Les Lectures de Pierre Tanguy...

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Janvier 2021


Éloge du veilleur : hommage à Jean-Pierre Jossua

Jean-Pierre Jossua est décédé le 1er février dernier. Ce religieux dominicain, enseignant au Saulchoir et au Centre Sèvres à Paris était aussi écrivain. C’était un fin connaisseur de la littérature française et l’auteur d’un important travail sur l’histoire religieuse de l’expérience littéraire. Auteur lui-même de nombreux livres dont La chèvre du Ventoux (éditions du Cerf, 2001) et Une vie (Desclée de Brouwer, 2001), il partageait son temps entre Paris et la Drôme provençale, au pied de la face nord du Ventoux.

Dans ses Carnets du veilleur publiés en 2006 aux éditions Arfuyen, il mêlait notations philosophiques ou théologiques et scènes saisies sur le vif dans sa thébaïde provençale. « Écrire, consistait pour lui à demeurer « ouvert à l’avenir de la vie qui s’offre encore à nous », sur cette ligne de crête personnelle qu’il appelait « la veille, la frontière ». Mais comme il l’expliquait lui-même, il avait osé dans ce livre une entreprise originale : « Tenter après l’écriture du présent (journaux) et celle du passé (autobiographie), une écriture de l’avenir », en étant attentif « à ce qui survient, inopiné, à ce qui surprend ». Et, aussi, en captant « ce qui s’annonce, ce qu’on espère, ce qui est promis ».

Les textes de ces Carnets du veilleur tentaient donc de répondre à cette ambition littéraire. « Renoncer au voyage pour apprendre le proche, écrivait Jean-Pierre Jossua, et se rendre digne d’y pressentir l’infini ». Ce qu’il faisait admirablement en côtoyant les hommes, les femmes et la nature éblouissante qui l’environnait.

C’est autour de son travail d’écrivain qu’avait été publié l’année précédente un riche petit livre sur le thème Création littéraire et recherche de l’absolu. On y trouvait les signatures des poètes Jean-Pierre Lemaire et Henri Bauchau et aussi celles de Claude Geffré, Michel Fédou et Jeanne-Marie Baude. Dans deux courts chapitres de ce livre, Jean-Pierre Jossua posait tout simplement la question : « qu’écrirai-je demain ? Qu’ai-je tenté hier ? »

« Toute avancée dans la vie et dans la foi est inséparable d’un travail d’écriture, écrivait-il. Il avait aussi ce terrible aveu : « Rarement ma foi a été aussi obscure qu’en ces temps-ci (…) Le désastre des vies, la violence et le non-sens apparent des événements me semble tels que, sans même évoquer ce que l’on met dans le mot de providence, il m’est difficile de penser à un Dieu créateur et aimant ». Jean-Pierre Jossua n’a jamais cessé, en effet, d’être cette pensée profondément habitée par la question de Dieu et l’énigme du mal. Et elle empruntait, pour le dire, les chemins de l’écriture poétique.

Carnets du veilleur, Jean-Pierre Jossua, Arfuyen, 2006, 130 pages, 14,50 euros
Autour de Jean-Pierre Jossua, création littéraire et recherche de l’absolu, éditions facultés jésuites de Paris (35 bis, rue de Sèvres, 75006 Paris), 2005, 93 pages, 11 euros


Alda Merini : La folle de la porte à côté


C’est une grande écrivaine italienne mais son œuvre de prosatrice et poétesse reste encore méconnue en France. Alda Merini (1931-2009) sort des sentiers battus à la fois par son approche de la vie et de l’écriture. Il faut dire que son destin a été plutôt particulier puisque, atteinte de troubles bipolaires, elle a effectué des séjours en hôpital psychiatrique. Le titre du livre publié aujourd’hui en France (préface de Gérard Pfister) témoigne de cette « spécificité ». Elle y mêle souvenirs, réflexions, poèmes, avec cet art consommé de la provocation qui était le sien.

Vous avez dit folle ? « Je suis née le vingt-et-un du printemps / mais je ne savais pas que naître folle, / ouvrir les mottes, / pouvait déchaîner la tempête », écrit-elle. Mais surtout, plus loin, elle retourne malicieusement la question : « Je fais tout pour être semblable à la folle de la porte à côté, vu qu’elle est incohérente et folle, mais que tous l’admirent ». Sur l’hôpital psychiatrique (qui sera en réalité son seul foyer) elle tient un discours, lucide, que l’on n’attend pas forcément. « Asile est un mot bien plus grand / que les gouffres obscurs du rêve, / et pourtant quelquefois venait au temps, / un filament d’azur ou la chanson / lointaine d’un rossignol ou s’entrouvrait / ta bouche mordant dans l’azur / le mensonge féroce de la vie ».

Alda Merini a publié son premier livre, La presenza de Orfeo à 22 ans. Il est salué dès sa sortie par Pasolini lui-même. Son œuvre majeure, La terra santa, sortira en 1984. Mais sa vie d’écrivain restera chaotique. Elle recevra le prestigieux prix Librex Montale en 1993. Mais en 2004 la voilà de nouveau internée.

Entre-temps, elle aura mené une vie plutôt débridée, notamment sur le plan sexuel. Provocatrice, elle écrit : « Il n’y aucune différence entre moi et la dernière des prostituées du monde. Pourquoi suis-je dans un hôtel qui loue à l’heure, pourquoi ai-je besoin d’un logeur ? Parce que, moi aussi, je veux être louée, achetée, vendue, insultée ». L’éditeur peut donc parler, à propos de ce livre, d’une « autobiographie fantasmée et lucide, follement romanesque, et, en dépit de tout, profondément joyeuse ». D’ailleurs, Alda Merini le dit elle-même : « Celui qui m’a affublée de l’épithète un peu douloureuse de « poétesse de l’amour » s’est trompé. Je n’ai jamais été une femme d’amour et pas non plus une femme futile, mais une femme d’action qui n’a écrit sur l’amour que par nécessité, comme un cri de vengeance. Parce que l’amour incite à la vengeance ».

Dans les quatre chapitres de ce livre très particulier (prolongé par un entretien avec la poétesse elle-même), aux changements fréquents de ton et de rythme, Alda Merini évoque donc l’amour, mais aussi la famille, la douleur et, forcément, la séquestration. Elle s’interroge aussi à plusieurs reprises sur la poésie et la place des poètes. Sur ce sujet, elle a ces mots sublimes : « Chaque enfant a un terreau stable pour sa vie, mais le lieu où naît un poète, personne ne le sait. Dans quelle vallée de l’Éden il grandit, personne ne le sait. Le poète est un ange et il a des rotations angéliques, jamais il ne consulte les astres car le poète est un centre de vie, il connaît tous les astres du monde et toutes les lunes lui sont maléfiques ».

La folle de la porte à côté, Alda Merini, Arfuyen, 210 pages, 17 euros


Julien Gracq : Nœuds de vie

Retrouver Julien Gracq. Il ne nous quitte décidément pas. Mais quelle chance ! Le grand écrivain des bords de Loire, disparu en 2007, dont on connaît les attaches avec La Bretagne, était l’auteur de notules précieusement conservées à la Bibliothèque nationale de France. Son éditeur, José Corti, nous en livre aujourd’hui quelques perles dans l’attente de leur publication intégrale en 2027, selon les vœux de l’auteur.

« L’envie brusque m’a traversé, je ne sais pourquoi, d’être transporté aux pointes de Bretagne, dans le fleuve du vent acide, corrugant, qui décape les petites maisons blanches, sur la côte saliveuse et fouettée, vers la mer qui dans chaque échancrure grumelle et monte comme la neige des œufs battus. Là où les soleils du matin, que j’y ai adorés, sont plus neufs, plus blancs, plus crayeux qu’ailleurs ; au pays du monde rajeuni, parce qu’il semble sortir à chaque aube de l’écume ». Julien Gracq nous rappelle dans le premier chapitre du livre, intitulé « Chemins et rues », qu’il a bien connu la Bretagne quand, jeune enseignant agrégé de géographie, il enseignait, sous le nom de Louis Poirier, au lycée de La Tour d’Auvergne à Quimper. Il connut aussi Nantes où il fut lycéen et, plusieurs années après, c’est l’odeur des longues herbes de juin qui lui donne « le souvenir des promenades du lycée dans la banlieue nantaise ». C’est à Nantes aussi qu’il enseigna, plus tard, au lycée Clemenceau.

Gracq est un homme de l’Ouest mais il est, avant tout, Ligérien. Né en 1910 à Saint-Florent-le-Vieil entre Nantes et Angers, il ne manque pas ici d’évoquer à nouveau les liens qui l’unissent à ce terroir quand il nous parle, par exemple, d’un paysage d’hiver dans la vallée de la Loire inondée (« Une nappe d’eau rêche que la bise de Noël hérisse ») ou, plus prosaïquement, près de Saint-Florent, des « bonheurs domestiques tapis entre rosiers et haricots ». Plus loin, il déplore la déprise agricole sur les îles ou les bords de la Loire (« ce reflux de la colonisation d’une terre plantureuse »).

Mais ses pas l’amènent vite au-delà de son pré-carré. Le voici sur la côte du pays de Retz entre Saint-Michel et Pornic (loin de « la promiscuité débraillée et tapageuse des plages de Vendée »), dans la Gâtine tourangelle, en Sologne, sur les hauteurs d’Écouves avec ses « clairières sommeillantes de lune » et même dans le pays de René Guy Cadou sur l’autre bord de la Loire dont il souligne le manque de relief : « Peu de campagnes me paraissent aussi exilées, aussi pauvres de vie que celles qui forment la partie nord de la Loire-Atlantique ». Et il ajoute : « J’accepterais mal d’être contraint d’y vivre. Ce que je sens de pathétique dans la vie du poète René Guy Cadou tient en partie à ce qu’il a été enchaîné à ces lieux déshérités : Saint-Herblon, Louisfert ». Mais, ailleurs, dans ses notules, Gracq parle d’un autre Cadou, celui qui, comme lui, voyait de sa fenêtre « la grande ruée des terres jusqu’à l’horizon » (soulignons, pour mémoire, que Cadou meurt en 1951, l’année où Gracq refuse le Goncourt pour Le rivage des Syrtes)

Géographe jusqu’au bout des ongles, arpenteur de paysages, mais aussi géologue (des terroirs et des passions humaines), Julien Gracq sonde notre monde à l’aune des entreprises humaines. « La terreur des âges obscurs revient », affirme-t-il. Son verdict est implacable et fait de lui un visionnaire. « La terre a perdu sa solidité et son assise, cette colline, aujourd’hui, on peut la raser à volonté, ce fleuve l’assécher, ces nuages les dissoudre. Le moment approche où l’homme n’aura plus sérieusement en face de lui que lui-même, et plus qu’un monde entièrement refait de sa main à son idée – et je doute qu’à ce moment il puisse se réjouir pour jouir de son œuvre, et juger que cette œuvre était bonne ».

Julien Gracq écrit dans les années 1970 ces lignes qui prennent une résonance particulière près de cinquante ans après. Car ses notules aux allures de fragments ne sont pas datées mais quelques points de repères, de-ci de-là, aident à établir une vague chronologie. Gracq lui-même évoque les « étrangetés de ce dernier tiers de siècle auxquelles » il dit qu’il « s’habitue mal »

Ses appréhensions sur l’avenir de la terre se doublent d’une autre crainte : celle de voir s’effondrer le langage et la littérature elle-même. Car lire Julien Gracq, c’est bien sûr retrouver toute la saveur de la langue française avec une richesse de vocabulaire à faire pâlir les auteurs contemporains en vogue. Le lire, c’est plonger dans une époque qui paraît révolue, celle qui nous rattache aux grands écrivains dits « classiques ».

Autant dire qu’une forme de nostalgie imprègne ces écrits (dans les deux chapitres « Lire » et « Écrire »). « La richesse d’une langue se mesure, autant et plus qu’à l’étendue de son vocabulaire, à la qualité et à la densité de sa littérature ». Julien Gracq ne se prive pas d’épingler les tendances lourdes qui se font déjà jour à son époque quand il s’agit, par exemple, de commenter à l’école « Boris Vian, Charlie hebdo et les bandes dessinées ». Il se désole de la mise à l’écart du latin auquel on préfère l’anglais, « cet espéranto qui a réussi » et « chemin le plus court et le plus commode de la communication triviale ». Cela l’amène à ne pas se faire d’illusion sur la pérennité de son œuvre elle-même. « Je ne mets guère mon espoir, comme on pouvait le faire encore au siècle dernier, à être lu en l’an 2000 ou 2010. Mais quand la terre comptera vingt milliards d’hommes et se débattra et s’enfoncera comme un homme qui s’enlise dans la seule bouillie étouffante du social, je souhaite seulement que mes livres demeurent sur quelque rayon perdu… ».

On lit heureusement encore Julien Gracq. Il y a ses inconditionnels et ceux qui lui reprochent de ressasser le « c’était mieux avant ». Retenons, pour mettre tout le monde d’accord, la définition qu’il donne de l’écrivain et dont on peut dire qu’elle défie le temps : « L’écrivain digne de ce nom est une générosité toujours intempestive, une fraternité qui ne marche pas en rang, une aventure qui se passe du coude à coude, et une liberté qui n’adhère jamais ». Vivement 2027 pour la lire la suite…

Nœuds de vie, Julien Gracq, Éditions Corti, 167 pages, 18 euros


Marie Sizun : La maison de Bretagne

Marie Sizun marque sa fidélité à la Bretagne en signant un nouveau roman ancré en Cornouaille, du côté de l’Île-Tudy (appelée l’Île dans le roman) où se trouve sa propre maison de vacances. Cette maison est au cœur d’un roman qui dévide le fil de secrets de famille.

Elle se distingue par sa discrétion et sa simplicité. Marie Sizun est pourtant une romancière confirmée, saluée par de nombreux prix. En 2018 elle a ainsi obtenu de prix de la Nouvelle de l’Académie française pour Vous n’avez pas vu Violette ? (Arléa). En 2017, c’était le prix Bretagne pour La gouvernante suédoise (Arléa). Au total aujourd’hui, à son actif, une douzaine de romans, pour la plupart déjà publiés en livres de poche. C’est dire sa notoriété et le capital de sympathie qu’elle a pu réunir autour de son œuvre.

La maison de Bretagne ravira, n’en doutons pas, ses lecteurs. Elle les embarque – sur la durée d’une semaine – dans les pas de Claire Werner (49 ans, Parisienne, employée chez Axa assurances) qui vient sur l’Île pour vendre cette maison de vacances que sa famille appelait « la maison de Bretagne ». Trois générations y ont passé des vacances ou des périodes plus ou moins longues, depuis la grand-mère Berthe jusqu’aux petits-enfants Claire et Armelle en passant par Anne-Marie et Albert, les parents (séparés) de l’héroïne du livre.

Mais ce retour dans « la maison de Bretagne » ne se passera pas comme prévu. Une découverte macabre dans l’une des pièces puis des relations de voisinage entretenues par Claire au cours de la semaine la conduiront à revoir ses plans. Car ce retour dans l’Île sera, avant tout, l’occasion de révéler au grand jour certains secrets de famille autour du personnage central, la mère de Claire.

La quête d’une mère est en effet au cœur de ce roman. Mais elle se fait par le truchement de la re-découverte d’une maison dont la romancière nous fait visiter les moindres recoins (avec tous les mystères qui l’environnent). « Cette maison bizarre, pas comme les autres, pas soignée. Pas belle. Différente des villas voisine ». Sur le toit de cette maison tambourinent des pluies têtues. Sur ses vitres cognent les vents hurleurs de l’Île. Le tout enveloppé par une forte odeur d’algues et par la rumeur de l’océan avant que, brusquement, un grand calme ne s’installe.

Marie Sizun nous révèle par ces multiples notations sa fine connaissance de l’Île. Aussi bien côté mer que côté rivière. Elle nous glisse dans des petites ruelles puis on s’installe avec elle à la terrasse de l’hôtel donnant sur le port. Des lieux précis sont nommés, ce qui ravira les amoureux – ils sont nombreux – de cette Île. « J’ai claqué la porte de la maison derrière moi, raconte Claire, la narratrice. Le boulevard de l’Océan était vide à cette heure matinale. J’ai traversé la rue, descendu les quelques marches de pierre. La plage s’étendait là, inchangée. Loin du monde. Et c’était déjà comme une respiration. La marée était très basse. Le sable humide et plat étincelait. Au loin, cet éblouissement vert, rectiligne, c’était la mer ». Oui, laissons-nous aussi éblouir par l’écriture limpide de nouveau roman de Marie Sizun.

La maison de Bretagne, Marie Sizun, Arléa, 257 pages, 20 euros.


Olivier Risser : « La fée de Westerbork »

C’est un roman pour les enfants et pour les grands enfants. Il nous parle d’Etty Hillesum devenue, sous la plume d’Olivier Risser, la fée de Westerbork, du nom de ce camp de transit qui était l’antichambre d’Auschwitz pour les Juifs hollandais.

Comment parler de la Shoah à de jeunes lecteurs ? Le cinéaste italien Roberto Benigni y est parvenu merveilleusement en 1997 dans son film La vie est belle en tournant en dérision – sur un mode ludique – la vie dans un camp de concentration. Le père fait croire à son fils que les occupations dans le camp sont en réalité un jeu dont le but est de gagner un char d’assaut. Pour gagner ce char, le père lui explique qu’il faut accomplir des tâches difficiles. La farce tragique tourne au burlesque. Olivier Risser, lui, a choisi un autre registre: celui du conte.

Mais, d’abord, les faits (puisque tous les contes, n’est-ce pas, ont un fond de vérité). Etty Hillesum est cette jeune Hollandaise, née en 1914, qui au moment de la mise en vigueur des lois anti-juives aux Pays-Bas, demande de pouvoir travailler au service des personnes placées en transit au camp de Westerbork. C’est se jeter sciemment, en quelque sorte, dans la gueule du loup. La jeune Etty effectuera quatre séjours dans ce camp avant d’être embarquée le 7 septembre 1943 sur un train pour Auschwitz où elle mourra le 30 novembre 1943. Elle avait 29 ans.

Son dévouement et son profond amour des autres ont fait d’elle une figure éminente de l’amour fraternel et de la quête de lumière dans les plus profondes ténèbres. C’est ce que raconte, à sa manière, Olivier Risser en s’appuyant sur des lettres ou des extraits du journal d’Etty Hillesum mais aussi de celui de Philip Mecanicus, un journaliste codétenu avec lequel elle se lia d’amitié. « Si on voulait donner une idée de la vie dans ce camp, le mieux serait de le faire sous la forme de conte ». C’est Etty Hillesum qui l’a elle-même écrit et le romancier l’a pris au mot pour « conter l’histoire horrifique et pourtant véridique de la fée de Westerbork ». Car, ajoute Olivier Risser, « d’ici peu, fées et histoires auront disparu de presque toutes les mémoires ».

Dans ce camp où « la nuit enveloppe les âmes », il y a la figure du mal représentée par « un chef terriblement méchant, le commandant Tür ». C’est le loup du conte de fée, face à qui les enfants ne pèsent pas lourd, à commencer par Sacha, « un petit garçon à qui il manquait une jambe » mais sur qui veillera, à la manière d’un ange gardien, la fée de Werterbork. « La fée connaissait tous les recoins du camp où Sacha et ses compagnons se trouvaient enfermés. Elle survolait chaque jour l’amas de baraques disposées en lignes, pour ainsi dire collées les unes aux autres. Elle visitait les détenus. Les malades surtout. Elle cherchait sans cesse à réconforter les malheureux autant qu’il était en son pouvoir. On attendait sa venue car elle apportait, on ne savait de quelle nature, une certaine goutte d’espérance »

/…

Mais cette histoire de fée – une fois n’est pas coutume – se termine mal. « Oui tous les gens montés dans le train vont être assassinés en un lieu d’atrocités, oui avant ils vont beaucoup pleurer, oui ce sera cruel et injuste ». Oui, mais « il s’est passé quelque chose comme dans tous les contes, explique l’auteur, et ce quelque chose a eu lieu à plusieurs reprises sans que tu le remarques nécessairement. L’amour, de sa fine lumière, a réussi à pénétrer l’obscurité et à y laisser sa trace ».

Olivier Risser (qui est professeur de français en collège à Josselin) signe là un roman sur l’amour triomphant de de la mort. Et, au-delà des écrits d’Etty Hillesum, figure de référence aujourd’hui pour des femmes et des hommes de plus en plus nombreux, il nous guide, au fil des pages, vers les Épîtres de saint Paul, les Psaumes, le Livre de Job ou encore les écrits de Simone Weil. Un livre pluriel sur la compassion et le don de soi.

La fée de Westerbork, Olivier Risser, peintures d’Anne Courtine, L’enfance des arbres, 150 pages, 15 euros.



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