la plumée...

" Plumée d'encre, ce qu'on peut prendre d'encre avec une plume pour écrire "

Nouveau dictionnaire encyclopédique universel illustré, Jules Trousset (dir.), tome 4, La librairie illustrée, 7, rue du Croissant, Paris, 1875

21 août

 

Le grand élan !!


Au petit théâtre de mon été, il y a une scène de vie " ordinaire " que j'ai regardée plusieurs fois avec beaucoup d'émotion. Je voudrais essayer de la décrire avec exactitude :

Ça se passe au cours de ballades dans les allées d'une station balnéaire. Je suis en compagnie d'une petite fille de 2 ans et demi Clara et de sa maman Élise. Clara commence parfois la promenade par un moment en poussette, elle suce son pouce et semble faire un petit repos comme en attente. Et tout à coup une énergie semble la saisir : elle veut sortir, marcher et le fait comprendre. La voici sur la route, marchant courant ici et là.

Et voici la scène que j'aime tant : Élise s'en va loin devant, se retourne et dit : " tu viens Clara ! ". Ni une ni deux, Clara part au quart de tour, sourit, court de plus en plus vite vers les bras tendus de sa maman. Plus elle s'approche, plus l'excitation la fait rire, c'est comme si elle courait vers le bonheur total. Puis c'est le grand moment où elle se jette littéralement dans les bras de sa maman qui la prend et la soulève à bout de bras vers le ciel. Clara continue ses éclats de rire, cela semble une expérience incroyable.

Il y a eu parfois une version différente de la même scène. Le départ est le même : Élise est devant et appelle Clara. Même départ fulgurant vers sa maman. Mais sur la route, sa chaussure accroche un petit obstacle, et c'est la chute, de tout son long. À peine une seconde de silence de surprise et la petite fille pleure et crie. Élise est déjà là, tout près, pour la relever. Elle la prend, lui parle, la console avec ce secret qu'elle a des gestes qui sécurisent. Ça se calme. Élise dit : " Montre-moi où tu as mal, on regarde ensemble ". Clara cherche sur ses mains, ses genoux, ses jambes. Cette fois-ci elle ne trouve qu'une ancienne éraflure et dit en larmes : " ici bobo ". Élise lui sourit : " ça c'est un vieux bobo, il est fini ". Et elle repose Clara par terre, pour d'autres aventures.

Allez savoir pourquoi cette scène ne cesse de me mettre le cœur en émerveillement et me revient avec un cortège de questions pour l'adulte que je suis :
- mais qu'il est beau cet élan de confiance intact de l'enfant pour sa mère, qu'il est éblouissant de simplicité !
- où est-il mon élan de confiance quand je rencontre quelqu'un qui m'aime ? Est-ce que je me laisse entraîner par son énergie ? Bien sûr je prends le risque de tomber (mauvais moment, incompréhension…), est-ce que ça n'en vaut pas le coup ?
- et ces vieilles misères que je recycle pour me faire consoler ! Élise a raison, elle sont finies.
- mais comment faut-il s'y prendre : secouer la léthargie qui endort l'élan relationnel ou bien ouvrir la porte à ce dynamisme qui nous porte vers les autres ? Ou les deux d'ailleurs ?

Petite Clara, tu me donnes envie de les vivre ces multitudes de mises en relation avec la fraîcheur et la simplicité d'une petite fille comme toi.



15 juin

Un poème – au jour le jour –

Faire un poème du quotidien
Prendre la vie comme elle vient

Le ciel est beau ce matin
Il me fait lever le coquin

Prendre la vie comme elle vient
Dans la glace sourire à mon chagrin

Et puis sortir par temps frais
Toucher la vie de près
Serrer des mains
Pour dire les liens

Faire un poème du quotidien
Prendre la vie d'où elle vient

De toi qui gémis regard éteint
De toi qui fait face à coups de poing
De toi que j'entends rire
De toi qui n'en finis pas de partir

C'est toi qui me dis ce poème
Toi qui erres ou toi qui aimes

Faire un poème du tous les jours
Trouver la vie là où elle sourd
Surtout en goûter le cours
Les méandres et les détours

À toi l'enfant qui profite de l'instant
À toi la femme qui laisse sans cesse filtrer
Des tonnes de bonté
À toi l'homme pressé
Pour la minute de beauté
Quand ton regard s'est arrêté

À ces instants recueillis
Qui sont mon bouquet du soir
Quand arrive le noir
Je dis : merci

Salut mon quotidien, à demain !

 

 

 

 

29 mai

Langue de bois…

Discours d'inauguration des " Libres Cours " à R…

C'est avec émotion que je viens ce jour m'adresser à vous chers administrés. Avec mes collaborateurs et tous ceux qui, connus ou anonymes, ont participé à l'élaboration de cet immense espace culturel, lieu de valorisation de l'esprit, je constate aujourd'hui, aux termes des travaux, que notre volonté farouche de créer au sein de notre ville un lieu d'accession à la culture pour tous, a été congruante !

Ce lieu des Libres Cours que, j'ai l'immense honneur d'inaugurer avec vous a vu le jour parce que des hommes et des femmes ont cru en ce projet, l'ont conçu et créé puis l'ont porté avec une détermination farouche. Il en résulte une œuvre grandiose, carrefour de projets humains qui ont grandi ceux qui y ont participé !

Nous avons souhaité que se croisent ici !a science, les lettres et les arts, comme pour y concentrer le programme humain, fraternel et culturel qui nous anime sans cesse pour notre ville.

Le rayonnement de l'architecture des lieux conforte notre désir incontestable d'aller dans le sens de donner à voir des lignes et des matériaux originaux dans leurs associations, harmonieux dans leurs lignes d'ensemble et surprenants dans leurs diversités.

Comment ne pas être convaincu que cet espace donnera à rêver, mais aussi a créer, se cultiver, et communiquer. La culture est le fer de lance de notre humanité en devenir !

Chers R…, chères R…, ce lieu vous appartient. Ensemble nous y déploierons des projets exaltants dont la gestation sera désormais rendue possible. Donnons donc Libre Cours à nos aspirations de partages et de fraternité ! Le pari fou d'être passeurs de connaissance est gagné, le formidable défi de la culture accessible à tous est relevé.

Je salue tous ceux qui y ont collaboré et je n'ai pas de mal à vous imaginer, chers administrés, fourmillant vers les différents pôles de cet espace pour lequel vous avez été si nombreux à nous soutenir et à nous encourager. Merci à tous.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

21 avril

Une journée d’enfer !

 Me voici, ce matin au garde-à-vous à 7h30, regardant sur ma table une liste de choses que « je dois absolument faire » :

-         passer au garage

-         refaire ma carte d’identité

-         préparer une réunion

-         téléphoner à un tel

-         acheter un cadeau d’anniversaire,

-        

liste longue, que je me propose d’ordonner par ordre d’urgence, avant de foncer tête baissée au charbon !

Puis vient me frapper l’image que je vais en effet me précipiter à ma porte, déjà heureuse à la perspective de rayer plusieurs lignes de ma liste en revenant. C’est le début de la journée et je suis mentalement déjà arrivée à la fin ...

Puis-je m’asseoir un instant s’il vous plaît pour envisager le milieu ?

Et si, au lieu de pratiquer la redoutable efficacité que je me connais, c’est-à-dire de faire, de faire et d’en finir vite et bien, si donc je profitais de ces tâches comme des occasions de relations humaines gratuites. Si je laissais de la place pour désirer rencontrer les gens sur mon parcours et apprécier ces rencontres si brèves soient-elles.

Je pars donc avec ce goût d’un autrement pour effectuer mes démarches en entretenant même l’idée d’inattendu possible, de surprenant même.

Ce soir, ma récolte est bonne. Mon envie de connaître celui ou celle que j’ai rencontré a fait jaillir multitudes de petites phrases, sourires, rires, écoutes … qui ont transformés ces choses-qu’il-fallait-absolument-faire en une succession de petits bonheurs :

-         je sors en même temps qu’une voisine (il fait froid … oui c’est vrai … et c’est parti … justement elle voulait me reparler de sa petite-fille, la fille de sa fille, qui a 5 mois et qu’elle a gardé le week-end dernier, elle a même une photo dans son sac, c’est qu’elle a grandi ! Oui elle est adorable votre petite Madame et c’est chouette de commencer la journée avec elle)

-         j’ai pris un ado en stop (ce que je ne fais jamais), il m’a raconté sa vie sur 5 km (galère au collège, il est à l’école d’horticulture, il s’y plaît, il est content, me dit-il, d’avoir trouvé un lieu où il peut retrousser ses manches …) super ! ça donne la pêche à une ex-prof !

-         la dame de la mairie est grognon, son ordinateur ne fait pas du tout ce qu’elle lui demande. Je m’entend lui dire de prendre son temps que je ne suis pas pressée. Ce n’est pas mon genre du tout de dire ça ! Du coup elle se détend et finit par oser demander à une collègue malgré la file d’attente. Me voilà à discuter technologie avec la dame de derrière. Du stress en moins pour 3 personnes du coup !

-         l’homme à qui je demande un renseignement dans la librairie se met en quatre pour retrouver le titre d’un livre dont je ne connais que le nom de l’auteur, tout en m’expliquant comment marchent les recherches sur son logiciel. Du coup, j’apprend le titre du livre et la façon de le trouver sur l’ordi du magasin !

-        

 Comment un désir du matin peut modifier la face d’une journée !

 

30 mars

Le Congrès des Crevettes Grises

Quand j'étais enfant, mon père m'emmenait fréquemment à la pêche aux crevettes. Accroupie sur un rocher, je regardais avec éblouissement la vie grouillante des trous d'eau. C'est ainsi que j'appris la chose suivante :
Chaque année, depuis des générations sur la côte de Jade, les tribus de crevettes grises tiennent leur congrès annuel dans un grand creux de rocher de la Boutinardière. Le Congrès des Crevettes Grises (CCG) rassemble les crevettes grises de toute la côte de Quimper à La Rochelle, au moment de la marée de morte-eau, au début de janvier, quand les pêcheurs ont rangé leur haveneau.
Les crevettes débarquent par paquets de frétillements et de galipettes, les moustaches lissées, la queue brossée en l'air ou coupée à la punk. Bien que la mode en brosse soit assez prisée chez les crevettes grises (ou boucau), jamais aucune d'elle n'avait encore osé se faire une mèche rose.
Pourtant on murmurait dans les vagues que le fils de " Boucau Hardi " avait fait, sans se soucier du " qu'en-frétillera-t-on ", un stage dans un banc de crevettes roses. Au CCG, on les appelait les grosses queues roses car c'était la guerre de rivalités sur la couleur, la transparence, la taille, la vitesse, le tourbillon.
Cette année là, le congrès est particulièrement fréquenté car la cause est préoccupante : le changement climatique a fait surgir des problèmes inattendus. L'Océan Atlantique est monté de 5 mètres et les eaux salées ont recouvert une bande de 10 km vers l'intérieur des terres.
Il y a donc de nouveaux territoires à occuper, et les grises tout autant que les roses ont fait des plans sur la comète. Les roses avec leurs immigrés espagnols veulent établir leur résidence principale dans l'ex-Pays de Retz car les eaux y sont plus chaudes qu'au nord de la Loire. Les crevettes grises bretonnes qui ont la coquille ferme préfèrent les eaux plus fraîches et convoitent celles de La Turballe et Piriac.
" Boucau Hardi " a justement été élu président du congrès. Il ouvre la séance dans un grand déploiement d'antennes.
" Mes chers amis, nos prédateurs principaux, les hommes, nous offrent à leur insu un espace nouveau. Qu'allons-nous en faire ? Il ne s'agit pas de se disperser et de la jouer perso avec des ambitions cachés sur de nouvelles immensités comme au far-west ! Une crevette isolée est une crevette perdue ! Nous vivons par bancs depuis des siècles et nous continuerons à le faire, foi de Boucau Hardi !
Cependant, il nous faut envisager une alliance avec les tribus de crevettes roses pour organiser cette nouvelle occupation des eaux ".
Cette dernière phrase provoqua un bouillonnement des eaux au creux du rocher car une grande partie des crevettes grises étaient syndiquées à la cellule " Pour la défense de l'espèce grise ". Elles ne pouvaient s'imaginer frayer dans les eaux troubles des roses, ni même côtoyer celles-ci dans leurs déplacements.
Antenne-zen prit la parole, les yeux fixés sur deux au-delà de chaque côté de sa tête :
" Je pense qu'il faut vivre un cycle de saisons avant d'investir ces nouveaux espaces, le temps qu'une faune marine s'installe. Puis nous enverrons ceux d'entre nous qui sont experts en naturologie explorer les mutations de l'herbe en algues. Car nous ne connaissons pas à ce jour le monde animal terrien. Nous avons tous aperçu déjà les puces de sable sur les plages ! Quelle cohabitation aurons-nous ? Comment ne pas imaginer des bestioles terriennes qui s'adapteront au milieu marin. La tradition orale nous parle d'animaux de taille surprenante ".
L'assemblée ondulait maintenant calmement. Antenne-zen avait cette autorité naturelle qui allait permettre à ce congrès d'aller vers la meilleure issue. On conclut donc sur un accord unanime avec cette suggestion d'attendre quatre saisons.
Contrairement aux hommes, les crevettes grises ne terminent pas leur congrès par un verre de l'amitié, mais par une danse collective dans les flots.

Il s'en suivit donc un spectacle improvisé de toute beauté, sous les yeux écarquillés d'une petite fille.

 

19 mars

Mes amis,

Je vous écris
- d'un atelier d'écriture
- et du bord de l'Erdre


Je sais, certains d'entre vous n'ont pas la moindre idée de ce qu'un atelier d'écriture peut engendrer de plaisir ou de stress, c'est selon. J'avoue que moi-même Je suis perplexe.
L'invitation est d'écrire.
Que faut-il pour écrire ?
Auparavant, vous vous souvenez, je vous envoyais ces mails de boutades surgies d'un instant de création taquine à l'égard de l'un ou l'autre. Pourquoi ne pas écouter autre chose ce jour même puisque j'ai devant moi une vue devant laquelle je retiens mon souffle et que je suis en compagnie d'une bande " d'écrivains " qui je le devine sont comme moi réjouis par les mots et le langage.

Permettez que je vous donne un coup d'œil sur la grâce de ce lieu. D'immenses saules pleureurs laissent passer en finesse la lumière d'un matin déjà chaud. Les larmes de ces pleureurs coulent jusqu'à la rivière. Oh ! si j avais le don de la peinture, comme j'aimerais vous peindre ces 5 petits bouts d'herbes au milieu de l'eau. Comment font-ils pour tenir à 5 cette harmonieuse posture de danse à laquelle le vent donne un imperceptible mouvement.

Comme Je voudrais vous mettre le son de ce lieu. Je ne sais plus où donner de l'oreille pour recevoir les chants d'oiseaux même en fermant les yeux. Certains sont dans les sons très hauts, d'autres donnent dans un " croua " qui rythme, le fond est un bruit d'eau calme.

Je rêve qu'un jour je puisse dans un courrier électronique vous donner les mots, l'image et le son en même temps. On n'en est pas si loin que ça d'ailleurs. Ainsi je pourrais vous installer là où j'ai passé un moment avec vous.

Je reviens à mon interrogation du début: que faut-il pour écrire ? Et maintenant ma question devient : que me faut-il pour écrire ?

a) J'aime bien être en relation quand j'écris comme si mon écriture devenait plus imaginative et créative si c'est un acte d'amour à quelqu'un ou quelques-uns.
b) Et puis il me faut du silence, bien plus que je ne le pense pour faire s'arrêter tous les " il-faut-que, il faudrait-que, ça-serait-pas-mal-si ", ce brouhaha qui se présente à moi comme s'il y avait tout d'un coup un carrefour sur ma route qui me surprend tellement que je prends au hasard à gauche ou à droite. Et plus tard je m'aperçois que c'est juste ou pas.
c) Une autre condition sine qua non pour écrire gratuitement, c'est de n'avoir aucune attente sur mon inspiration, car ici même, dans cette lettre que je vous adresse, je suis pour une part en train de disserter sur l'écriture. Ce n'est pas l'écriture-élan-direct, mais c'est une autre forme. Pourquoi pas ? A bas la censure ! Laissons vivre les désirs successifs.

Je vous écrirai encore d'autres lieux qui diront d'autres élans, d'autres arrêts, d'autres rencontres. La vie est trop belle !

MFO

3 mars

La porte-fenêtre

Arthur s'approche de l'unique porte-fenêtre de son appartement. Il s'appuie doucement sur !a barre du balcon. La tiédeur lourde de la ville monte jusqu'à lui. Ça circule en bas : c'est un soir où les gens se promènent pour goûter la longueur du jour.

Arthur regarde dans le flou le mouvement des passants. Et puis un flash de présence focalise l'image sur un couple d'Indous, ils sont peu nombreux dans cette ville d'occident, c'est étonnant d'en voir ici. Bien qu'ils soient assez loin dans la rue, Arthur distingue les couleurs en variations d'ocres sur les vêtements de la femme et une bombe de tissu sur la tête de l'homme. Ça y est, ils ont tourné.

Cette image a mis Arthur en arrêt, puis quelque chose commence à s'agiter en lui. L'Inde, l'Inde, l'INDE, l'INDE ! ...

Il en rêve depuis sa plus tendre enfance, depuis qu'il a su lire Darjeeling sur la boîte de thé de l'étagère, depuis qu'il a trouvé ce nom de ville dans les gros dictionnaires. Un sachet de thé pour lui est loin d'être une classique infusion qui peut désaltérer. Darjeeling est une ville entière de thé là-bas tous les magasins vendent du thé : en bouquet, en feuille en poudre, en morceaux. Les enseignes des magasins sont en formes de boîtes de thé ! À toutes les portes ici on tend un verre ou une tasse, une coupe ou un bol d'un thé dont le goût laisse admiratif.

Ira-t-il un jour en Inde et plus précisément à Darjeeling ? Partira-t-il vers cet inconnu si loin de sa vie ?

La question vient en doubler une autre dans sa pensée : ouvrira-t-il tout grand sa porte-fenêtre à ce flot d'imaginaire sans craindre son étrangeté, son langage, ses gestes ?



24 février

Le loup et l'agneau

Il s'agissait d'apporter un texte que l'on savait par coeur et de passer deux fois en l'interprétant de deux façons différentes.

J'ai pris une première façon dramatique sur le texte suivant en essayant de faire monter le drame :

Un agneau se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure.
Un loup survint à jeun qui cherchait aventure
Et que la faim en ces lieux attirait
" Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage "
Dit cet animal plein de rage
" Tu seras châtié de ta témérité "

J'ai pris pour le deuxième façon un personnage d'élève tout content de venir donner sa fable et qui se décompose au fur et à mesure que les mots sortent parce qu'il se rend compte qu'il y a quelque chose qui cloche :

Un agneau se déblatérait
Dans le boucan d'une ronde pure
Un loup parvint enfin qui cherchait la devanture
Et que la fin de ces vieux dégoûtait
" Qui te rend hardi de bouffer mon veuvage "
Dit cet abruti plein de bave
" Tu seras chassé de ta simplicité "

MFO

14 février

Conversation de fin de vie

– Tu sais, Françoise, je n'en ai plus pour longtemps à vivre maintenant. (Silence)

– Et à quoi tu penses quand tu me dis ça ?
(Silence)


– Est-ce que tu sais toi me dire un peu comment ça se passe après la mort ? C'est fini ou quoi ? Y'a plus rien du tout ? Et tout ce que disent les prêtres, c'est quoi exactement ? Tu saurais m'expliquer ?

– Maman, je peux te dire ce que je crois comprendre, mais peut-être que je ne comprends pas bien moi-même. Je crois que le corps s'arrête en effet et que c'est fini pour lui, mais je peux te dire aussi que tu continueras à vivre en moi et en tes autres enfants et petits enfants sans doute, parce que dans notre mémoire se sont inscrites des choses qu'on a vécues avec toi et qui sont comme de l'amour que tu as donné. Je te donne des exemples : je me souviendrai probablement toujours des fou-rires qu'on a eu ensemble, de tes oeufs au lait, de la sole aux raisins de Corinthe, de nos conversations sans fin, de ton goût pour les peintures de Maurice Seguin, et bien d'autres choses encore ...
(Silence)


– Oui mais tu ne seras plus là pour moi et je ne serai plus là pour toi.

– C'est vrai. Il faudra faire avec l'absence matérielle de nos corps... Ce sera difficile surtout au début. Il faudra aimer ce qui reste en nous de l'autre et qui est bien réel aussi. Souviens-toi combien de fois tu m'as toi-même dit : maman faisait comme-ci et comme-ça. Est-ce qu'elle ne revenait pas souvent dans ta pensée avec force comme si elle était vraiment là, réellement là, en toi ?

– Si, c'est vrai. Mais enfin ...

MFO

8 février
ARNAQUOSCOPE
Un arnaquoscope est un petit appareil qui permet de détecter les anomalies concernant les étiquettes, les contrats, les promesses des hommes politiques. Je m'en suis servi récemment en cherchant un nouveau fournisseur d'accès à Internet. L'aiguille a aussitôt viré au maximum et j'ai entendu un craquement. Le choc a été trop puissant pour mon petit et feu arnaquoscope.


SUPERFÉTATOIRE
Je viens de rencontrer récemment dans un livre le mot " superfétatoire ". Depuis je ne me lasse pas de lui. Au début, j'imaginais qu'il servait à décrire un moment du genre " tu-rassembles-du-monde-pour-fêter-tes-50 ans " et c'est superfétatoire ! Je l'aurais bien vu en duo avec jubilatoire
Superfétatoire - Jubilatoire !
Je l'ai essayé ici ou là dans la vie : une tarte aux pommes peut-elle être superfétatoire ? Une conversation peut-elle être superfétatoire ? Une ville, un pays entier peuvent-ils être superfétatoire ? Ce serait génial !
Un jour j'ai foncé au dictionnaire au risque de décevoir mon estime pour " superfétatoire ".
J'y ai lu : Superfétatoire : adj. Superflu. Ex : Connaître le sens exact d'un mot est-il superfétatoire ou non ?


TRONCHOMÈTRE
Un tronchomètre est un appareil qui permet de mesurer l'amplitude de la tronche que vous tire la personne qui est en face de vous. Il ne précise pas encore les raisons pour lesquelles elle vous tire une tronche pas possible mais l'appareil est en voie de perfectionnement. Il est particulièrement utile à toutes celles et tous ceux qui mettent les pieds dans le plat.

BISOUMÈTRE
Un bisoumètre est un appareil à compteur qui comptabilise les bisous donnés et reçus sur une période donnée (un jour, un mois, un an ...). Il s'intéresse à l'aspect quantitatif et ne vous dira pas si les bisons sont doux, neutres, tendres, compassés, mécaniques, chewing gumesques, passionnés, froids.
Cependant la quantité peut déjà vous donner une idée de votre appartenance à la catégorie des bisouteux ou des bisoutés.

MFO

31 janvier

En revenant de l'atelier " expression par le théâtre " en voiture, voilà que le mot BAGUENAUDER vient se promener dans mon esprit. Je lui trouve un charme bien particulier. Baguenauder... Je me promets de regarder son sens exact dans le dictionnaire, mais pour l'instant je n'ai que le loisir et tout le loisir de le laisser vagabonder dans mes cellules. Baguenauder... Je me demande si je serais capable de baguenauder moi-même. Quand je le fais sonner, ce " baguenauder " m'évoque une femme à talons aiguilles, hautement maquillée, fringuée à la provoc et je la vois se tortiller le derrière en faisant du lèche-vitrine sur les Champs. À moins que ce " baguenauder " soit aussi le fait de quelqu'un qui brasse de l'air dans la plus grande confusion. Baguenauder par-ci, baguenauder par là.
Aux feux suivants, je vois plein de gens baguenauder : l'homme de la voiture d'à côté qui me regarde sans me voir, les piétons qui traversent n'importe où n'importe comment. Tous ces gens qui baguenaudent, mais c'est insupportable ! Est-ce que je baguenaude moi ? Est-ce qu'on peut traverser la vie en baguenaudant ? Je vous le demande !
Au carrefour suivant, j'ai ma réponse : si tu continues à laisser baguenauder ce mot dans ta tête, le prochain flash mobile est pour toi !
Je n'avais pas fini ma phrase et levé le pied que j'aperçois une voiture de police à 200m. Non, non, rien de grave, ils ont bien vu que je baguenaudais !

MFO

24 janvier

Je suis sur scène, ça y est tout est prêt pour commencer et les spectateurs retiennent leur souffle. Je suis là et ... rien, je n'ai plus rien, c'est le trou magistral, j'avais quelque chose tout à l'heure, il y a une minute, même pas, et puis ... non rien. La situation pathétique maximale ! Je vais perdre l'occasion d'être sur scène et d'avoir un public. L'horreur d'une vie. Je reste un instant dans ce rien...

Et puis, mais non, c'est ridicule, l'étiquette de mon nouveau slip " Petit Navire " me gratouille et me chatouille même, ça me cafouille ! Ils font les étiquettes sur le côté maintenant chez Petit Navire, je me demande pourquoi ? Je vais peut-être leur écrire parce que je préfère quand elles sont sur les lombaires, c'est plus supportable. D'ailleurs le plus souvent, je découds les étiquettes de mes vêtements. A force, j'en ai tellement que je les mets dans un album ! Ca fait comme une collection de timbres. Tu peux retracer ta vie à travers les étiquettes de tes vêtements, et tu peux savoir que telles années ont été très difficiles parce que les pages sont pleines d'étiquettes " La Reboute " ou, bien que tu vivais avec quelqu'un qui t'entretenait somptueusement parce que tu vois une étiquette " Chermès " et une autre " Daniel Fechter " à côté. Il peut y avoir quelques pièces assez rares qui datent de l'époque post-soixante huit où tu piquais des vêtements dans les magasins. Mais, contrairement aux timbres, les étiquettes ne prennent pas de valeur marchande en vieillissant, elles ont le prix du rêve.

Ce court intermède a remis de l'ordre dans mon cerveau et voici que mon texte revient au galop.

MFO

16 janvier

Il y a quelques jours, quelqu'un disait devant moi : " arrêtons de vivre sur le fantasme des conditions idéales pour agir ". Cette phrase s'est enregistrée quelque part dans l'armoire des CDs qui se remettent tout seuls en marche dans mon cerveau sans que je m'y attende. Alors j'arrête de vivre sur le fantasme que j'aurai un jour les conditions optimales pour écrire un livre. Je n'aurai jamais assez de temps, je ne sais pas comment faire, je ne sais même pas sur quoi écrire ! Bien sûr...

C'est aujourd'hui donc que je commence à écrire et je salue déjà le lecteur bienveillant qui me fera l'honneur de lire quelques lignes. Ce faisant, je me salue moi-même en tout cas.
Que faut-il pour écrire ? Un sommaire, une histoire, des idées, de l'imagination ... ?

C'est bien possible. Et encore ?... Il faut ... un désir, un ardent désir, une folle envie, une envie de folie, le désir de laisser vivre son désir. Avoir envie de jouer avec les mots, de remuer des phrases, de recueillir les extraordinaires de la vie, de laisser venir le fil des mots qui s'accrochent les uns aux autres. Parler avec le cœur, avec la tête, avec l'imaginaire, avec les émotions, le sourire en coin, la rage au ventre !

Alors tu commences !

Allez, je commence ! ...

MFO

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