|

" Plumée d'encre, ce qu'on peut prendre d'encre avec une
plume pour écrire "
Nouveau dictionnaire encyclopédique universel illustré,
Jules Trousset (dir.), tome 4, La librairie illustrée, 7, rue du
Croissant, Paris, 1875

|
21 août
Le grand
élan !!
Au petit théâtre de mon été, il y a une scène
de vie " ordinaire " que j'ai regardée plusieurs fois
avec beaucoup d'émotion. Je voudrais essayer de la décrire
avec exactitude :
Ça se passe au cours de ballades dans les allées d'une station
balnéaire. Je suis en compagnie d'une petite fille de 2 ans et
demi Clara et de sa maman Élise. Clara commence parfois la promenade
par un moment en poussette, elle suce son pouce et semble faire un petit
repos comme en attente. Et tout à coup une énergie semble
la saisir : elle veut sortir, marcher et le fait comprendre. La voici
sur la route, marchant courant ici et là.
Et voici la scène que j'aime tant : Élise s'en va loin devant,
se retourne et dit : " tu viens Clara ! ". Ni une ni deux, Clara
part au quart de tour, sourit, court de plus en plus vite vers les bras
tendus de sa maman. Plus elle s'approche, plus l'excitation la fait rire,
c'est comme si elle courait vers le bonheur total. Puis c'est le grand
moment où elle se jette littéralement dans les bras de sa
maman qui la prend et la soulève à bout de bras vers le
ciel. Clara continue ses éclats de rire, cela semble une expérience
incroyable.
Il y a eu parfois une version différente de la même scène.
Le départ est le même : Élise est devant et appelle
Clara. Même départ fulgurant vers sa maman. Mais sur la route,
sa chaussure accroche un petit obstacle, et c'est la chute, de tout son
long. À peine une seconde de silence de surprise et la petite fille
pleure et crie. Élise est déjà là, tout près,
pour la relever. Elle la prend, lui parle, la console avec ce secret qu'elle
a des gestes qui sécurisent. Ça se calme. Élise dit
: " Montre-moi où tu as mal, on regarde ensemble ". Clara
cherche sur ses mains, ses genoux, ses jambes. Cette fois-ci elle ne trouve
qu'une ancienne éraflure et dit en larmes : " ici bobo ".
Élise lui sourit : " ça c'est un vieux bobo, il est
fini ". Et elle repose Clara par terre, pour d'autres aventures.
Allez savoir pourquoi cette scène ne cesse de me mettre le cur
en émerveillement et me revient avec un cortège de questions
pour l'adulte que je suis :
- mais qu'il est beau cet élan de confiance intact de l'enfant
pour sa mère, qu'il est éblouissant de simplicité
!
- où est-il mon élan de confiance quand je rencontre quelqu'un
qui m'aime ? Est-ce que je me laisse entraîner par son énergie
? Bien sûr je prends le risque de tomber (mauvais moment, incompréhension
),
est-ce que ça n'en vaut pas le coup ?
- et ces vieilles misères que je recycle pour me faire consoler
! Élise a raison, elle sont finies.
- mais comment faut-il s'y prendre : secouer la léthargie qui endort
l'élan relationnel ou bien ouvrir la porte à ce dynamisme
qui nous porte vers les autres ? Ou les deux d'ailleurs ?
Petite Clara, tu me donnes envie de les vivre ces multitudes
de mises en relation avec la fraîcheur et la simplicité d'une
petite fille comme toi.
15 juin
Un poème
au jour le jour
Faire un poème du quotidien
Prendre la vie comme elle vient
Le ciel est beau ce matin
Il me fait lever le coquin
Prendre la vie comme elle vient
Dans la glace sourire à mon chagrin
Et puis sortir par temps frais
Toucher la vie de près
Serrer des mains
Pour dire les liens
Faire un poème du quotidien
Prendre la vie d'où elle vient
De toi qui gémis regard éteint
De toi qui fait face à coups de poing
De toi que j'entends rire
De toi qui n'en finis pas de partir
C'est toi qui me dis ce poème
Toi qui erres ou toi qui aimes
Faire un poème du tous les jours
Trouver la vie là où elle sourd
Surtout en goûter le cours
Les méandres et les détours
À toi l'enfant qui profite de l'instant
À toi la femme qui laisse sans cesse filtrer
Des tonnes de bonté
À toi l'homme pressé
Pour la minute de beauté
Quand ton regard s'est arrêté
À ces instants recueillis
Qui sont mon bouquet du soir
Quand arrive le noir
Je dis : merci
Salut mon quotidien, à demain
!
|
|
|
21
avril
Une journée d’enfer !
Me
voici, ce matin au garde-à-vous à 7h30, regardant sur ma table
une liste de choses que « je dois absolument faire » :
-
passer au garage
-
refaire ma carte d’identité
-
préparer une réunion
-
téléphoner à un tel
-
acheter un cadeau d’anniversaire,
-
…
liste longue,
que je me propose d’ordonner par ordre d’urgence, avant de foncer tête
baissée au charbon !
Puis vient
me frapper l’image que je vais en effet me précipiter à ma porte, déjà
heureuse à la perspective de rayer plusieurs lignes de ma liste en revenant.
C’est le début de la journée et je suis mentalement déjà arrivée à la
fin ...
Puis-je
m’asseoir un instant s’il vous plaît pour envisager le milieu ?
Et
si, au lieu de pratiquer la redoutable efficacité que je me connais,
c’est-à-dire de faire, de faire et d’en finir vite et bien, si donc je
profitais de ces tâches comme des occasions de relations humaines gratuites.
Si je laissais de la place pour désirer rencontrer les gens sur
mon parcours et apprécier ces rencontres si brèves soient-elles.
Je
pars donc avec ce goût d’un autrement pour effectuer mes démarches en
entretenant même l’idée d’inattendu possible, de surprenant même.
Ce
soir, ma récolte est bonne. Mon envie de connaître celui ou celle que
j’ai rencontré a fait jaillir multitudes de petites phrases, sourires,
rires, écoutes … qui ont transformés ces choses-qu’il-fallait-absolument-faire en une succession de
petits bonheurs :
-
je sors en même temps qu’une voisine (il fait froid … oui c’est vrai …
et c’est parti … justement elle voulait me reparler de sa petite-fille,
la fille de sa fille, qui a 5 mois et qu’elle a gardé le week-end dernier,
elle a même une photo dans son sac, c’est qu’elle a grandi ! Oui
elle est adorable votre petite Madame et c’est chouette de commencer la
journée avec elle)
-
j’ai pris un ado en stop (ce que je ne fais jamais), il m’a raconté sa
vie sur 5 km
(galère au collège, il est à l’école d’horticulture, il s’y plaît, il
est content, me dit-il, d’avoir trouvé un lieu où il peut retrousser ses
manches …) super ! ça donne la pêche à une ex-prof !
-
la dame de la mairie est grognon, son ordinateur ne fait pas du tout ce
qu’elle lui demande. Je m’entend lui dire de prendre son temps que je
ne suis pas pressée. Ce n’est pas mon genre du tout de dire ça !
Du coup elle se détend et finit par oser demander à une collègue malgré
la file d’attente. Me voilà à discuter technologie avec la dame de derrière.
Du stress en moins pour 3 personnes du coup !
-
l’homme à qui je demande un renseignement dans la librairie se met en
quatre pour retrouver le titre d’un livre dont je ne connais que le nom
de l’auteur, tout en m’expliquant comment marchent les recherches sur
son logiciel. Du coup, j’apprend le titre du livre et la façon de le trouver
sur l’ordi du magasin !
-
…
Comment
un désir du matin peut modifier la face d’une journée !
30
mars
Le
Congrès des Crevettes Grises
Quand j'étais enfant, mon
père m'emmenait fréquemment à la pêche aux
crevettes. Accroupie sur un rocher, je regardais avec éblouissement
la vie grouillante des trous d'eau. C'est ainsi que j'appris la chose
suivante :
Chaque année, depuis des générations sur la côte
de Jade, les tribus de crevettes grises tiennent leur congrès annuel
dans un grand creux de rocher de la Boutinardière. Le Congrès
des Crevettes Grises (CCG) rassemble les crevettes grises de toute la
côte de Quimper à La Rochelle, au moment de la marée
de morte-eau, au début de janvier, quand les pêcheurs ont
rangé leur haveneau.
Les crevettes débarquent par paquets de frétillements et
de galipettes, les moustaches lissées, la queue brossée
en l'air ou coupée à la punk. Bien que la mode en brosse
soit assez prisée chez les crevettes grises (ou boucau), jamais
aucune d'elle n'avait encore osé se faire une mèche rose.
Pourtant on murmurait dans les vagues que le fils de " Boucau Hardi "
avait fait, sans se soucier du " qu'en-frétillera-t-on ",
un stage dans un banc de crevettes roses. Au CCG, on les appelait les
grosses queues roses car c'était la guerre de rivalités
sur la couleur, la transparence, la taille, la vitesse, le tourbillon.
Cette année là, le congrès est particulièrement
fréquenté car la cause est préoccupante : le changement
climatique a fait surgir des problèmes inattendus. L'Océan
Atlantique est monté de 5 mètres et les eaux salées
ont recouvert une bande de 10 km vers l'intérieur des terres.
Il y a donc de nouveaux territoires à occuper, et les grises tout
autant que les roses ont fait des plans sur la comète. Les roses
avec leurs immigrés espagnols veulent établir leur résidence
principale dans l'ex-Pays de Retz car les eaux y sont plus chaudes qu'au
nord de la Loire. Les crevettes grises bretonnes qui ont la coquille ferme
préfèrent les eaux plus fraîches et convoitent celles
de La Turballe et Piriac.
" Boucau Hardi " a justement été élu président
du congrès. Il ouvre la séance dans un grand déploiement
d'antennes.
" Mes chers amis, nos prédateurs principaux, les hommes, nous
offrent à leur insu un espace nouveau. Qu'allons-nous en faire
? Il ne s'agit pas de se disperser et de la jouer perso avec des ambitions
cachés sur de nouvelles immensités comme au far-west ! Une
crevette isolée est une crevette perdue ! Nous vivons par bancs
depuis des siècles et nous continuerons à le faire, foi
de Boucau Hardi !
Cependant, il nous faut envisager une alliance avec les tribus de crevettes
roses pour organiser cette nouvelle occupation des eaux ".
Cette dernière phrase provoqua un bouillonnement des eaux au creux
du rocher car une grande partie des crevettes grises étaient syndiquées
à la cellule " Pour la défense de l'espèce grise ".
Elles ne pouvaient s'imaginer frayer dans les eaux troubles des roses,
ni même côtoyer celles-ci dans leurs déplacements.
Antenne-zen prit la parole, les yeux fixés sur deux au-delà
de chaque côté de sa tête :
" Je pense qu'il faut vivre un cycle de saisons avant d'investir
ces nouveaux espaces, le temps qu'une faune marine s'installe. Puis nous
enverrons ceux d'entre nous qui sont experts en naturologie explorer les
mutations de l'herbe en algues. Car nous ne connaissons pas à ce
jour le monde animal terrien. Nous avons tous aperçu déjà
les puces de sable sur les plages ! Quelle cohabitation aurons-nous ?
Comment ne pas imaginer des bestioles terriennes qui s'adapteront au milieu
marin. La tradition orale nous parle d'animaux de taille surprenante ".
L'assemblée ondulait maintenant calmement. Antenne-zen avait cette
autorité naturelle qui allait permettre à ce congrès
d'aller vers la meilleure issue. On conclut donc sur un accord unanime
avec cette suggestion d'attendre quatre saisons.
Contrairement aux hommes, les crevettes grises ne terminent pas leur congrès
par un verre de l'amitié, mais par une danse collective dans les
flots.
Il s'en suivit donc un spectacle improvisé de toute beauté,
sous les yeux écarquillés d'une petite fille.
19 mars
Mes amis,
Je vous écris
- d'un atelier d'écriture
- et du bord de l'Erdre
Je sais, certains d'entre vous n'ont pas la moindre idée de ce
qu'un atelier d'écriture peut engendrer de plaisir ou de stress,
c'est selon. J'avoue que moi-même Je suis perplexe.
L'invitation est d'écrire.
Que faut-il pour écrire ?
Auparavant, vous vous souvenez, je vous envoyais ces mails de boutades
surgies d'un instant de création taquine à l'égard
de l'un ou l'autre. Pourquoi ne pas écouter autre chose ce jour
même puisque j'ai devant moi une vue devant laquelle je retiens
mon souffle et que je suis en compagnie d'une bande " d'écrivains
" qui je le devine sont comme moi réjouis par les mots et
le langage.
Permettez que je vous donne un coup d'il sur la grâce de ce
lieu. D'immenses saules pleureurs laissent passer en finesse la lumière
d'un matin déjà chaud. Les larmes de ces pleureurs coulent
jusqu'à la rivière. Oh ! si j avais le don de la peinture,
comme j'aimerais vous peindre ces 5 petits bouts d'herbes au milieu de
l'eau. Comment font-ils pour tenir à 5 cette harmonieuse posture
de danse à laquelle le vent donne un imperceptible mouvement.
Comme Je voudrais vous mettre le son de ce lieu. Je ne sais plus où
donner de l'oreille pour recevoir les chants d'oiseaux même en fermant
les yeux. Certains sont dans les sons très hauts, d'autres donnent
dans un " croua " qui rythme, le fond est un bruit d'eau calme.
Je rêve qu'un jour je puisse dans un courrier électronique
vous donner les mots, l'image et le son en même temps. On n'en est
pas si loin que ça d'ailleurs. Ainsi je pourrais vous installer
là où j'ai passé un moment avec vous.
Je reviens à mon interrogation du début: que faut-il pour
écrire ? Et maintenant ma question devient : que me faut-il pour
écrire ?
a) J'aime bien être en relation quand j'écris comme
si mon écriture devenait plus imaginative et créative si
c'est un acte d'amour à quelqu'un ou quelques-uns.
b) Et puis il me faut du silence, bien plus que je ne le pense
pour faire s'arrêter tous les " il-faut-que, il faudrait-que,
ça-serait-pas-mal-si ", ce brouhaha qui se présente
à moi comme s'il y avait tout d'un coup un carrefour sur ma route
qui me surprend tellement que je prends au hasard à gauche ou à
droite. Et plus tard je m'aperçois que c'est juste ou pas.
c) Une autre condition sine qua non pour écrire gratuitement, c'est
de n'avoir aucune attente sur mon inspiration, car ici même, dans
cette lettre que je vous adresse, je suis pour une part en train de disserter
sur l'écriture. Ce n'est pas l'écriture-élan-direct,
mais c'est une autre forme. Pourquoi pas ? A bas la censure ! Laissons
vivre les désirs successifs.
Je vous écrirai encore d'autres lieux qui diront d'autres élans,
d'autres arrêts, d'autres rencontres. La vie est trop belle !
MFO
3 mars
La porte-fenêtre
Arthur s'approche de l'unique porte-fenêtre de son appartement.
Il s'appuie doucement sur !a barre du balcon. La tiédeur lourde
de la ville monte jusqu'à lui. Ça circule en bas : c'est
un soir où les gens se promènent pour goûter la longueur
du jour.
Arthur regarde dans le flou le mouvement des passants. Et puis un flash
de présence focalise l'image sur un couple d'Indous, ils sont peu
nombreux dans cette ville d'occident, c'est étonnant d'en voir
ici. Bien qu'ils soient assez loin dans la rue, Arthur distingue les couleurs
en variations d'ocres sur les vêtements de la femme et une bombe
de tissu sur la tête de l'homme. Ça y est, ils ont tourné.
Cette image a mis Arthur en arrêt, puis quelque chose commence à
s'agiter en lui. L'Inde, l'Inde, l'INDE, l'INDE ! ...
Il en rêve depuis sa plus tendre enfance, depuis qu'il a su lire
Darjeeling sur la boîte de thé de l'étagère,
depuis qu'il a trouvé ce nom de ville dans les gros dictionnaires.
Un sachet de thé pour lui est loin d'être une classique infusion
qui peut désaltérer. Darjeeling est une ville entière
de thé là-bas tous les magasins vendent du thé :
en bouquet, en feuille en poudre, en morceaux. Les enseignes des magasins
sont en formes de boîtes de thé ! À toutes les portes
ici on tend un verre ou une tasse, une coupe ou un bol d'un thé
dont le goût laisse admiratif.
Ira-t-il un jour en Inde et plus précisément à Darjeeling
? Partira-t-il vers cet inconnu si loin de sa vie ?
La question vient en doubler une autre dans sa pensée : ouvrira-t-il
tout grand sa porte-fenêtre à ce flot d'imaginaire sans craindre
son étrangeté, son langage, ses gestes ?
24 février
Le
loup et l'agneau
Il s'agissait d'apporter un texte
que l'on savait par coeur et de passer deux fois en l'interprétant
de deux façons différentes.
J'ai pris une première façon dramatique sur le texte suivant
en essayant de faire monter le drame :
Un agneau se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure.
Un loup survint à jeun qui cherchait aventure
Et que la faim en ces lieux attirait
" Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage "
Dit cet animal plein de rage
" Tu seras châtié de ta témérité
"
J'ai pris pour le deuxième
façon un personnage d'élève tout content de venir
donner sa fable et qui se décompose au fur et à mesure que
les mots sortent parce qu'il se rend compte qu'il y a quelque chose qui
cloche :
Un agneau se déblatérait
Dans le boucan d'une ronde pure
Un loup parvint enfin qui cherchait la devanture
Et que la fin de ces vieux dégoûtait
" Qui te rend hardi de bouffer mon veuvage "
Dit cet abruti plein de bave
" Tu seras chassé de ta simplicité "
MFO
14 février
Conversation
de fin de vie
Tu sais, Françoise, je n'en ai plus pour
longtemps à vivre maintenant. (Silence)
Et à quoi tu penses quand tu me dis ça
?
(Silence)
Est-ce que tu sais toi me dire un peu comment
ça se passe après la mort ? C'est fini ou quoi ? Y'a plus
rien du tout ? Et tout ce que disent les prêtres, c'est quoi exactement
? Tu saurais m'expliquer ?
Maman, je peux te dire ce que je crois comprendre,
mais peut-être que je ne comprends pas bien moi-même. Je crois
que le corps s'arrête en effet et que c'est fini pour lui, mais
je peux te dire aussi que tu continueras à vivre en moi et en tes
autres enfants et petits enfants sans doute, parce que dans notre mémoire
se sont inscrites des choses qu'on a vécues avec toi et qui sont
comme de l'amour que tu as donné. Je te donne des exemples :
je me souviendrai probablement toujours des fou-rires qu'on a eu ensemble,
de tes oeufs au lait, de la sole aux raisins de Corinthe, de nos conversations
sans fin, de ton goût pour les peintures de Maurice Seguin, et bien
d'autres choses encore ...
(Silence)
Oui mais tu ne seras plus là pour moi
et je ne serai plus là pour toi.
C'est vrai. Il faudra faire avec l'absence matérielle
de nos corps... Ce sera difficile surtout au début. Il faudra aimer
ce qui reste en nous de l'autre et qui est bien réel aussi. Souviens-toi
combien de fois tu m'as toi-même dit : maman faisait comme-ci et
comme-ça. Est-ce qu'elle ne revenait pas souvent dans ta pensée
avec force comme si elle était vraiment là, réellement
là, en toi ?
Si, c'est vrai. Mais enfin ...
MFO
8 février
ARNAQUOSCOPE
Un arnaquoscope est un petit appareil qui permet de détecter les
anomalies concernant les étiquettes, les contrats, les promesses
des hommes politiques. Je m'en suis servi récemment en cherchant
un nouveau fournisseur d'accès à Internet. L'aiguille a
aussitôt viré au maximum et j'ai entendu un craquement. Le
choc a été trop puissant pour mon petit et feu arnaquoscope.
SUPERFÉTATOIRE
Je viens de rencontrer récemment dans un livre le mot " superfétatoire ".
Depuis je ne me lasse pas de lui. Au début, j'imaginais qu'il servait
à décrire un moment du genre " tu-rassembles-du-monde-pour-fêter-tes-50
ans " et c'est superfétatoire ! Je l'aurais bien vu en duo
avec jubilatoire
Superfétatoire - Jubilatoire !
Je l'ai essayé ici ou là dans la vie : une tarte aux pommes
peut-elle être superfétatoire ? Une conversation peut-elle
être superfétatoire ? Une ville, un pays entier peuvent-ils
être superfétatoire ? Ce serait génial !
Un jour j'ai foncé au dictionnaire au risque de décevoir
mon estime pour " superfétatoire ".
J'y ai lu : Superfétatoire : adj. Superflu. Ex : Connaître
le sens exact d'un mot est-il superfétatoire ou non ?
TRONCHOMÈTRE
Un tronchomètre est un appareil qui permet de mesurer l'amplitude
de la tronche que vous tire la personne qui est en face de vous. Il ne
précise pas encore les raisons pour lesquelles elle vous tire une
tronche pas possible mais l'appareil est en voie de perfectionnement.
Il est particulièrement utile à toutes celles et tous ceux
qui mettent les pieds dans le plat.
BISOUMÈTRE
Un bisoumètre est un appareil à compteur qui comptabilise
les bisous donnés et reçus sur une période donnée
(un jour, un mois, un an ...). Il s'intéresse à l'aspect
quantitatif et ne vous dira pas si les bisons sont doux, neutres, tendres,
compassés, mécaniques, chewing gumesques, passionnés,
froids.
Cependant la quantité peut déjà vous donner une idée
de votre appartenance à la catégorie des bisouteux ou des
bisoutés.
MFO
31 janvier
En revenant
de l'atelier " expression par le théâtre " en voiture,
voilà que le mot BAGUENAUDER vient se promener dans mon esprit.
Je lui trouve un charme bien particulier. Baguenauder... Je me promets
de regarder son sens exact dans le dictionnaire, mais pour l'instant je
n'ai que le loisir et tout le loisir de le laisser vagabonder dans mes
cellules. Baguenauder... Je me demande si je serais capable de baguenauder
moi-même. Quand je le fais sonner, ce " baguenauder "
m'évoque une femme à talons aiguilles, hautement maquillée,
fringuée à la provoc et je la vois se tortiller le derrière
en faisant du lèche-vitrine sur les Champs. À moins que
ce " baguenauder " soit aussi le fait de quelqu'un qui brasse
de l'air dans la plus grande confusion. Baguenauder par-ci, baguenauder
par là.
Aux feux suivants, je vois plein de gens baguenauder : l'homme de la voiture
d'à côté qui me regarde sans me voir, les piétons
qui traversent n'importe où n'importe comment. Tous ces gens qui
baguenaudent, mais c'est insupportable ! Est-ce que je baguenaude moi
? Est-ce qu'on peut traverser la vie en baguenaudant ? Je vous le demande
!
Au carrefour suivant, j'ai ma réponse : si tu continues à
laisser baguenauder ce mot dans ta tête, le prochain flash mobile
est pour toi !
Je n'avais pas fini ma phrase et levé le pied que j'aperçois
une voiture de police à 200m. Non, non, rien de grave, ils ont
bien vu que je baguenaudais !
MFO
24 janvier
Je
suis sur scène, ça y est tout est prêt pour commencer
et les spectateurs retiennent leur souffle. Je suis là et ... rien,
je n'ai plus rien, c'est le trou magistral, j'avais quelque chose tout
à l'heure, il y a une minute, même pas, et puis ... non rien.
La situation pathétique maximale ! Je vais perdre l'occasion d'être
sur scène et d'avoir un public. L'horreur d'une vie. Je reste un
instant dans ce rien...
Et puis, mais non, c'est ridicule, l'étiquette de mon nouveau slip
" Petit Navire " me gratouille et me chatouille même,
ça me cafouille ! Ils font les étiquettes sur le côté
maintenant chez Petit Navire, je me demande pourquoi ? Je vais peut-être
leur écrire parce que je préfère quand elles sont
sur les lombaires, c'est plus supportable. D'ailleurs le plus souvent,
je découds les étiquettes de mes vêtements. A force,
j'en ai tellement que je les mets dans un album ! Ca fait comme une collection
de timbres. Tu peux retracer ta vie à travers les étiquettes
de tes vêtements, et tu peux savoir que telles années ont
été très difficiles parce que les pages sont pleines
d'étiquettes " La Reboute " ou, bien que tu vivais
avec quelqu'un qui t'entretenait somptueusement parce que tu vois une
étiquette " Chermès " et une autre " Daniel
Fechter " à côté. Il peut y avoir quelques
pièces assez rares qui datent de l'époque post-soixante
huit où tu piquais des vêtements dans les magasins. Mais,
contrairement aux timbres, les étiquettes ne prennent pas de valeur
marchande en vieillissant, elles ont le prix du rêve.
Ce court intermède a remis de l'ordre dans mon cerveau et voici
que mon texte revient au galop.
MFO
16 janvier
Il
y a quelques jours, quelqu'un disait devant moi : " arrêtons
de vivre sur le fantasme des conditions idéales pour agir ".
Cette phrase s'est enregistrée quelque part dans l'armoire des
CDs qui se remettent tout seuls en marche dans mon cerveau sans que je
m'y attende. Alors j'arrête de vivre sur le fantasme que j'aurai
un jour les conditions optimales pour écrire un livre. Je n'aurai
jamais assez de temps, je ne sais pas comment faire, je ne sais même
pas sur quoi écrire ! Bien sûr...
C'est aujourd'hui donc que je commence à écrire et je salue
déjà le lecteur bienveillant qui me fera l'honneur de lire
quelques lignes. Ce faisant, je me salue moi-même en tout cas.
Que faut-il pour écrire ? Un sommaire, une histoire, des idées,
de l'imagination ... ?
C'est bien possible. Et encore ?... Il faut ... un désir, un ardent
désir, une folle envie, une envie de folie, le désir de
laisser vivre son désir. Avoir envie de jouer avec les mots, de
remuer des phrases, de recueillir les extraordinaires de la vie,
de laisser venir le fil des mots qui s'accrochent les uns aux autres.
Parler avec le cur, avec la tête, avec l'imaginaire, avec
les émotions, le sourire en coin, la rage au ventre !
Alors tu commences !
Allez, je commence ! ...
MFO
|