeur et de passer deux fois en l'interprétant
de deux façons différentes.
J'ai pris une première façon dramatique sur le texte suivant
en essayant de faire monter le drame :
Un agneau se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure.
Un loup survint à jeun qui cherchait aventure
Et que la faim en ces lieux attirait
" Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage "
Dit cet animal plein de rage
" Tu seras châtié de ta témérité
"
J'ai pris pour le deuxième
façon un personnage d'élève tout content de venir
donner sa fable et qui se décompose au fur et à mesure que
les mots sortent parce qu'il se rend compte qu'il y a quelque chose qui
cloche :
Un agneau se déblatérait
Dans le boucan d'une ronde pure
Un loup parvint enfin qui cherchait la devanture
Et que la fin de ces vieux dégoûtait
" Qui te rend hardi de bouffer mon veuvage "
Dit cet abruti plein de bave
" Tu seras chassé de ta simplicité "
MFO
février 2010
Conversation
de fin de vie
Tu sais, Françoise, je n'en ai plus pour
longtemps à vivre maintenant. (Silence)
Et à quoi tu penses quand tu me dis ça
?
(Silence)
Est-ce que tu sais toi me dire un peu comment
ça se passe après la mort ? C'est fini ou quoi ? Y'a plus
rien du tout ? Et tout ce que disent les prêtres, c'est quoi exactement
? Tu saurais m'expliquer ?
Maman, je peux te dire ce que je crois comprendre,
mais peut-être que je ne comprends pas bien moi-même. Je crois
que le corps s'arrête en effet et que c'est fini pour lui, mais
je peux te dire aussi que tu continueras à vivre en moi et en tes
autres enfants et petits enfants sans doute, parce que dans notre mémoire
se sont inscrites des choses qu'on a vécues avec toi et qui sont
comme de l'amour que tu as donné. Je te donne des exemples :
je me souviendrai probablement toujours des fou-rires qu'on a eu ensemble,
de tes oeufs au lait, de la sole aux raisins de Corinthe, de nos conversations
sans fin, de ton goût pour les peintures de Maurice Seguin, et bien
d'autres choses encore ...
(Silence)
Oui mais tu ne seras plus là pour moi
et je ne serai plus là pour toi.
C'est vrai. Il faudra faire avec l'absence matérielle
de nos corps... Ce sera difficile surtout au début. Il faudra aimer
ce qui reste en nous de l'autre et qui est bien réel aussi. Souviens-toi
combien de fois tu m'as toi-même dit : maman faisait comme-ci et
comme-ça. Est-ce qu'elle ne revenait pas souvent dans ta pensée
avec force comme si elle était vraiment là, réellement
là, en toi ?
Si, c'est vrai. Mais enfin ...
MFO
février 2010
ARNAQUOSCOPE
Un arnaquoscope est un petit appareil qui permet de détecter les
anomalies concernant les étiquettes, les contrats, les promesses
des hommes politiques. Je m'en suis servi récemment en cherchant
un nouveau fournisseur d'accès à Internet. L'aiguille a
aussitôt viré au maximum et j'ai entendu un craquement. Le
choc a été trop puissant pour mon petit et feu arnaquoscope.
SUPERFÉTATOIRE
Je viens de rencontrer récemment dans un livre le mot " superfétatoire ".
Depuis je ne me lasse pas de lui. Au début, j'imaginais qu'il servait
à décrire un moment du genre " tu-rassembles-du-monde-pour-fêter-tes-50
ans " et c'est superfétatoire ! Je l'aurais bien vu en duo
avec jubilatoire
Superfétatoire - Jubilatoire !
Je l'ai essayé ici ou là dans la vie : une tarte aux pommes
peut-elle être superfétatoire ? Une conversation peut-elle
être superfétatoire ? Une ville, un pays entier peuvent-ils
être superfétatoire ? Ce serait génial !
Un jour j'ai foncé au dictionnaire au risque de décevoir
mon estime pour " superfétatoire ".
J'y ai lu : Superfétatoire : adj. Superflu. Ex : Connaître
le sens exact d'un mot est-il superfétatoire ou non ?
TRONCHOMÈTRE
Un tronchomètre est un appareil qui permet de mesurer l'amplitude
de la tronche que vous tire la personne qui est en face de vous. Il ne
précise pas encore les raisons pour lesquelles elle vous tire une
tronche pas possible mais l'appareil est en voie de perfectionnement.
Il est particulièrement utile à toutes celles et tous ceux
qui mettent les pieds dans le plat.
BISOUMÈTRE
Un bisoumètre est un appareil à compteur qui comptabilise
les bisous donnés et reçus sur une période donnée
(un jour, un mois, un an ...). Il s'intéresse à l'aspect
quantitatif et ne vous dira pas si les bisons sont doux, neutres, tendres,
compassés, mécaniques, chewing gumesques, passionnés,
froids.
Cependant la quantité peut déjà vous donner une idée
de votre appartenance à la catégorie des bisouteux ou des
bisoutés.
MFO
janvier 2010
En revenant
de l'atelier " expression par le théâtre " en voiture,
voilà que le mot BAGUENAUDER vient se promener dans mon esprit.
Je lui trouve un charme bien particulier. Baguenauder... Je me promets
de regarder son sens exact dans le dictionnaire, mais pour l'instant je
n'ai que le loisir et tout le loisir de le laisser vagabonder dans mes
cellules. Baguenauder... Je me demande si je serais capable de baguenauder
moi-même. Quand je le fais sonner, ce " baguenauder "
m'évoque une femme à talons aiguilles, hautement maquillée,
fringuée à la provoc et je la vois se tortiller le derrière
en faisant du lèche-vitrine sur les Champs. À moins que
ce " baguenauder " soit aussi le fait de quelqu'un qui brasse
de l'air dans la plus grande confusion. Baguenauder par-ci, baguenauder
par là.
Aux feux suivants, je vois plein de gens baguenauder : l'homme de la voiture
d'à côté qui me regarde sans me voir, les piétons
qui traversent n'importe où n'importe comment. Tous ces gens qui
baguenaudent, mais c'est insupportable ! Est-ce que je baguenaude moi
? Est-ce qu'on peut traverser la vie en baguenaudant ? Je vous le demande
!
Au carrefour suivant, j'ai ma réponse : si tu continues à
laisser baguenauder ce mot dans ta tête, le prochain flash mobile
est pour toi !
Je n'avais pas fini ma phrase et levé le pied que j'aperçois
une voiture de police à 200m. Non, non, rien de grave, ils ont
bien vu que je baguenaudais !
MFO
janvier 2010
Je
suis sur scène, ça y est tout est prêt pour commencer
et les spectateurs retiennent leur souffle. Je suis là et ... rien,
je n'ai plus rien, c'est le trou magistral, j'avais quelque chose tout
à l'heure, il y a une minute, même pas, et puis ... non rien.
La situation pathétique maximale ! Je vais perdre l'occasion d'être
sur scène et d'avoir un public. L'horreur d'une vie. Je reste un
instant dans ce rien...
Et puis, mais non, c'est ridicule, l'étiquette de mon nouveau slip
" Petit Navire " me gratouille et me chatouille même,
ça me cafouille ! Ils font les étiquettes sur le côté
maintenant chez Petit Navire, je me demande pourquoi ? Je vais peut-être
leur écrire parce que je préfère quand elles sont
sur les lombaires, c'est plus supportable. D'ailleurs le plus souvent,
je découds les étiquettes de mes vêtements. A force,
j'en ai tellement que je les mets dans un album ! Ca fait comme une collection
de timbres. Tu peux retracer ta vie à travers les étiquettes
de tes vêtements, et tu peux savoir que telles années ont
été très difficiles parce que les pages sont pleines
d'étiquettes " La Reboute " ou, bien que tu vivais
avec quelqu'un qui t'entretenait somptueusement parce que tu vois une
étiquette " Chermès " et une autre " Daniel
Fechter " à côté. Il peut y avoir quelques
pièces assez rares qui datent de l'époque post-soixante
huit où tu piquais des vêtements dans les magasins. Mais,
contrairement aux timbres, les étiquettes ne prennent pas de valeur
marchande en vieillissant, elles ont le prix du rêve.
Ce court intermède a remis de l'ordre dans mon cerveau et voici
que mon texte revient au galop.
MFO
janvier 2010
Il
y a quelques jours, quelqu'un disait devant moi : " arrêtons
de vivre sur le fantasme des conditions idéales pour agir ".
Cette phrase s'est enregistrée quelque part dans l'armoire des
CDs qui se remettent tout seuls en marche dans mon cerveau sans que je
m'y attende. Alors j'arrête de vivre sur le fantasme que j'aurai
un jour les conditions optimales pour écrire un livre. Je n'aurai
jamais assez de temps, je ne sais pas comment faire, je ne sais même
pas sur quoi écrire ! Bien sûr...
C'est aujourd'hui donc que je commence à écrire et je salue
déjà le lecteur bienveillant qui me fera l'honneur de lire
quelques lignes. Ce faisant, je me salue moi-même en tout cas.
Que faut-il pour écrire ? Un sommaire, une histoire, des idées,
de l'imagination ... ?
C'est bien possible. Et encore ?... Il faut ... un désir, un ardent
désir, une folle envie, une envie de folie, le désir de
laisser vivre son désir. Avoir envie de jouer avec les mots, de
remuer des phrases, de recueillir les extraordinaires de la vie,
de laisser venir le fil des mots qui s'accrochent les uns aux autres.
Parler avec le cur, avec la tête, avec l'imaginaire, avec
les émotions, le sourire en coin, la rage au ventre !
Alors tu commences !
Allez, je commence ! ...
MFO
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